Kuma Miko ou l’importance de la conclusion

Critiques 210

L’année 2016 aura été l’année du slice of life. En effet, beaucoup de ces séries se sont révélés être de bonne qualité. En vrac, on pourrait citer Flying Witch, Amanchuu, Tanaka-kun ou encore Mob Psycho 100. Et parmi ces séries, il y en a une qui aurait pu être sympathique mais qui se rate violemment. Dans cette critique, on parle de Kuma Miko.

Kuma Miko est à l’origine un manga de Masamune YOSHIMOTO publié en 2013. Son adaptation en anime a été diffusé en été 2016 par le studio Kinema Citrus et a fait beaucoup de bruit. (Mais on y reviendra plus tard). L’histoire se déroule dans le village de Kumade, qui vénère une divinité locale sous forme d’ours. Natsu, descendant de cette dernière, partage sa vie avec Machi, une prêtresse de 15 ans dans le sanctuaire du village. Avec son cousin Yoshio et ses amis d’enfance, Natsu et Hibiki, elle va découvrir le monde extérieur.

Comme vous l’aurez deviné, on va suivre le quotidien (et les galères) de Machi. La collégienne fait parti de ces jeunes « provinciaux » dont le rêve est de quitter son bled paumé pour la ville. La preuve : au début de l’anime, elle souhaite catégoriquement entrer dans un lycée en ville. Cependant, elle idéalise totalement la vie mondaine : tout à proximité, la mode, la classe. Des choses qui tranchent totalement avec son mode de vie « à l’ancienne » : la cuisine au feu de bois, la SNES. Inutile de dire qu’entre elle et la technologie, ce n’est pas le grand amour. Et ce n’est pas les autres qui vont l’aider : la plupart faisant partie du 3ème âge. On remarque très vite qu’elle ignore tout de la vie urbaine : même vous, vous en savez plus qu’elle.

Et ouais, ma petite !

Le principal ressort comique de la série repose sur le décalage entre le côté traditionnel (représenté par Machi) et la modernité (porté par Natsu). Cela en devient paradoxal, car on pourrait croire que l’adolescente serait ultra-connectée tandis que l’ours vivrait une vie simple. Mais en fait pas du tout. Natsu est très connecté : il maîtrise les connaissances de base en informatique, un peu de culture étrangère et même des marques. D’ailleurs, l’anime est bourré de références du monde réel, notamment des marques ou des artistes.

Un beau placement de produit

Yoshio est le second personnage comique de la série. Employé de mairie, il sert de compère à Natsu dans son initiation au monde moderne de Machi. Plus en arrière-plan au début, il va endosser un autre rôle dans la seconde partie de l’anime. En effet, le village souhaite attirer les touristes pour des raisons économiques. Sauf que la collectivité n’a pas beaucoup d’atouts en dehors des produits agricoles. Les fonctionnaires partent plutôt défaitistes sauf Yoshio : il héritera même de cette mission. Pour cela, il va principalement se servir de Machi (souvent contre le gré de cette dernière) et va l’embarquer dans des choses qui vont la mettre mal à l’aise. Il veut même en faire une idol, quelque chose d’insurmontable pour la jeune fille réservée.

Comment taper dans le mille ? (Fait par Machi)

On pourrait croire que le personnage de Yoshio est incroyablement cruel et égoïste: il embarrasse sa pauvre cousine et ne fait pas ses projets à moitié. Mais il ne faut pas oublier que Machi souhaite vivre en ville et qu’en plus, elle est miko soit une représentante du village envers les Dieux. Yoshio met Machi en face de ce qu’elle devra affronter : les nouveaux équipements, les autres, les lieux inconnus. Mais en plus, elle va subir la pression des responsabilités quand le village va l’envoyer en mission promotion à Sendai. Yoshio est conscient que Machi est effrayée et que c’est dur mais l’a toujours poussé à se dépasser. Non seulement pour le village mais surtout pour elle.

Le personnage d’Hibiki suit la même logique. D’abord présentée comme la violente de service, elle va vite devenir une grande soeur pour Machi. La délinquante est une véritable bouée de sauvetage sur qui Machi peut compter. Elle peut compter sur Hiiko pour l’encourager dans les pires moments, toujours de manière musclée. Malgré ses airs menaçants, elle possède un grand coeur. C’est pas original pour un sou mais l’un des personnage a faire l’unanimité.

Un être sans peur ni reproche

Pourquoi ça ? Parce les autres sont sujets à pas mal de controverses. Si on a déjà abordé le cas de Machi et Yoshio, il reste le cas de Natsu à traiter. Même si je l’ai effleuré plus haut, il peut limite être considéré comme l’antagoniste de Machi. Fervent opposant à son départ, il va tout faire pour l’empêcher de partir. Même si les situations que cela entraîne sont très drôle, ses intentions sont assez individualistes. Cela pose une question sur la relation entre lui et la jeune fille. Qu’est-ce qu’ils ressentent l’un envers l’autre ? Est-ce de la simple amitié ou bien … ?  

Ces questionnements sont secondaires mais se remarquent. Puisque ce qui s’en dégage n’est pas un sentiment d’affection mais plutôt de gêne. D’abord, par le physique de Natsu. On peut se demander quel apparence aurait Natsu s’il était humain. D’après sa voix et son impact physique, un « gorille » du type Takeo d’Ore Monogatari. Là où Takeo et Rinko sont mignons ou insupportables, c’est que la dimension sexuelle est absente. Mais dans Kumamiko, elle est fortement suggéré dès l’épisode 1. De manière générale, des scènes suggestives n’apparaissent concrètement que 2 fois mais sont bien malaisantes.   

Une scène parmi tant d’autres

Ce reproche pourrait être fait à l’humour. Pendant une grande partie de l’anime, Machi se fait littéralement humiliée par Natsu et Yoshio. Elle s’en prend plein la gueule pendant 12 épisodes et ce n’est même pas directement de leur faute. Machi manque cruellement de confiance en elle : elle doute d’elle-même en permanence et croit que tout le monde lui en veut. Ce qui est fait d’elle une incroyable gaffeuse et on est censé en rire de ça. En réalité, on a plus envie de la réconforter que d’en rire (et ce serait plus d’embarras).

Mais le gros problème de cet anime, c’est sa fin. Elle n’est pas simplement décevante : elle est MAUVAISE. A tel point que l’auteur a dû faire des excuses publiques sur son Tumblr. Pour le côté déception, ça va spoiler [ Lorsque Machi décide d’enfin monter sur scène, elle arrive à faire sa danse (une scène très belle par ailleurs). On s’attendait à avoir des applaudissements, de la joie, du soulagement. Et bien non : elle imagine les gens en train de la caillasser. Comment ? Pourquoi ? On ne le saura jamais. D’autant plus que cela aurait pu être une magnifique conclusion.  ]

Pour faire simple, elle se fout de votre gueule en abandonnant le développement de Machi. En clair, tout ce qu’elle a vécu pendant 12 épisodes n’a servi à rien. Non seulement elle n’a pas atteint son but, mais en plus elle est redevenue comme avant en pire. Un sentiment de frustration partagé par une écrasante majorité de personne. Car cela touche en plein coeur une des principales critiques du genre slice of life : le fait que rien n’évolue au final. Là, on avait une progression qui aurait pu faire (à la limite) une bonne ouverture pour une (éventuelle) suite.

Les gars du studio devait penser qu’il fallait un dernier gag pour la route. Pour la toute fin, pourquoi pas. Mais pas en plein milieu de l’épisode pour désamorcer les enjeux mis en place depuis le début. Enfin, cette fin rend les personnages complètement antipathiques. Machi est une gamine traumatisée qui a régressée mentalement, Yoshio est un connard qui force les gens à faire des choses sans les payer, Natsu est un connard égoïste content du malheur des autres. Ou à la rigueur, on aurait pu croire que cela permet à Machi et Natsu de rester ensemble. Eux qui comptent beaucoup l’un pour l’autre. Mais est-ce que ça méritait de ruiner tout l’anime ? Certainement pas.

Au final, qu’est-ce ça vaut, Kuma Miko ? Et bien, c’est très mitigé. Il fait bien son travail : il est drôle, assez mignon et relaxant. Parfait pour se détendre un coup. Néanmoins ces aspects positifs sont contrebalancés par des gros défauts. C’est maladroit voire malsain par moment et Natsu et Yoshio sont à la limite du détestable. Mais ce qui vous achèvera, c’est sa fin, qui n’est pas satisfaisante. Tout simplement parce qu’elle ne respecte les attentes du spectateur et est carrément une insulte à Machi (la pauvre).

Si vous savez pas quoi voir, essayez le et considérez que l’anime s’arrête à la minute 12 de l’épisode 12. Ou bien regardez Flying Witch, c’est mieux 

Database d'anime, de seiyuu et d'opening sous forme humaine. Spécialiste en industrie anime/manga. Joueur de LLSIF à ses heures perdues. Trouvable sur Twitter (@RequiemForFemto) et MAL (xxxPhantom).

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