Eromanga-sensei : La deuxième fois n’est forcément pas mieux que la première

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Beaucoup d’artistes travaillent dur pour que leur oeuvre ait du succès, mais seule une poignée y parviennent. Exemples qui viennent à l’esprit (comme ça) : Naruto, Bleach, Reborn et plein d’autres. Une fois terminée, les auteurs vivent différemment l’après-phénomène. Certains n’arrivent pas à s’y détacher (souvent contre leur gré) et prolonge l’univers de l’oeuvre via des spin-offs ou des suites (comme Masashi Kishimoto avec Naruto). D’autres se lancent dans des thèmes totalement opposés de ce qu’ils ont fait. C’est le cas d’Hiromu Arakawa avec Silver Spoon. Et enfin, encore d’autres restent en terrain connu mais font un nouveau travail. Et c’est dans cette catégorie que tombe Tsukasa Fushimi avec Eromanga-sensei.      

Avant de faire Eromanga-sensei, Tsukasa Fushimi a écrit Ore no Imouto ga Konnani Kawaii Wake ga Nai (ou Oreimo). Un light novel qui a fait beaucoup polémique à cause de deux choses : son intrigue et sa fin. Son scénario met en scène une relation incestueuse entre un lycéen et sa petite sœur, pas étonnant donc que ça ait fait scandale (dans les internets). Mais quitte à faire de l’inceste, autant aller jusqu’au bout, n’est-ce pas ? Et ben, NON. Puisque l’auteur n’a pas du tout assumé la fin d’Oreimo, qui est une des pires qui soit qu’on se le dise.  

Donc pour se rattraper, il a écrit Eromanga-sensei dont l’adaptation animée a été diffusé il y a à peine 3 mois. On suit Masamune Izumi, un lycéen mais pas seulement. Il est également un auteur de light novel à succès qui sont illustrés par Eromanga, qu’il n’a jamais rencontré. Tout aurait pu aller au mieux si Sagiri, sa petite soeur, n’était pas une hikikomori qui ne sort jamais de sa chambre. Dérangé par la situation, Masamune arrive à y pénétrer et découvre qu’elle n’est autre qu’Eromanga. 

SANS BLAGUE

TROP RESSEMBLANT A OREIMO

Pour tous ceux qui ont vu Oreimo, ce synopsis devrait vous rappeler quelques vagues souvenirs. Pour rappel dans Oreimo, Kyousuke découvrait que Kirino, sa petite soeur, était une fan d’eroge. La mise en scène est d’ailleurs quasi-identique : le garçon découvre par hasard le secret de la fille, qui a un rapport avec la culture otaku et l’érotisme. Ensuite, elle l’amène dans sa chambre pour lui exposer sa passion pour enfin ils se promettent de se rapprocher. Ce qui expose une des (très) grosses faiblesses d’Eromanga-sensei : il est une copie d’Oreimo.

Et malheureusement, le constat s’applique également pour les personnages, qui sont des copiés-collés de ceux d’Oreimo. A commencer par Masamune, qui ressemble à Kyousuke (et pas que physiquement). La seule différence entre les deux est leur comportement au départ. Si Kyousuke était un garçon complètement en dehors de la sphère otaku, Masamune nage en plein dedans (auteur oblige). En dehors de ce point, les deux soutiennent leur petite soeur. Ils vont à l’école mais n’ont aucun ami à part une amie d’enfance (Manami / Tomoe). Sinon, ils vont gagner un harem qui seront à la base les amies de leur petite soeur. Sagiri ne partage pas tant de caractéstiques avec Kirino (hormis son caractère de merde).

Pour les personnages secondaires, Elf Yamada, la rivale de Masamune, ressemble déjà plus à Kirino. Elle est blonde, méprisante et utilise son statut d’auteur à succès pour se vanter. Une bonne tsundere comme on les aime (ou pas). Megumi, la déléguée de classe de Sagiri, est un repompage d’Ayase. Soit une amie du personnage principal féminin « normale » qui méprise les otakus et qui va dépasser ses préjugés pour son « amie ». Tomoe est la soeur éloignée de Manami : une amie d’enfance du héros. Et Muramasa est un énorme doigt pour ceux qui ont aimé Kuroneko, on y viendra un juste après.

Puisqu’en plus d’être des pâles copies, les personnages sont complètement creux. Et Muramasa en est le parfait exemple. On nous présente comme une auteure à succès très droite, sérieuse et qui ne se laisse pas faire. Lorsque Masamune participe à un tournoi d’auteurs, elle se dresse devant lui, trouvant son rêve sans intérêt comparé au sien. Son objectif, en tant qu’auteur, est de faire une oeuvre qu’elle pourrait elle-même relire tellement elle serait bonne. Un but très honorable qui justifie la détermination du personnage, qui le rend attachant et (un minimum) profond. Et qu’est-ce qu’il se passe l’épisode suivant ?

UNE DECLARATION D’AMOUR RANDOM

On découvre que Masamune a toujours été un modèle pour elle, qu’elle est fan de ses oeuvres et blabla. Ah oui, elle est amoureuse de lui aussi. Alors, il est possible que d’aimer l’auteur (ou plutôt son travail) mais pas une personne rencontrée il y a une semaine. Suit alors une longue descente vers les clichés, comme « oulala, je sais pas comment m’habiller pour lui plaire ». Chose complètement révoltante tant le personnage avait un minimum d’intérêt.

Sagiri est un cliché de petite soeur fragile qui ne peut rien faire sans son grand frère. D’un côté, c’est une petite fille timide et craintive. Tandis que de l’autre, c’est une perverse finie qui adore dessiner des filles à poil. Le tout accompagné par le fait qu’elle aime maltraiter son grand frère. Bonne chance pour la trouver agréable. Caractère qui contraste avec son physique, qui résume tout le personnage. Elle est mignonne … et puis c’est tout. Et même les producteurs se donnent du mal pour nous le faire comprendre : ils ont mis un animateur spécialement pour elle, donc …

LE FAN-SERVICE

Rappel : c’est une vision de Masamune … qui fantasme sur sa petite soeur de 12 ans

Et cela permet d’aborder un point qui est énervant : le fan service. Sagiri est sexualisée à mort. Entre les plans qui se focalisent sur ses parties et le fait que Masamune fantasme sur elle, ça n’aide pas à approfondir le perso. Tout ce que ça fait, c’est que ça montre qu’elle est attirante, sexuellement parlant (ALORS QU’ELLE N’A QUE 12 ANS). On ne ressent pas  de l’attirance, mais du malaise (si votre truc, c’est pas les lolis). Pareil pour Megumi, qui essaie de chauffer Masamune (alors qu’elle n’a que 12 ans) pour faire sortir Sagiri de sa chambre. Ou encore le moment où Sagiri vole sa culotte alors qu’elle était aveuglée et ligotée (Comment a-t-elle fait pour ne pas appeler la police ? Aucune idée).

Rappel : Elle était volontaire pour se faire ligoter et aveugler

Et l’anime tente de rendre ça normal en disant que c’est pour que les persos puisse trouver l’inspiration. Ce qui est une excuse totalement nulle. Parce que le fait que ce sont des auteurs, on s’en fiche : ça a toujours été secondaire dans l’intrigue. Du coup, les événements de l’anime tombent à plat. A l’épisode 4, Elf fait la cuisine pour Masamune. Ce qui suit le cliché de « faire la bouffe pour son crush » alors qu’elle dit que c’est pour son roman. Vers l’épisode 9, Masamune and co. se rendent sur une île. Les personnages avancent que ce serait pour « collecter des données » pour leur livre. Alors que ce n’est qu’un prétexte pour caser le cliché de « l’épisode à la plage », avec les filles en maillot et le reste. 

Dernière chose sur le fanservice : les références et autres caméos. L’anime place des références à Oreimo pour essayer d’attirer les fans de l’oeuvre. On peut voir que le masque de Sagiri est Meruru, personnage fictif dans Oreimo. Ou encore le cast d’Oreimo qui font des caméos. Dans un autre contexte, cela aurait été des simples clins d’oeil. Mais ici, ça montre un cruel manque d’imagination de l’auteur (et dès le début). Etant donné que l’histoire des deux oeuvres sont très similaires, l’auteur aurait eu tout intérêt à différencier les deux.

De plus, d’autres clins d’oeil sont présents : ceux qui flirtent avec le placement de marques. Par exemple, dans l’épisode 1, on peut que l’action se déroule dans les locaux d’ASCII Media Works, qui est l’éditeur … d’Eromanga-sensei. Autre exemple : Elf fait référence à la Dengeki Bunko, la sous-marque d’ASCII. Alors oui, ça n’empiète pas le scénario mais c’est très énervant quand les producteurs se font de l’auto-pub.

Les gars, on avait dit « pas d’autofellation »

LE VIDE SCENARISTIQUE

Enfin, le point le plus raté d’Eromanga-sensei, c’est son scénario qui n’a aucun sens. Déjà, c’est très difficile de croire que des lycéens puissent des auteurs avec un rythme de publication régulier. Parce qu’avec les cours, ça doit faire un planning bien chargé. Mais bon, on voit des jeunes qui vont à l’école et qui sont youtubeurs. Donc au fond, pourquoi pas ? 

Ensuite, la romance entre Masamune et Sagiri est tellement mal faite. Sur le papier, l’anime présente une relation amoureuse entre un frère et une soeur, soit une relation incestueuse. SAUF que dans les premières secondes de l’anime, il est dit qu’ILS NE SONT PAS RELIES PAR LE SANG. Du coup, ça fout tout en l’air. Parce que, quelle est la différence entre des membres d’une famille recomposée et deux amis d’enfance qui toujours vécu sous le même toit ? Hormis le nom sur le registre familial, pas grand chose.

Surtout que la relation incestueuse n’est jamais remise en question. Tous les personnages l’acceptent bien et trouvent ça normal. Du coup, il n’y a aucun noeud dramatique qui se créé autour, ce qui rend les choses trop simples. Surtout que dans les autres animes du même genre, les couples doivent se battre pour assumer leur amour interdit. Donc, si on récapitule, on a un demi-frère et une demi-soeur qui s’aime ouvertement et cette relation est acceptée par tous. Et en plus, Masamune a rejeté les autres filles qui était amoureuses de lui. On peut se dire qu’ils vont sortir ensemble, vu qu’il n’y a aucun obstacle entre les deux ?

ALORS QU’EST-CE QUI T’EMPÊCHES DE FAIRE LES DEUX ?

Tout ça laisse un goût d’inachevé et surtout l’impression que l’anime n’avait rien à raconter. Pour preuve, L’ANIME N’A PAS DE CONCLUSION. Alors oui, nos deux protagonistes ont sorti le LN qu’ils voulaient, mais c’est tellement anecdotique. Parce que l’aspect le plus important n’était le livre en lui-même, mais la relation entre Masamune et Sagiri autour. Et vu qu’elle est voué à un statu quo définitif depuis l’épisode 5, elle n’avait plus aucun intérêt. De plus, hormis le fait qu’ils s’entendent mieux, ils n’ont jamais changé par rapport au début. Sagiri est toujours une recluse et traite toujours (ponctuellement) son frère avec mépris. Masamune est toujours un lycéen auteur par contre, il a gagné un harem. 

Surtout qu’il y avait des choses à raconter. Sagiri s’est enfermée dans sa chambre à cause de le décès brutal de sa mère. Et le dessin l’a aidée à retrouver goût à la vie. Histoire intéressante quand Masamune a exactement vécu la même chose : écrire des histoires pour se remettre du décès de sa mère. On aurait pu imaginer alors que les deux expliquent leur expérience commune dans un bouquin pour exorciser ce traumatisme. Après, ce n’est qu’une piste mais cela montre qu’il avait moyen de faire une histoire intéressante.

CONCLUSION

Eromanga-sensei est un anime raté. Il essaie de ramener les fans d’Oreimo en reprenant les éléments qui ont fait son succès. A commencer par les personnages, qui sont des vulgaires copies de ceux d’Oreimo (mais en moins bien). Dans Oreimo, Kirino était insupportable mais il y avait d’autres personnages qui étaient géniaux (Kuroneko, Ayase ou Saori). Ici, ils sont détestables tant ils empilent les clichés. Ce qui fait qu’on s’en fiche de ce qu’il leur arrive.

Le scénario a mis l’accent sur la relation entre Masamune et Sagiri, mais elle n’est pas assumée. Les deux personnages s’aiment, ils se le disent, personne ne s’y oppose ET POURTANT ils ne sortent pas ensemble. Non seulement ça n’a pas de sens, mais vu que l’anime s’est vendu sur ce point, c’est énervant. Enfin, le fan service est malaisant et inutile. Que cela soit avec Elf ou Muramasa, ça peut passer mais avec Sagiri ou Megumi, non. L’anime essaie de justifier la présence du fan service en l’incluant dans le scénario. Mais ce n’est pas parce qu’il est parti prenante de l’anime, que ça n’en reste pas du fan service. 

Alors, pourquoi parler d’un anime de merde alors qu’il y en a des meilleurs qui méritent plus d’attention ? En introduction, j’avais dit que Fushimi a persévéré dans le thème de la comédie romantique étant donné qu’Oreimo a été un succès. Eromanga-sensei est tombé dans le plus gros piège de cette pratique : la répétition, voire même pire la régression. Car même si Oreimo a ses défauts, il abordait certains sujets intéressants, comme le rejet de la culture otaku. 

Non pas qu’il soit impossible de s’imposer dans un genre (Yashiro Togashi en tête) ou s’intéresser à des sujets spécifiques (comme Inio Asano). Mais que trouver de nouvelles idées ou avoir une approche différente est essentielle pour ne pas se répéter. Sinon, on se retrouve avec des œuvres à l’intérêt limité. Non seulement, elles ne convainquent pas ceux qui ont aimé l’original. Mais elles n’attirent pas un nouveau puisque le public se redirigera vers l’original également. Donc à défaut d’être un bon anime, Eromanga-sensei nous enseigne une chose : la deuxième fois n’est pas forcément mieux que la première.

Database d'anime, de seiyuu et d'opening sous forme humaine. Spécialiste en industrie anime/manga. Joueur de LLSIF à ses heures perdues. Trouvable sur Twitter (@RequiemForFemto) et MAL (xxxPhantom).

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