C’est quoi notre problème avec les animes en 3D ?

C’est quoi notre problème avec les animes en 3D ?

Dans la preview des animes qui vont sortir cet hiver, j’avais parlé de revisions. Un anime réalisé par le papa de Code Geass (certes). Mais surtout qui sera en full 3D. Et comme d’habitude, on a eu droit aux commentaires habituels très fins du style :

  • C’est moche
  • La 2D c’est mieux

Et je vais m’arrêter là parce que vous l’aurez compris : ON N’AIME PAS LA 3D. Cette technique d’animation qui a le don d’être aussi discret qu’un éléphant. On la voit souvent de loin et ça a tendance à nous sortir de l’histoire.

La preuve (Aldnoah/Zero, Aoki Ei, TROYCA, 2014) 

Malheureusement pour nous, la 3D est devenue très courante dans les animes d’aujourd’hui. Il suffit d’être un petit peu attentif pour remarquer qu’elle se glisse ça et là. Jusqu’à ce qu’on obtienne des animes entièrement en 3D. Revisions mais aussi Sidonia no Kishi, Kemono Friends et L’Ere des Cristaux.

Mais même si les deux derniers ont connu un relatif succès, il subsiste toujours ce sentiment de malaise. Ils ont beau avoir un scénario travaillé et des personnages attachants, ça ne passe toujours pas. Un blocage émotionnel inexplicable qui nous empêche d’apprécier ces animes.

Alors au fond, c’est quoi notre problème avec la 3D dans les animes ?

Définition et historique

 

Avant de critiquer la 3D, il est nécessaire d’expliciter c’est quoi la 3D. Ce qu’on appelle vulgairement 3D, ce sont les CGI (Computer Generated Imagery). Soit en bon français, l’Imagerie Générée par Ordinateur. Et comme son nom l’indique, il s’agit d’images réalisés par ordinateur à l’aide de logiciels.

La technique a surtout émergé dans les années 1980, avec des films pionniers comme Star Wars ou encore Matrix. Ces deux films eurent un succès monstrueux, ce qui a fini par démocratiser l’usage de la CGI au cinéma.

Dans le domaine de l’animation, ce sera les studios Pixar et Toy Story qui généraliseront les CGI. A tel point que de plus en plus de films d’animations soient en CGI. Tout d’abord, avec Pixar suivi par le géant Disney (avec Chicken Little en 2005). Cette démocratisation se fera au détriment de la 2D, qui disparaîtra totalement.

Partout, non. Un petit pays résiste encore à l’envahisseur. Et il s’agit du Japon, pour qui les CGIs seront utilisés avec parcimonie. Mais ne remplacera jamais la 2D traditionnelle. Il faudra entendre 2014 et Sidonia no Kishi pour avoir une série TV en full CGI. Soit 20 ans après Toy Story.

Mais qu’est-ce qu’on attendu les studios nippons avant d’utiliser les CGI ?

Pourquoi les studios utilise des CGIs dans les animes ?

 

L’idée d’utiliser les CGI  était d’être loin d’être évidente pour les studios. En témoigne le décalage temporel. Mais ils ont fini par céder aux sirènes de les CGI. Parce qu’elle présente de nombreux avantages.

Economie de temps

 

Dans la majorité des cas, les CGI sont utilisés pour faire des effets spéciaux. Par exemple, des flammes, des effets de lumières ou des arrière-plans. En conséquence, les animateurs peuvent se consacrer aux animations importantes. Et n’ont plus à se casser la tête sur le reste, comme les décors et les effets visuels.

Mais les avantages des CGI ne sont vraiment apparus avec les animes en full CGI. Car avec l’animation par ordinateur, il est devenu plus simple de réaliser des animations complexes. Là où pour la même chose en 2D, il aurait fallu beaucoup de temps pour dessiner chaque image. Avec les CGI, cela nécessite moins beaucoup moins d’efforts.

Love Live School Idol Project, Sunrise/Lantis, 2013

Cela est particulièrement pratique dans un genre d’anime en particulier : les animes d’idol. Un genre d’anime dont les chorégraphies occupent une place très importante. Pour chaque personnage, les animateurs devaient dessiner beaucoup de frames pour avoir des mouvements fluides. Avec les CGI, il suffit de prendre un modèle, de le copier et d’animer chacun d’entre eux. Sans oublier de le changer un peu pour éviter qu’ils ne se ressemblent tous.

Car oui, pour un anime en CGI, pas besoin de redessiner chaque personnage. Il suffit d’en cloner un et de changer les détails. L’exemple le plus édifiant reste L’Ere des Cristaux, où tous les personnages sont les mêmes. Aux yeux et à la coupe de cheveux près.

Osez me dire qu’il n’y a pas des airs de ressemblance ! (Houseki no Kuni, Ichikawa Haruko, Studio Orange, 2017)

Economie de personnel

 

Moins de dessins signifient moins d’animateurs nécessaires. Mais cela ne signifie pas que le nombre de bras reste suffisant. Au contraire, les studios doivent sous-traiter une partie du travail à l’étranger (en Corée et au Vietnam notamment).

Une collaboration facilitée avec les CGI. Comme les images sont au format numérique, elles peuvent facilement circuler par Internet. Là où la 2D traditionnel est encore faite sur papier, qu’il faut aller chercher chez les animateurs, qui bossent la plupart du temps chez eux. 

Economie d’argent

 

Moins de matériel, moins d’animateurs, moins de logistiques. La combinaison de ces facteurs entraîne une baisse de coût des CGI. Même si elle coûte plus chère à produire à cause des modèles à générer, leur recyclage à l’infini parvient à rentabiliser son coût.

Pourquoi les gens détestent les CGI?

 

Oui mais voilà, c’est bien beau tout ça. Mais pour les fans, ça ne passe toujours pas. Les CGI restent encore décriée de nos jours à cause de trois raisons.

“C’est moche” 

 

La critique la plus fréquente vis-à-vis les CGI, c’est son design. Entre la 2D et la 3D, il y a tout un monde (ou une dimension) et ça se voit. Heureusement, pas toujours. Mais quand c’est le cas, ça a tendance à nous sortir de l’anime, brisant la sensation d’immersion.

En réalité, les CGI nous tique car elle a tendance à mal s’intégrer au reste. Ben oui, quand tout est réalisé en 2D, les CGI deviennent flagrantes. Quand ce sont des scènes d’action ou très rapides, on ne le remarque pas. Mais dans les moments calmes, on les voit.

Vous le ressentez cette surprise ? Moi non (Ajin, Sakurai Gamon, Studio Polygon, 2016)

De plus, comparé à leurs homologues en 2D, les modèles ont tendance à manquer de détails. Ce qui fait qu’ils nous apparaissent comme de pantins articulés. Surtout dans les moments de dialogues, où le manque de réactions faciales est flagrant. Les personnages gardent la même expression, ce qui les empêchent d’exprimer des émotions.

Un problème que les CGI traîne depuis longtemps, mais qui tend à se résoudre. Avec Kemono Friends et l’Ere des Cristaux, on obtient enfin des personnages dont a l’habitude de voir dans les animes. Pour une raison très simple : ils gardent des racines avec les personnages en 2D. Leurs réactions et leurs designs ne s’éloignent pas des canons qu’on a l’habitude de voir.   

“C’est mou

 

Les modèles en CGI se font aussi remarquer pour leur mollesse. Les mouvements sont tellement lents qu’on a l’impression de voir des robots. Nous empêchant de nous attacher à eux et bousillant le rythme narratif. Parce que quand un perso se déplace comme un éléphant en plein combat, le suspense s’est déjà envolé. 

Comme pour le dessin 2D, il faut un certain nombre de frames que l’animation soit fluide. Généralement, on considère une animation fluide à partir de 24 images par seconde.  Malheureusement à cause du budget, les animes atteignent rarement ce nombre. Mais là où l’animation traditionnelle possède des « moyens de triche ». Ce n’est pas le cas pour les CGI et ça se voit.

Enfin jusqu’à récemment, puisque certains studios sont parvenus à tirer des avantages des CGI. Tout en minimisant ses défauts, grâce à une réalisation efficace.

Mouais … c’était un mauvais exemple (Berserk S2, Miura Kentaro, Studio Millepensee, 2017) 

“C’est pas comme les animes en 2D”

 

Enfin, si les CGI est mal aimée, c’est parce que la technologie retire les effets de triche. Ce que je veux dire par là, ce sont tous les effets visuels pour accentuer la mise en scène. Par exemple, les fameuses expressions surexagérées des personnages ou encore les trames en arrière plan.

Dans les animes en CGI, exit donc tout ça. Mais avec la mollesse du rendu et le manque d’expression, on s’ennuie rapidement. L’accent est mis sur le réalisme et justement, là est tout le problème des animes en CGI.

CGI =/= ANIME

Au fond, c’est quoi un anime ?

 

Car les animes en full CGI remettent en cause la définition même d’un anime. Paradoxalement, cet état de fait dérange tout le monde … à part les japonais. Parce qu’un anime pour un japonais, ça pourrait se résumer à cette définition

Œuvre d’animation

C’est-à-dire que Code Lyoko, Supernana, La Reine des Neiges et Princesse Mononoke, ce sont des animes. Alors qu’en Occident, ce sont respectivement un dessin animé, un cartoon, un film d’animation et un anime. Parce que comme on aime se faire chier, on a adopté la définition suivante

Œuvre d’animation en 2D produite au Japon

Ce qui n’est pas PAS DU TOUT la même chose.

Le style 2D est ancré dans les racines de l’anime 

 

Si on a fini par adopter cette définition, c’est parce que ce style possède une grande ampleur culturelle. Entre les diverses mascottes et les animes centenaires, le style anime est devenu une fierté nationale. Une fierté qu’exporte dans le monde entier grâce à son programme Cool Japan. Et qui rencontre de plus en plus de succès dans le monde.   

Partant de là, les occidentaux ont fini par associer l’animation en 2D aux animes japonais. Comme le Japon reste l’un de ses derniers bastions dans le monde, cette caractéristique est devenue indissociable des animes. Car au fond, elle a toujours fait partie de l’environnement pour nous.

Ce qui empêche une véritable transition entre la 2D et la 3D. Puisque les CGI mettrait un terme à l’ère de la 2D, qui dure depuis un siècle. Une période qui a connu les débuts des animes et leur explosion au Japon puis dans le monde. Entre temps, elle a connu d’énormes succès et un attachement fort du public.

L’exposition Manga <-> Tokyo, qui rend hommage à la culture manga

Les meilleurs animes sont en 2D 

 

Ce qui n’est pas le cas des CGI. Même si c’est une technologie qui est loin d’être récente. Elle s’incruste très mal dans les environnements avec beaucoup d’interactions. Par exemple, des scènes avec juste plusieurs personnages, qui font très brutes de décoffrage.

Et surtout, il manque l’anime qui va tout déchirer et qui va populariser les CGI. Parce que si aux US, Toy Story a été un carton monstre et a lancé la machine. Au Japon, ce n’est pas encore le cas. Même si certains ont eu des succès relatifs, ce n’est toujours pas assez pour faire l’unanimité. Car s’ils sont des précurseurs, leurs apports dans l’industrie restent limités. La situation n’ayant pas du tout changée : les animes en CGI restent les exceptions.

CONCLUSION

 

On déteste les animes en 3D : c’est un fait. A chaque que le débat 2D vs 3D refait surface, on balance Berserk pour le tuer en deux secondes. Oui, la 3D (ou plutôt les CGI) possède beaucoup de défauts. Elle manque de rythme et le design oscille entre le bon et le moins bon. Des arguments que les gens retiennent pour éviter Sidonia no Kishi ou Ajin.

Pourtant, les animes en CGI commencent à faire leur trou. Kemono Friends et L’Ere des Cristaux, deux animes qui j’ai inlassablement citées, ont connu un franc succès relatif. Car il faut être honnête, c’est bien plus grâce à leurs personnages que la technologie en elle-même. Car si L’EdC en tire bien parti avec des scènes bien dynamiques. Kemono Friends n’en fait rien du tout. On sent dans ce cas que les CGI servaient à faire des économies.

Kemono Friends, Tatsuki, Studio Yaoyozoru, 2017

Car oui, les CGI permet de faire des grosses coupes budgétaires. Même si elle coûte plus chère que la 2D, elle parvient à être rentable grâce à son recyclage et son économie de matériel. Donc les CGI se présentait comme la solution ultime.

Oui mais les fans ne l’entendant pas de cette oreille. Ils sont déterminés à s’insurger contre cette hérésie pour défendre la 2D. Un style qui fait figure de proue pour le Japon dans le monde. Comme Hatsune Miku, l’exemple typique du personnage waifu qui fait rêver les gens du monde entier.

Du coup, est-ce qu’on verra des animes en CGI populaires un jour ? Peut-être. Parce qu’au fond, on ne déteste pas les CGI. Car la plupart du temps, on ne la voie pas. Quand elle est utilisée à petites doses, cela permet de faire des choses très intéressantes. 

Quelque chose qui aurait nécessité des semaines de travail en temps normal. Tant le changement de plan et la fluidité prennent une place très importante. A terme, je pense que les CGI vont prendre une place de plus en plus importante. Mais de là à remplacer la 2D, sûrement pas. A moins qu’on ne remarque pas le changement. 

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