Tate no Yuusha : le nouvel avènement de l’isekai ?

Tate no Yuusha : le nouvel avènement de l’isekai ?

Si vous lisez régulièrement ce blog, vous savez que les isekais ne sont pas les bienvenus ici. À chaque début de saison, ils se font chaleureusement baptisés : en témoigne Kenja no Mago et Isekai Smartphone. Ils sont tellement prévisibles que le suspense meure dans les premiers épisodes. Mais aujourd’hui, on va parler d’un isekai un poil différent et qui a fait beaucoup parler (dont moi) : Tate no Yuusha.

Tate no Yuusha no Nariagari est un anime en 24 épisodes produits par Kinema Citrus. L’histoire se déroule dans le royaume de Melromarc où 4 jeunes hommes originaires de notre monde sont invoqués. Ren, Itsuki, Motoyasu et Naofumi découvrent qu’ils sont des héros légendaires destinés à défendre la population contre des vagues d’ennemis. Pour cela, chacun dispose d’une arme : une épée, un arc, une lance et un bouclier.

De gauche à droite : Naofumi, Motoyasu, Ren et Itsuki

Et pas de chance pour Naofumi, qui est tombé sur le bouclier, qui est un objet défensif et pas très populaire. Ce qui l’empêche de monter son groupe, rejoint uniquement par Myne. Les deux s’entendent bien jusqu’à ce que la jeune femme accuse le jeune homme de viol. La cour prend fait et cause pour Myne et chasse Naofumi de la ville. Accompagné d’une esclave Raphtalia, il se met en quête de vengeance.

En lisant le résumé, vous vous dites que Tate no Yuusha ne se différencie pas beaucoup de ses pairs. Ce qui est à moitié vrai : autant la structure narrative globale ressemble aux autres animes du genre, mais quelques points forts compensent cette prévisibilité. Malheureusement, de très gros défauts plombent ces qualités.

Un isekai un peu différent

Tate no Yuusha se différencie très vite grâce au traitement de Naofumi, le personnage principal. Dans les isekais classiques, le héros principal est un garçon banal, mais qui finit par être très aimé grâce à sa force. On retrouve ce schéma avec Kirito dans SAO, Shiroe dans Log Horizon, Kazuma dans Konosuba.

Mais le pauvre Naofumi n’aura pas le droit à ce traitement de faveur. Son bouclier lui confère d’entrée – 50 en charisme, car il ne peut pas se battre. Ce qui l’empêche de devenir plus fort et freine son évolution. Donc à première vue, il n’a pas l’air très impressionnant.

De plus, à cause de la fausse accusation, Naofumi n’est pas animé par le bien commun, mais par la haine. Ce qui change aussi des héros d’isekais habituels, pour lesquels on reproche le côté trop lisse. Ici, le héros au bouclier ne pense pas aux valeurs de justice et d’amitié. À la place, il prône le profit et l’efficacité. Chacune de ses actions se monnaye : bien qu’il soit un héros, il faut bien qu’il se nourrisse. Et ceux qui ose refuser se font gentiment menacer. 

Naofumi, l’anti-héros

Ce qui fait de Naofumi presque un antihéros voire un méchant. Dans les premiers épisodes, on assiste à un personnage vil et sournois et ses premières actions le démontrent. Ayant besoin de quelqu’un pour se battre à sa place à moindres frais, il achète une esclave : Raphtalia, qui est une enfant malade. Sans aucune forme de pitié, Naofumi va la forcer à se battre contre des créatures dangereuses. Elle, qui n’est une enfant, doit tuer ou se faire tuer : tel est le message de son maître.

Au vu de ses actions, Naofumi peut susciter deux réactions : soit vous le trouvez cool et edgy, soit vous pensez que c’est un connard. 

L’anime joue avec notre haine

De manière générale, l’anime arrive à jouer avec nos émotions. Il arrive à nous faire les ressentir qu’il veut à des moments précis. L’exemple le plus parlant est la colère avec Naofumi, mais aussi (et surtout) Myne.

Malty (de son vrai nom) se montre manipulatrice et tente de nuire à Naofumi par tous les moyens. En utilisant Motoyasu, son père (qui est le roi) et l’armée, elle se démène pour enterrer le héros au bouclier par des raisons pas toujours claires d’ailleurs. Certes, on la déteste, mais ça va plus loin : on adore la détester. Chacun de ses échecs s’accompagne d’un karma très plaisant à suivre.

Mais ce n’est pas la seule émotion que Tate no Yuusha veut véhiculer : l’amour est également présent avec Raphtalia. La jeune semi-humaine voit Naofumi comme son sauveur (et c’est le cas) et se bat à ses côtés. Avec elle, le jeune garçon prend un air un peu plus paternel, comme si Raphtalia le soulageait de cette haine qui le ronge.

Un sentiment qui est plaisant à voir mais qui se montre vite redondant. A chaque fois que Naofumi utilise le bouclier du corroux, très puissant mais dangereux, Raphatalia va systématiquement se jeter sur lui pour l’arrêter.

Tate no Yuusha se montre original par son angle d’approche. Au lieu de nos présenter une scénario vu et revu, il nous montre une histoire remplie de haine et d’autres mauvais sentiments. Même si des positifs existe, ce n’est pas ce que l’on retiendra. On suit les épisodes avec l’excitation de voir les plans de Naofumi et de Malty s’entrechoquer.

Cependant, il n’est pas exempt de défauts. De très gros défauts.

mais qui reste un isekai, quand même

L’univers : zéro originalité

Le plus gros souci de Tate no Yuusha réside dans son univers dont la construction … sent la flemmardise à tous les étages. L’anime utilise un univers très clairement un monde sorti d’un RPG classique et on le remarque dès le début. Au lieu de faire de longs paragraphes, on va sortir la liste à puces.

  • Le monde médiéval fantastique balancé sans aucune justification
  • Le bestiaire classique : slimes, dragons, végétations
  • Les vagues, qui ne sont que des nuées d’ennemis à subir
  • L’interface avec un niveau, des points de vie et de l’exp
  • L’arbre de compétences où chaque technique s’acquiert en le débloquant dedans
  • Les zones de farming

Autant dans un anime où les héros dans un jeu vidéo (comme SAO), ce serait normal. Mais dans Tate no Yuusha, rien n’indique que c’est un jeu vidéo. L’environnement ne donne aucun indice à ce fait : les personnages et les monstres possèdent des consciences.

Tate no Yuusha n’explique jamais les fondements son univers. Le royaume ne possède aucune histoire, aucune mythologie sur les vagues précédentes, la royauté ou son peuple. Il donne l’impression que ce n’est un décor pour faire joli.

Non, sans blague !

Les personnages : zéro construction

Sans compter les personnages à l’intérieur, qui ne présente pas d’évolution ni de personnalité, les rendant insupportables. Ren est un clone de Kirito, Itsuki retourne sa veste tous les deux épisodes et Motoyasu harcèle des petites filles : ce qui n’aide à leur donner du crédit. Et ce n’est pas l’histoire qui leur en donnera.

Pour rappel, un isekai (dans l’idéal) doit montrer l’évolution du personnage par rapport à sa vie antérieure. Sinon, ce n’est juste un ignare qui ne s’est pas intéressé dans le monde qu’il vit. Dans Tate no Yuusha, on ne sait rien de la vie des personnages avant leur téléportation. Ce qui ruine l’intérêt de ce genre d’histoire et confirme l’impression du self-insert otaku.

Le pire, c’est que ce manque de profondeur touche aussi les autres personnages. Certes l’histoire de Raphtalia est expliquée, montrant les atrocités subies par les semi-humains. Mais on a du mal à la considérer comme un personnage à part entière. Comme Naofumi lui a sauvé la vie, elle reste son bras droit et son rôle s’arrête là.

Filo sert de cheval et de familier, Myne passe pour la connasse de service, le roi est un idiot profond, la reine est badass mais on ne la voit jamais. De manière générale pour les personnages, soit vous les appréciez soit vous les détestez.

Après la fin : zéro intérêt

Sans compter que Tate no Yuusha souffre du syndrome de la fin prématuré.

Spoiler

Au bout de l’épisode 21, la vérité finit par éclater. La reine arrête son mari et sa fille ainée pour les juger sur-le-champ. Au cours du procès et devant tout le royaume, Malty finit par avouer qu’elle a accusé à tort Naofumi. Une affirmation que Motoyasu ne croira pas avant que le sceau d’esclavage le convainque.

À l’issue du procès, la reine prononce une condamnation à mort sur-le-champ. Les deux sont alors amené à l’échafaud, prêts à être exécutés devant une foule en délire. Mais Naofumi intervient pour épargner le roi et la princesse, disant qu’ils n’ont pas assez souffert. Par conséquent, il décide de lui infliger une punition terrible.

Certes, on a attendu ce moment durant tout l’anime : le fait que Malty s’en prenne plein la gueule devient jouissif. Mais de là à lui souhaiter la mort, c’était un peu trop. Surtout quand on sait qu’elle a été manipulée par l’Eglise aux trois héros. Sans vouloir l’excuser, cela constitue une circonstance atténuante.

Et puis, la punition, quoi …

Juste après cet événement, on embarque dans un mini-arc très dispensable. Aucun enjeu n’existe dans ces épisodes, hormis une nouvelle vague. Mais c’est à peine si on y prête attention, tant cela apparaît comme une mission comme les autres avec des revenants en prime.

Le héros au bouclier, il vaut quoi ?

Tate no Yuusha ne changera mon avis sur les isekais. Certes, il arrive à créer des émotions et à jouer avec. Avec toute l’histoire de vengeance de Naofumi, l’anime arrive à maintenir le suspense autour de la série. Cela va de pair avec la personnalité du héros, qui diffère du caractère lisse de ses homologues.

Cependant, Tate no Yuusha tombe également dans les pires écueils des isekais. L’univers est repompé d’un jeu vidéo dans son intégralité sans aucune justification. Le monde se montre fantastique, mais les héros possèdent des niveaux et des arbres de compétences. Ce qui montre le manque d’imagination de l’auteur.

De plus, les personnages manquent de développement. Les autres héros passent pour des bouffons, de même pour la royauté. Même Naofumi et Raphtalia qui ont un semblant d’évolution, ne changent pas et n’ont aucun objectif (hormis la vengeance).

Tate no Yuusha se montre appréciable, mais décevant. Ce n’est pas avec lui que la réputation des isekais va changer vers le mieux.   

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