La CTPJVJPMQMN : Let it Die

Jeux Vidéos

La Chronique textuelle à propos de jeux vidéo japonais qui sont plutôt pas mal quand même non ? est une série d’articles à propos de jeu vidéos japonais qui sont plutôt bons, comme vous pourrez le constater. Cette citation ne sert qu’à expliquer l’acronyme improbable qui sert de titre. Wallah.

Première itération : Let It Die, PS4, 2016, Grasshopper Manufactures

Avant d’attaquer ce début de chronique, vous remarquerez à un moment ou un autre qu’il s’agit d’une écriture et d’un sujet différent de ce que vous voyez d’habitude sur Japan Vrac. Et d’un autre côté, c’est pas vraiment étonnant, puisque je suis un petit nouveau sur cette page. Petit parce que je fais moins de 1m75, et nouveau puisque je suis nouveau. Vous me connaîtrez donc sous le pseudo de #Baka, je vais parler Jeu Vidéo et Japon, et je suis déjà fier d’être le chroniqueur avec le nom de chronique acronymique (oui oui, ce mot existe) le plus improbable et long de tous les interwebs français  (pour autant que je sache). On va commencer doucement… Et on va attaquer par un petit jeu pas vraiment indé mais pas spécialement gros budget non plus, un joli morceau de jeu japonais comme on les aime, barré comme pas permis et avec la Mort qui fait du skate-board.

Le merveilleux Let it Die, développé par Grasshopper Manufactures et édité par GungHo Online Entertainment. Très rapidement, GungHo a aussi édité les Ragnarok Online et le MMO Shin Megami Tensei, mais ce ne sont pas eux qui nous intéressent aujourd’hui. Le vrai nom important, c’est Grasshopper Manufactures. Et là, vous allez me dire « mais qui donc pourrait se cacher derrière un nom énigmatique et nébuleux tel que celui-ci ? ». Déjà, superbe syntaxe, lecteur. Très très belle. Ensuite, derrière ce studio, on trouve LE gars qui a tout niqué niveau game design au Japon. LE Suda Goichi. Suda51. Si ce nom ne vous parle pas, ce n’est pas spécialement étonnant. Par contre, je vais vous citer quelques jeux dont il est responsable : Killer 7, Lollypop Chainsaw, Michigan : Report From Hell, les No More Heroes et surtout, et ça tombe bien parce que sinon mon intro ne servirait à rien, Let it Die.

Autant vous le dire, si vous avez reconnu le moindre nom de jeu, vous savez que Suda51 est un poil timbré mais très doué. Ou alors, si vous n’êtes pas drôle, vous vous dites qu’il est très bizarre et que ses jeux sont au mieux passables. Mais je ne peux pas vraiment vous donner tort, puisque fréquemment, c’est plus l’idée de gameplay et l’univers qui priment sur le reste, avec ses jeux. Un exemple très parlant, c’est justement son Lollypop Chainsaw : l’idée derrière, c’était de complètement retourner le code du film de zombie en plaçant la petite cheerleader blonde et frêle en position de déesse de la guerre massacrant des macchabés… et avec la tête de son petit copain accrochée à ses hanches. Passé ça, le jeu n’est pas spécialement dingue, les environnements sont vides, les combats un poil rigides… Mais le jeu reste merveilleux pour quiconque réussit à passer outre les limitations techniques. J’irai même jusqu’à dire que c’est dans ces limitations que le studio dévoile le mieux son savoir-faire. Et c’est sur cette transition pas du tout téléphonée qu’on va attaquer pour de faux le vif du sujet.

Le jeu est sorti sur PS4. La PS4 quoi. Vous savez ce qu’il y a de pire pour jouer qu’une PS4  en 2016? Un Macintosh. Et oui, je dis Macintosh, parce que je parle des vieilles tours sorties dans les années 90. Entre les pièces complètement archaïque (et le premier qui me dit que la Xbox One est mieux, je le bouffe), le système d’exploitation aux fraises et le workflow calamiteux, c’est pas spécialement étonnant que les jeux sur cette consoles sans être exclusif tournent horriblement mal (cc The Evil Within et tes 17fps quasi-constant, si je veux jouer comme ça je reprends Ocarina of Time, merci, bisous). Et le pire, c’est que le souci dans l’autre sens est tout aussi terrible. Vous vous souvenez de Batman Arkham Knight ? Il était bien sur PS4, hein ? Vous avez testé les portages Xbox One et PC à la sortie du jeu ? Vous vous êtes demandé pourquoi le jeu semblait être incapable de seulement charger son menu principal ? C’est parce que les versions PC et XBone étaient des portages paresseux de la version PS4, là où on aurait eu besoin d’un travail de re-développement. Encore aujourd’hui, Arkham Knight est terriblement instable sur PC. Et sans trop nous prévenir, Grasshopper Manufactures arrive et commet l’irréparable : un vrai jeu en vrai 1080p60fps sur PS4 : Let it Die. J’aime autant vous dire que mon petit cœur de PCMR faisait des bonds à me briser les côtes. D’ailleurs, c’est souvent le premier truc qu’un joueur de Let it Die vous dira : le jeu tourne bien ! Pour une PS4. Et du Unreal4. Qui est du Unreal3 à peine amélioré. Oui, pourqu’un jeu tourne correctement sur PS4, les développeurs ont dû utiliser un moteur physique dépassé depuis au bas mot 4 ans.

Mais pourquoi s’embêter à ce point pour leur jeu, me direz-vous ? Pourquoi ne pas faire en sorte qu’il tourne en 30fps et on en parle plus ? Deux raisons : respecter ses consommateurs et respecter le genre dans lequel s’inscrit Let it Die. (oui, oui, je vais parler du jeu, attends un peu, j’aménage mes effets).

Uncle Death, Il adore les morts sanglantes, les lunettes rigolotes et le skate. Il est aussi Mexicain.

Car Let it Die est un jeu qui hurle au monde son amour pour ce qu’est devenu le jeu vidéo à l’internationale ces dernières années et pour ses joueurs. Reprenant des éléments du Rogue-lite, du Hack’n’Slash, du Souls-like, avec une esthétique cradingue que ne refuserait pas un gros titre américain, balançant à tout va des références à la pop-culture nippone et occidentale, jouant sur les codes du Survival Horror et du Fighter Game, Let it Die est le jeu pot-pourri qui, sans trop qu’on sache comment, fonctionne quand même.

Vous y incarnez un Player, une personne qui « joue » à Let it Die depuis la salle d’arcade HATED. Les Players sont des personnes qui contrôlent les corps de Super-Soldats produits en masse et envoyés au casse-pipe dans la Tour de Barbs, un édifice qui est sorti de nulle part il y a une décennie, après un gigantesque tremblement de terre. Les bases de la tour ont étés colonisées par les habitants de la région, mais rapidement il est devenu impossible de la gravir : des spores de champignons empoisonnent l’air de la tour, tuant toute personne qui inspire ne serait-ce qu’une seule fois cet air mortel. Pour ne rien arranger, 4 psychopathes particulièrement retors et dangereux ont investi les lieux, dirigeant des armées de super-soldats sous leur contrôle, et un scientifique fou –le père des Super Soldats- a profité du bordel ambiant pour créer des monstres formés à partir de tout un tas d’amas de chairs. En gros, la Tour de Barbs, c’est pas la destination tendance pour les vacances.

Les Players contrôlent donc des « Combattants », des corps humains vides qu’ils possèdent à travers le jeu. Une fois en contrôle d’un Combattant, le Player doit faire en sorte d’aller aussi haut que possible dans la Tour. C’est la partie Hack’n’slash, c’est l’inverse de Diablo où on descendait dans Tristram.
En se battant, le Combattant va accumuler de l’or, de l’expérience et du Lithium SP, qui sont des ressources nécessaire pour acheter de nouveaux combattants, de l’équipement, crafter de nouveaux objets ou encore monter de niveau. C’est la partie RPG du titre.
Mais si le Combattant du Player meurt pendant qu’il est dans la tour, il deviendra un Hater. C’est une sorte de zombi en colère qui cherche à tuer tout ce qui bouge. Evidemment, le Combattant « haterisé » doit être affronté et vaincu pour pouvoir le jouer à nouveau, ou bien il faudra payer très cher. C’est la partie Rogue-Lite, puisque les Combattants sont sacrifiables à tout moment et qu’on meurt de toute façon très vite.

Ah mais oui, on meut très très vite. C’est ça la partie Souls-Like ! Une erreur, une esquive mal gérée, un coup parti trop tard, et c’est facilement un tiers de vos points de vie qui s’envolent. Si vous êtes chanceux. Ceci dit, à l’inverse d’un Souls, vos adversaires (même les bosses, malgré leur moveset unique) sont véritablement égaux à vous. Ils utilisent les mêmes armes, les mêmes armures, les mêmes mouvement spéciaux et le même système de niveau, ce qui donne rapidement au titre une sensation de danger constant : vous savez que vous pouvez broyer un adversaire en quatre coups de poings bien placés, mais lui a une machette qui lui donne de l’allonge et lui permet de vous tuer en trois coup. Sauf que vous avez votre Magnum qui vous permettrait de lui tirer dessus en pleine tête et l’assommer pour prendre l’ascendant, mais c’est sans compter sur l’autre adversaire qui a un fusil d’assaut et qui…. Bref, vous avez saisi le truc.

Vous aurez remarqué que je n’ai finalement pas dit grand-chose sur le jeu en soit, mais c’est bien normal : comme souvent avec un jeu estampillé Suda Goichi, l’expérience et tellement sensorielle et viscérale qu’il est difficile de la décrire autrement qu’en un ou deux paragraphes un peu vide… Ou sinon, il me faudrait encore 1700 autres mots pour décrire en détail tout ce qui fait le sel de ce jeu. Ceci dit, ce n’est pas spécialement un problème : le jeu étant gratuit sur la console, il vous suffit de l’installer, ou de demander à un ami de vous prêter sa console.

Je vous conseille d’ailleurs de jouer à Let it Die comme on joue à un Binding of Isaac ou un Rogue Legacy : embarquez un pote, passez-vous la manette à chaque fois que vous mourez, chopez des bières et des chips et moquez-vous de la performance de l’autre (en toute gentillesse, bien sûr). Jouer à Let it Die, c’est se manger une bouffée d’adrénaline à chaque coup donné, à chaque esquive réussie, à chaque balle tirée. C’est subir un stress à peine soutenable dès qu’on voit qu’il y a plus de trois ennemis à la fois sur notre personnage. C’est écumer de rage quand pour la quatrième ou cinquième fois d’affilée, vous mourez sur le même étage. C’est hurler un bon gros « C’EST BON, J’T’AI EU, VAS TE FAIRE FOUTRE » au Hater qui vous martyrisait depuis une heure. C’est lâcher de monstrueux soupirs quand on voit enfin l’ascenseur, et qu’on sait qu’on a sécurisé le butin de notre personnage. C’est –à mes yeux- le jeu le plus abouti de Grasshopper Manufactures. Jouer à Let it Die, c’est être dans « la Zone » à chaque seconde qui passe.

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