« Sexe et violence sont les fondations de la culture otaku »

Fandom L'industrie des animes
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Avant de crier au putaclic, laissez-moi vous dire que … oui, vous avez bien lu cette citation. On pourrait croire qu’elle provient d’un énième reportage télé biaisé et mal documenté. En effet, elle regroupe les deux plus gros reproches faites aux animes depuis des décennies. Au Japon (dans des proportions minimes, mais qui commencent à se faire entendre) et dans le monde entier. Une affirmation très réductrice qui ne manque pas de choquer (dont moi la première fois que je l’ai lue). 

Pourtant, cette citation provient de quelqu’un qui connaît très bien son sujet. Puisqu’il s’agit de l’un des co-fondateurs du studio ayant réalisé le légendaire Neon Genesis Evangelion et Gunbuster. Ce n’est nul autre que Okada Toshio, dirigeant de Gainax entre 1986 et 1992 et autoproclamé Otaking (roi des otakus).

En 1988, Miyazaki Tsutomu massacrait 4 petites filles avant de violer leur cadavre. Un fait divers ayant fait vivement réagir l’opinion publique car Miyazaki étant un otaku. Dès lors, une véritable chasse à l’otaku, considéré comme inadapté et malade, était lancée. Ce qui n’a pas manqué de faire réagir les acteurs de l’industrie. Pour tenter de restaurer l’image du média et de nuancer les propos incendiaires des journalistes de l’époque. Six ans plus tard, Okada Toshio et Saito Tamaki (dont j’ai déjà parlé dans Beautiful Fighting Girls) sont invités dans un talk-show pour discuter des otakus d’où la citation est tirée. 

Même si elle est très réductrice, la réflexion mérite notre attention. Car si on observe un peu les tendances dans les animes, on ne peut pas dire qu’il a tort. L’exemple le plus récent (et qui fait beaucoup parler), c’est Goblin Slayer. L’anime cumule le côté ultraviolent avec un fanservice des plus dérangeants. Et il est loin d’être une exception en le comparant avec d’autres animes très violents (voire gores), très sexualisés ou les deux à la fois. Ce qui déclenche le cynisme des uns (disant que c’est normal) ou la colère chez les autres.

Preuve que la citation d’Okada mérite un approfondissement. Pour cela, on va remonter aux origines de la violence et du sexe dans les animes. Afin de savoir dans quelle mesure Okada a raison.

Les différents usages de la violence dans les animes

 

Commençons par l’éternel débat de la violence. Mais avant de poursuivre, il faut savoir que toutes les formes de violences ne sont pas visées par le dit débat. La violence (en général) se définit comme un caractère ayant des effets brutaux et intenses. Même s’il existe des violences économiques ou politiques, elles sont exclues du débat car elles sont peu présentes dans les animes. Celles qui posent problèmes sont les violences entre les personnes, plus particulièrement physiques.

La violence, forme d’initiation à la vie adulte dans les shounens

 

Dans le « genre »1 d’anime le plus populaire dans le monde, à savoir le shounen, la violence reste un aspect dominant depuis ses débuts. Des simples coups impressionnants mais soft de My Hero Academia à des explosions de sang dans Hokuto no Ken.

Car même si le shônen s’est varié dans le temps (avec de la comédie romantique notamment), la principale dominante reste le combat. Une lutte qui s’inscrit dans la quête du héros, qui doit devenir plus fort pour renverser ses ennemis et réaliser son objectif. Pour pimenter l’histoire (et garder en haleine le spectateur), l’œuvre a tout intérêt à proposer des luttes acharnées entre les personnages. Des combats intenses et âpres qui laissent des traces.

Dans ce cas précis, la violence est montrée comme une valeur initiatique. Si le héros souhaite réaliser son objectif, il doit combattre ses ennemis. Et comme il ne se laissent pas faire, l’opposition devient intense et donc violente. Une forme d’allégorie qui pousse les jeunes adolescents (public principal de genre) à donner le meilleur d’eux-mêmes. Quel que soit le domaine : dans les études, le sport et même la vie amoureuse. 

Le cas du seinen

 

Passons dans l’autre gros « genre », à savoir le seinen. Ici, la violence se veut beaucoup explicite et surtout, revêt plusieurs formes. Si le shônen se limite à quelques effusions de sang ponctuels, les seinens montrent des décapitations, démembrements et autres joyeusetés dans la banalité la plus absolue coucou Berserk. Le public étant plus âgé, les auteurs se permettent plus de libertés.

Plus de libertés aussi concernant les formes de violence. On y retrouve de la violence psychologique, sociale ou encore sexuelle. Les auteurs rivalisent d’imagination pour offrir le spectacle le plus … divertissant. Ou bien une dimension plus réaliste à l’ensemble.

La violence est partout (ou presque)

 

En dehors de ces deux « genres » et en creusant un peu, on peut se rendre compte que la violence se retrouve dans toutes les oeuvres, peu importe le public visé. Y compris dans les œuvres destinés aux jeunes enfants. Dans Doreamon, le jeune héros se retrouve fréquemment persécuté. Bien sûr, on n’atteint pas les sommets de violence comme dans les seinens. Mais le symbolisme est assez explicite pour décrire le côté intense de la chose.

Alors, on pourrait se demander pourquoi autant de violence (aussi minime soit-elle) ? Une tentative de réponse pourrait se retrouver dans le caractère dramatique de la chose. Dans la majorité des animes (voire les œuvres de fiction en général), les combats représentent le point culminant de l’histoire. Ils sont l’aboutissement de tous les efforts du héros durant l’arc narratif ou l’histoire.

Dès lors, les spectateurs n’attendent qu’une chose : savoir si le héros va triompher ou non. Une envie renforcé par les expressions exacerbées des personnages dans les animes. Ce qui donne à la fois un côté défoulant et haletant à l’ensemble. L’œuvre devient populaire et fatalement les autres auteurs s’en inspirent.

Un côté également cathartique. Voir de la violence fictionnelle permettrait d’éviter qu’elle explose en public. Ce qui pourrait expliquer les frasques de certains animes comiques. En ayant le taux de criminalité le plus faible du monde, c’est à se demander si cette violence en fiction y soit une cause. A moins que cela ne soit le côté refoulé de la société nippone …

Mais on s’égare ! Pour ces (supposées) raisons, la violence est devenue une norme présente dans la majorité des œuvres de fiction nippones. Car cela fait vendre et divertit les foules. Et ce, malgré les plaintes systématiques de certains. 

La sexualité : la base de l’industrie otaku

 

Passons maintenant à l’autre éternel débat, celui de la sexualité. Comme pour la violence, il est nécessaire de faire un rappel définition. Selon notre Larousse national, la sexualité se définit comme les différentes modalités d’atteindre la satisfaction sexuelle. Dans notre cas précis, en regardant une scène plus ou moins érotique (voire pornographique).

Les différentes représentations érotiques : le hentai, le ecchi et le fanservice

 

Les formes de ce dit érotisme se manifeste à des degrés différents dans les animes. La plus explicite sont les scènes de sexe explicites sans aucune forme d’ambiguïté. Le fond de commerce des œuvres pornographiques, appelés hentais. Je vous laisse trouver vous-mêmes des exemples.

Plus léger mais toujours aussi explicite, le ecchi se caractérise par une omniprésence des scènes sexy. Cela passe par plusieurs avec des filles nues ou dans des tenues laissant voir leurs attributs féminins. Sans parler des références sexuelles plus ou moins lourdes. Mais tout cela sans montrer de scènes de sexe. Cette caractéristique est le propre des œuvres comme To Love Ru, Highschool of the Dead ou Highschool DxD (parmi tant d’autres).

Enfin, le fanservice est une version encore plus soft du ecchi. Il est toujours question de montrer des personnages féminins nues ou en petites tenues. Mais cette fois, ces scènes sont plus ponctuelles. Contrairement aux ecchis, le fanservice peut se manifester dans tous les genres d’œuvres dû au côté aléatoire de la chose. Même si la récurrence de ces scènes varient entre le coup d’une fois et le mitraillage intempestif.  

(N.B : Bien sûr, le fanservice ne se limite pas qu’à ça. De manière générale, cela décrit comme des moyens de satisfaire les fans. Comme mettre en avant les personnages les plus populaires. Mais dans le cadre de cet article, je me suis limité au fanservice érotique :))

Naissance, érotisation et héritage du moe

 

Mais il existe une dernière forme de sexualité, beaucoup beaucoup beaucoup plus édulcoré : le moe. Un terme qui désigne le sentiment d’attachement à des personnages mignons. Souvent des lycéennes toutes innocentes qui font des trucs. La base de la tranche de vie CGDCT (Cute Girls Doing Cute Things) où on retrouve K-ON en figure de proue.

On a tendance à penser que le moe est une tendance récente amené avec K-ON (décidément) en 2009. Le naissance du terme date bien de cette époque, mais mettre des filles mignonnes dans les animes date de bien plus longtemps, des années 1970 pour être précis.

A cette époque, le shounen et le gekiga rentraient dans une impasse. Ils n’intéressaient plus grand monde à cause de leurs graphismes vus et revus. C’est alors qu’un nouveau genre de mangas révolutionnaire faisait son apparition : le shoujo. « Genre » porté par le Groupe de l’an 24, ces mangas véhiculait de nouveaux scénarii mais aussi de nouveaux graphismes.

Les traits se veulent plus arrondis, les yeux plus gros et l’ambiance plus lumineuse. Le tout pour apporter plus d’expression aux personnages. Ce qui contrastait à l’époque au style gekiga aux traits droits et durs. En observant la figure du bishounen (litt. beau jeune garçon), les auteurs (masculins) ont l’idée de la féminiser. Combinée aux éléments graphiques précédents, ils ont donné naissance à la bishoujo (litt. belle jeune fille). Elles sont jeunes, innocentes et mignonnes : un condensé des fantasmes masculins en somme.

Cependant, ce n’est pas la seule chose dont les auteurs ont tiré du shoujo. Toujours dans les années 1970 se tenait la première édition du Comiket. Qui, à l’époque, rassemblait surtout les fans de shoujos. MAIS PAS QUE ! Durant cet événement, certains groupes vendaient (déjà) des parodies yaois mettant en scène les héros de leurs séries favorites. Un phénomène qui continue de perdurer aujourd’hui car ces doujins amateurs permettent de libérer l’esprit créatif des fans. Et pourquoi pas, leur permettre de se lancer dans le grand bain.

En réponse à la forte demande féminine, Azuma Hideo, mangaka de Supernana, va lancer son manga érotique Cybele. Mais à la place de mettre en avant les personnages réalistes des gekigas, Azuma utilise des personnages au design mignon. Ce qui donna naissance à la tendance de l’ero-kawaii ou le fait de sexualiser des jeunes filles.

Dans un premier temps, Cybele va faire face à une horde de détracteurs. Le côté irréaliste des personnages et des situations sexuelles irritent les fans de gekigas tandis que les autres s’offusquent devant la jeunesse des personnages. Cependant, des années plus tard, le fanzine rencontre un énorme succès. Poussé par une fanbase attiré par les shoujos, qui les regardaient pour leurs personnages féminins. Ce qui mène à des constats qui laisse sur le cul. Gigi était très populaire parmi les adultes, de même qu’Heidi, la petite fille des montagne. Des animes fait pour des petites filles à la base.  

Couverture du tome 5 de Cybele

L’héritage de Cybele se manifeste encore aujourd’hui sous plusieurs points. Désormais, peu importe le public, les animes sont jugés en fonction des critères usuels (scénario, musique, animation …). Mais les personnages féminins y occupent une très grande place. Si l’anime est très bon mais qu’aucun personnage féminin ne fait l’affaire, il a de grandes chances de passer à côté d’un succès commercial. 

Il suffit de voir le cast des animes les plus populaires pour se rendre compte à quel point un personnage féminin attirant est important. Si je vous dis SAO, vous penserez à Asuna, Suguha, Alice, Lizbeth, etc. Peu importe qui vous aimez, cela vous poussera à regarder l’anime. Pareil pour Bakemonogatari et Madoka. Deux des animes les plus vendus de l’Histoire dont le casting est majoritairement (si ce n’est pas exclusivement) féminin.

Par conséquent, les auteurs cherchent à rendre les personnages féminins les plus attirants possibles. Que cela soit avec la montée en puissance des harems ou des cast entièrement féminin. Autant multiplier les chances de toucher votre cœur avec le maximum de personnages différents.

Ou au niveau du physique. Les lycéennes de 15 ans à gros seins ont beau être irréaliste, c’est justement pour cette raison qu’elles sont aimées. Car elles cumulent les valeurs de la jeune fille innocente dont les spectateurs se donneront à cœur joie de pervertir. Que cela soit dans des doujins pornos ou bien avec le fanservice accidentel (l’éternel cliché du héros qui tombe sur la fille). On montre son corps, cela a un fait comique et/ou romantique. D’une pierre, trois coups : les auteurs auraient tort de ne pas en profiter.


Malgré une percée ces dernières années, la culture otaku reste très mal vue. Que cela soit dans le monde, assimilé aux jeunes aux QI douteux ou au Japon, symbole de défiance sociale. Ses détracteurs ont tendance à souligner le côté violent ou sexuel de nos œuvres préférés. Des gerbes de sang et des plans de poitrines qui ont du mal à passer et qui les font réagir. Qui a leur tour nous font réagir, ce qui finit en guerre de tranchées.

Pourtant, bien que l’on fût choqués au début, nous avons fini par nous habituer à ces deux choses. Car comme le dit Okada, la violence et le sexe font partie de la culture otaku. Certes à des degrés variables, mais présents malgré tout car ces deux caractéristiques ont été associés à l’animation dès ses prémices. Une naissance dans le manga qui s’est poursuivis dans l’animation.

La violence a pris place avec les mangas destinés aux garçons, à savoir le shônen et le seinen. Un aspect qui permet une démarche d’apprentissage de la part du héros. Il devra se dépasser pour atteindre ses objectifs et défaire ses ennemis. Tandis que le sexe est apparu avec les seinens érotiques, mais c’est grâce aux mangas shoujo qu’il a la forme qu’on lui connaît. Une influence qui, à force de transformation, a permis la multiplication des filles mignonnes. Devenues des points très importants, elles sont devenues les reines du média. Contribuant aux succès de la majorité des animes qui ont su s’imposer.

Après avoir écrit cette analyse, un problème se pointait devant moi. Vu que la violence et le sexe sont historiquement liés à l’animation, ceci constitue un argument dans les deux camps. Nous, arguant que c’est normal et qu’il faut l’accepter. Et les autres, que c’est scandaleux que toute une économie se soit fondée autour de ça. A la fin, on se retrouve avec une incompréhension plus grande des deux côtés.

MAIS un espoir existe. Car même si la violence et le sexe existe, résumer l’animation japonaise à cela serait très réducteur. Les œuvres se réinventent pour exploiter ces deux de manière originale. D’un côté, la violence se partage entre l’aventure et l’horreur. Et de l’autre, le sexe entre les mignonnes romances et les hentais. Des auteurs qui se donnent pour obtenir le meilleur produit possible et qui méritent que l’on se penche dessus. Et pas que sur les scènes de massacres ou de fanservice en soi.

Et quand bien même, le média est très vaste et beaucoup d’œuvres sortant des sentiers battus n’attendent que vous. Qui sait, en mettant en avant des valeurs non nippones, l’animation va redorer son image.

Certes, la violence et le sexe sont les fondations de la culture otaku. Mais une communauté qui rassemble des millions de personnes en bonne santé se sont bâtis dessus. Et qui contribuent à agrandir et améliorer cet espace.

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Database d'anime, de seiyuu et d'opening sous forme humaine. Joueur de LLSIF à ses heures perdues. Trouvable sur Twitter (@RequiemForFemto) et MAL (xxxPhantom).

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