Kuzu no Honkai : « Faire l’expérience de la souffrance »

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S’il y a bien un genre d’anime que j’adore regarder, c’est les animes de romance. Tout simplement parce que l’appréciation (que j’ai) des personnages ont une place primordiale de mon jugement final. Tout aura beau être horrible, s’il y en a un que j’apprécie, cela ne sera pas chassé de mon esprit rapidement. C’est pour ça que j’apprécie beaucoup les animes tranche de vie, genre dont le succès dépend principalement des personnages. Donc, je me suis farci des tas de romances, des plus passionnantes aux plus nazes. Et la recette a beau être la même, cela marche toujours. Parce que j’ai envie de connaître ces personnes et de les voir ensemble (quand c’est bien fait). Et surtout lorsqu’il s’agit d’harems (animes où je fini malheureux à chaque fois).

C’était donc sans appréhension particulière que je me suis lancé dans Kuzu no Honkai, un anime sorti la saison dernière et qui parle (sans surprise) de relations amoureuses.  A l’origine, il s’agit d’un manga de Mengo Yokonari publié dans le big Gangan, un magazine seinen. On sait donc d’avance qu’on n’aura pas le droit à une romance classique. A savoir X rencontre Y, ils apprennent à se connaître, tombent amoureux et finissent par sortir ensemble. Ou plutôt, c’est avec le synospis peu commun que l’on est définitivement convaincu de cela.

Hanabi Yasuraoka et Mugi Awaya sont deux lycéens dont la vie amoureuse est comblée : ils sortent ensemble et leur relation est au beau fixe. Du moins, en apparence. Car les deux ne s’aiment pas. Non pas qu’ils se détestent. les deux sont amoureux d’une autre personne : Narumi Kanai (pour elle) et Minegawa Akane (pour lui). Personnes qui ont pour point commun être professeur de leur lycée. Et au grand désarroi des lycéens, elles ont l’air de particulièrement bien s’entendre. Pour faire face à cette fatalité, ils font un pacte. Celui de rester ensemble pour être le remplaçant de l’amour de l’autre.

Beaucoup de questions se posent alors. Cette situation va-t-elle durer ? Est-elle acceptable ? Est-ce que c’est se réfugier dans une illusion ? Est-ce la bonne solution pour faire face au problème ? Autant de questions que l’anime va essayer de répondre. 

Avant d’aborder le scénario en lui-même, le premier truc qui frappe avec Kuzu no Honkai, c’est sa réalisation. L’anime a été réalisé par Masaomi Andou, un animateur qui n’a pas fait de grosses licences comparés à d’autres de ses pairs. Mais le studio Lerche semble avoir donné carte blanche à ce dernier. Contrairement aux autres animes, qui se contentent de scènes simples avec quelques sakugas, Kuzu no Honkai utilise une panoplie d’éléments visuels. Pour en citer quelques uns, insertions d’éléments, plans simultanées, mises en scène métaphoriques.

Un exemple de « plans séparés » (oui, je sais pas comment ça s’appelle en vrai)

Cela permet deux choses. La première est de faciliter la narration, en mettant en avant les éléments importants ou d’instaurer une ambiance. Malgré le style (en roue libre pour certains), il arrive à ne jamais dérouter le spectateur, que ça soit pour les yeux ou l’histoire pas comme Shaft. La deuxième est « combler » le manque d’action. En effet, l’anime est composé de nombreuses scènes de dialogues et d’introspections. Au lieu de se contenter de faire des bêtes plans fixes, l’anime utilise des astuces. Comme par exemple de mettre en scène ses questions ou faire des métaphores. Vu que l’anime est un bordel niveau « pensées des persos », ça ne fait aucun mal de prendre des pauses pour comprendre l’intrigue.

Car si le scénario est très simple à première vue, il va très vite se complexifier. Donc, très difficile d’en parler sans spoiler. Mais dans les grandes lignes, ne vous limitez pas à ce que vous avez lu plus haut. L’amour est démystifié d’une manière violente et ironique, ce que donne cette sensation de malaise qui va traîner pendant un long moment.

Ce sentiment est accentué par l’utilisation du fan-service, qui n’aura jamais porté aussi mal son nom. Car son but n’est pas de nous faire plaisir mais de montrer à quel point les personnages sont désespérés. Ces derniers recherchent le contact physique de l’autre pour se sentir désiré, aimé, existé. Au lieu de nous montrer l’union des 2 persos, on ressent leur solitude de chacun d’entre eux (le comble). En plus d’être totalement raccord avec la série, les scènes sont bien amenées. Elles prennent le temps de se poser et n’ont pas de peur d’aborder des situations très dérangeantes. Non pas par leur aspect graphique, mais à cause du contexte. 

La suite dans l’épisode 1 petit coquin

Contexte qui ne se limite pas au résumé dessus, car beaucoup plus complexe. Surtout quand d’autres personnages vont se greffer à ce bordel. D’ailleurs, ils sont tous intéressants car ils seront poussés dans leurs derniers retranchements. Dans leur quête de l’être aimé, ces derniers useront du pire et du meilleur. Ce qui crée, non seulement, de l’imprévisibilité dans le scénario.  Mais également des moments d’introspection assez intenses qui pourront vous perdre.

Car c’est dans ce point que tout se complique. En effet, la variété des persos (que ça soit dans leur caractère ou dans leur vécu), on obtient une variété de réactions pour un situation similaire. A savoir « si la personne que j’aime aime une autre, comment je réagirais ? ».

On se retrouve avec un couple hors du commun. En effet, ils ne s’aiment pas et pour cause, ce n’est qu’une relation de circonstances. Etant donné qu’ils sont dans la même situation, on pourrait se dire qu’ils pourraient se comprendre et se rapprocher. Mais on sent très vite une espèce de distance entre eux. Ce qui fait qu’ils ne sont ni des amoureux ni des amis. Pour autant, cela ne les empêche pas de se partager leurs problèmes. Enfin, cela vaut surtout pour Hana.

Hanabi est le personnage principal de l’anime. Malgré les particularités de Kuzu no Honkai, il s’agit de l’un des persos les plus classiques que l’on croise dans les animes. Elle est lycéenne, n’a jamais eu de copain et (par extension) est toujours vierge. Donc, Kanai-sensei représente son premier amour, qui est idéalisé au possible. Une rencontre dans l’enfance, un évènement marquant et une promesse : on nage en plein cliché. Mais lorsque son crush se fait voler par Akane, un profond vide va se creuser en elle. Pour combler ce manque, quitte à profiter des sentiments des autres. Pleinement consciente de son égocentrisme (et du mal qu’il génère), elle devra changer pour traverser cette épreuve. Traversée dans laquelle elle tombera très bas pour remonter par la suite.

De par sa situation, le personnage est très vite attachant. Déjà, parce qu’on s’identifie à elle : son cas nous rappellera nos douloureuses expériences personnelles. Et voir l’anime la torturer sera insupportable pour peu que la sauce ait prise. Hana est un personnage qui ne laisse pas indifférent également par ses mimiques, qui sont une bouffée d’oxygène dans cet anime très anxiogène. Mais ce qu’il y a de plus remarquable, c’est qu’elle est très « humaine ». La jeune fille nous marquera par ses questionnements, ses choix douteux, son deuil de l’être aimé. Au final, des moments difficiles qu’on veut la voir surmonter.

L’enthousiasme face à Hana retombe un peu quand on aborde Mugi, qui est l’un des persos les plus effacés de l’anime. Contrairement à la jeune fille, dévastée par son amour qui s’éloigne, Mugi n’a pas l’air aussi affecté qu’elle.          

En tant que tel, Mugi est le perso le moins intéressant car ce sont surtout ses relations avec les autres personnages féminins qui sont mis en avant. En effet, sa situation est similaire à celle de sa partenaire : il est amoureux d’une personne plus âgée que lui et qu’il a rencontré dans le passé. On pourrait alors se dire qu’ils vont avoir pitié l’un de l’autre et se comprendre. Mais là où avec Hana il est question de sentiments, (le personnage de) Mugi permet aborder un autre thème : la sexualité. Ce qui donne un côté assez creux au personnage, dans le sens où il ne vivrait que pour le cul. Mais au final, il est aussi bien développé que Hana mais il souffre clairement de ce qu’il est censé représenter.

En ce qu’il concerne les autres personnages, il sont tous appréciables (ou bien détestables). Leur présence est bien amenée dans l’intrigue et c’est pour rajouté encore plus de sel. Mais le gros défaut qu’ils ont, c’est leur rencontre avec Hana ou Mugi. En effet, elles sont toutes ultra clichés et ce n’est pas pour s’en moquer après. Mais (il me semble) pour gagner du temps et placer les choses rapidement. A part ça, on prend du plaisir à les suivre.   

Au final, si vous êtes un grand romantique, ne regardez pas Kuzu no Honkai. Parce que vous allez être très déçu et très déprimé. L’amour est démystifié d’une manière violente et ironique, ce que donne cette sensation de malaise qui va traîner pendant un long moment. L’anime ne se gênera pas pour manipuler voire torturer ses personnages (et nous au passage). Et ce dès les prémices. Ils vont souvent blesser, souvent être blessé et rarement se rattraper. Moi-même, j’ai eu beaucoup de mal à me lancer. Mais une fois fait, c’est une expérience que vous n’allez pas oublier de sitôt.

Et je vous invite vivement à le regarder. Parce que la critique que j’ai faite n’est qu’une introduction, avec quelques pistes de réflexions pour vous donner envie. Il y a beaucoup à dire sur Kuzu no Honkai mais ce serait spoiler.  Et si malgré tout ce que j’ai pu dire vous n’êtes toujours convaincu, il me reste ceci : 

 

Database d'anime, de seiyuu et d'opening sous forme humaine. Spécialiste en industrie anime/manga. Joueur de LLSIF à ses heures perdues. Trouvable sur Twitter (@RequiemForFemto) et MAL (xxxPhantom).

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