Cosplay : de la passion à la professionnalisation

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cosplay pro ely shinon

Une des activités les plus populaires du fandom otaku, c’est le cosplay. Il suffit de voir les multiples cosplayeurs (ceux qui pratiquent le cosplay) en convention pour s’en rendre compte. Que le costume soit fait main ou acheté, les voir nous font oublier la réalité l’espace d’un instant. Et nous n’hésitons pas à les prendre en photo. A leur plus grand plaisir (et le nôtre aussi).

Contrairement au fanart ou au blogging, le cosplay est une passion plus exigeante. Car de la couture, pas sûr que tout le monde en fasse. Sans compter tout le travail autour : maquillage, photographie, retouche. Vous l’aurez compris, se cosplayer nécessite beaucoup de compétences. Ce qui participe à la fascination que l’on porte aux cosplayeurs.

Par conséquent, avec autant d’énergie dépensée, les plus déterminés ont songé à monétiser leur passion. Rien que pour rembourser le coût du matériel. Mais est-ce que cela est possible ? Quelques éléments de réponses dans cet article.

Définition du cosplay1

 

Avant de commencer, définissons le cosplay. Car la communauté elle-même se déchire sur sa définition exacte. DONC. Le cosplay est l’acronyme de deux mots :

  • Costume, qui signifie … costume
  • Et Playing, jouer (ou plutôt, dans notre cas, interpréter)

En traduisant ces deux mots, on pourrait croire que le cosplay consisterait à se déguiser en un personnage fictif. Généralement issus de la culture populaire : anime, manga, comics, film. Mais les cosplayeurs n’aiment pas trop cet amalgame. Le considérant comme réducteur. Et à raison.

Une définition plus correcte du cosplay serait que cela consiste à interpréter un personnage. Cela passe par enfiler sa tenue, certes. Mais aussi à s’approprier son apparence et sa personnalité. Ce qui nécessite d’autres compétences comme le maquillage, la coiffure ou le jeu d’acteur entre autres.

L’homme du futur : le tout premier cosplay

Le pratique du cosplay remonte à 1939. Lors de la WorldCon,  première convention jamais créée, Forest Ackerman se déguise en homme du futur. A l’époque, interpréter un personnage n’était pas un prérequis. Cependant, son costume se fait remarquer par les organisateurs et un concours de costumes sera organisé : La Mascarade.

Ce n’est que dans les années 1990 que le terme cosplay va apparaître au Japon. Mais si les japonais ont inventé le terme et popularisé la pratique, les américains restent les pionniers de la discipline. A cette époque, Star Trek et Star Wars sont des cartons au box-office. Et avec l’apparition des conventions, les fans sont costumés en personnages de ces deux films. En voulant les imiter, les japonais ont développer une véritable culture du cosplay. Qui avec Internet, s’est démocratisé dans le monde.

Que fait un cosplayeur ?

 

Une fois les choses mises au clair, que fait concrètement un cosplayeur ? La réponse : plein de choses. Comme dit auparavant, il ne s’agit pas que d’enfiler un costume. C’est beaucoup plus compliqué de ça. En réalité, le cosplay est un loisir très polyvalent car c’est une combinaison de trois activités.

Le costume

 

Quand on évoque le cosplay, la première chose qui vient à l’esprit, c’est le costume. Certes, il est facile de se procurer une tenue sur Internet en quelques clics. Mais dans la majorité des cas, les cosplayeurs mettent un point d’honneur à le faire soi-même. Pour ajouter les détails qui manquent cruellement dans les costumes industriels et se prémunir contre les mauvaises surprises.

Et faire un costume de A à Z, c’est très loin d’être simple. Enfin, cela dépend du personnage. Car la quantité de travail ne sera pas la même entre un uniforme scolaire et une armure. Pour le premier cas, il suffira d’avoir quelques compétences en couture. Avec une machine et un bon entraînement, cela ne devrait pas poser de gros soucis.

En revanche, pour une armure, c’est plus complexe. De la conception où les matériaux devront être à la fois ressemblants et confortables. A sa fabrication où transformer ses matériaux nécessitent du découpage, de la peinture et bien plus. On se rapproche plus du bricolage et l’ingénierie que de la mercerie dans ces moments là. A la fin, on se retrouve avec des trouvailles de génie pour reproduire ces lourdes pièces. Et c’est encore plus impressionnant avec les armes et les accessoires.

Le maquillage

 

Porter un costume, c’est bien. Mais c’est loin d’être suffisant. Parce qu’avec leur tête habituelle, les cosplayeurs ne ressemblent pas à grand-chose. La deuxième étape consiste à ressembler physiquement au personnage. Et pour ça, il va falloir se transformer avec cette magnifique invention que l’on appelle le maquillage. 

Cependant, il faut aussi toucher à la coiffure. MAIS hors de question de tripoter les cheveux naturels. Car 1/ c’est risqué et 2/ ça reste.  De manière générale, les cosplayers utilisent toujours des perruques (ou wigs) qu’ils arrangent pour avoir la coupe adéquate. Des petites connaissances dans le domaine est un gros plus.

Après/avant d’un crossplay de Jack Sparrow

L’interprétation (ou roleplay)

 

Ça y est, vous avez enfin terminé votre cosplay. Mais ce n’est pas pour autant que votre travail est fini. Une fois dans la peau de votre personnage, il faut le rendre vivant. Ce qui signifie que les cosplayers doivent se préparer à quelques situations.

Un événement qui se produit très souvent, c’est la fameuse photo. Et si les personnages posent avec les bras ballants, c’est pas très stylé. Par conséquent, les cosplayers ont plusieurs idées de poses à prendre. Poses qui sont reprises du personnage original. Mais parfois, avec le costume, les poses sont loin d’être évidentes. D’où l’importance de s’entraîner avant.

Pour le cosplay dit libre, les cosplayers se contentent de se balader le long de la convention. En espérant avoir le maximum de demandes de photos. Mais en concours, seul le personnage existe. Sur scène, le cosplayer joue son personnage tel un acteur de théâtre. Avoir des intentions, travailler ses mouvements faciaux et corporels, transmettre des émotions. Encore des requis à avoir pour une activité très loin d’être de tout repos.

Comment dégager des revenus ?2

 

« Très bien, mais comment on fait pour gagner de l’argent ? » vous allez sans doute me dire. Eh bien, il en existe très peu. Car le cosplay (surtout en Europe) est un loisir qui reste très amateur. Plus qu’une volonté de faire des bénéfices, c’est avant tout l’esprit de partage qui prime. En témoigne les cosplayers qui se baladent en convention simplement pour le plaisir. 

La promotion et les invitations

 

Aux Etats-Unis et au Japon, le « cosplay » s’est fait une place de choix dans l’économie geek. Cosplay entre guillemets car on est loin de la définition présentée au début. Car depuis quelques années, les grosses compagnies américaines et surtout japonaises ont compris que les cosplays permettait de faire de la promotion à bas coût.    

Dans les grands salons dédiés à la culture geek, il n’est plus étonnant de tomber sur des personnes qui posent en costume devant les stands. Tout cela afin d’attirer les visiteurs sur le stand en question. Certains cosplayeurs ont vu le filon et proposent leur image contre monnaie sonnante. Certes, on sort un peu du cadre du cosplay pur et dur (pour les promos). Mais cela reste un moyen de gagner de l’argent en jouant avec son image. 

Jessica Nigri en dédicace à la New York Comicon 2015

Les ventes physiques

 

Si vous aimez le cosplay proche du mannequinat, alors le Japon devrait vous plaire. Dans le pays du Soleil levant, le cosplay est une industrie à part entière. Les boutiques de costumes ayant pignons sur rue et les cosplayeurs s’en donnent à cœur joie dans les quartiers d’Akihabara ou Harajuku.

De ce fait, la notion de costume fait main perd de son importance. Accentué par l’absence de concours, le cosplay japonais se focalise plus sur le modèle que sur le personnage à proprement parler. D’ailleurs, Japon oblige, les cosplayers et photographes s’échangent des cartes de visites. Preuve que c’est loin d’être un simple loisir des deux côtés.

Par conséquent, les cosplayers utilisent leur nom pour vendre des produits physiques, surtout des books issus de photoshootings. Une pratique très répandue et très rentable si vous êtes renommé. Parmi eux, on retrouve une pelleté de cosplayeuses asiatiques. Enako, Ely, Itsuki Akira, Mon et la liste est encore très longue.

Les commissions

 

A l’opposé de tout ce que l’on a vu jusqu’à présent, les cosplayeurs peuvent réaliser les costumes pour d’autres personnes. L’avantage pour les clients est d’avoir un costume de qualité. Les commissionnaires sont souvent des personnes expérimentées, qui maîtrise tous les domaines du cosplay. De plus, elles peuvent offrir une assistance en cas de problème.

Cependant, faire des commissions demande beaucoup plus de rigueur. Les commandes demandent du temps, beaucoup de temps. Ce qui en fait moins pour les cosplays personnels. Mais en échange, chaque travail rapporte une belle somme. De 250 $ pour des pièces en tissus à 3000 $ pour les armures.

Les concours

 

Un autre moyen de se faire connaître du grand public, c’est le traditionnel concours cosplay. Mais attention, ils ne se valent pas tous. Et si vous voulez remplir votre frigo avec des concours, il faudra déménager aux Etats-Unis.

Mais avant de parler de prix, comment se déroule un concours cosplay en France3 ? Dans les conventions françaises, les cosplayeurs doivent effectuer une prestation sur scène entre 1 et 3 minutes. Ils sont jugés sur leur costume mais aussi sur cette performance. A la fin, le vainqueur gagne des petits lots et surtout une grosse ovation du public. En France, les concours sont avant tout faits pour s’amuser.

Par contre, aux US, c’est une toute autre histoire. Dans les conventions américaines, les concours cosplays sont organisés comme des défilés de mode. Les cosplayeurs doivent marcher le long d’un podium et prendre des poses. On est très loin de l’aspect théâtral européen et de son ambiance bon enfant. Là-bas, les cosplayeurs viennent pour gagner. Il suffit de voir leurs costumes impressionnants de détails pour s’en convaincre.

Et en voyant les récompenses, on ne peut que comprendre pourquoi ses cosplayeurs s’investissent autant. A la TwitchCon de San Jose, ce n’est pas moins de 1 500 $ que les 20 finalistes empochent. Ajouté à ça, 4 000 $ pour les vainqueurs de chaque catégorie du concours et 15 000 pour le vainqueur final. De quoi vivre pendant une année sans travailler.  

Concours cosplay à la Gamescon 2018

Le Patreon

Une dernière solution pour toucher un peu d’argent, c’est Patreon. Une solution de plus en plus populaire car elle est simple à mettre en place. Enfin, simple dans son principe. Car les contreparties doivent mettre mis en place. Mais les exemples de produits à proposer ne sont pas compliqués à trouver : posters, photobook, images exclusives.

Depuis quelques années, Patreon permet à de nombreux petits cosplayeurs à se développer. Et même si les sommes engrangées restent faibles, cela contribue à développer une industrie qui compte plus d’adeptes. Et qui souhaitent lancer des projets plus ambitieux.

Après avoir vu les moyens de générer des revenus, il reste à régler l’ultime question :

Est-il possible de vivre de sa passion pour le cosplay ? Ou devenir cosplayer professionnel ?

Désolé de détruire vos espoirs mais c’est non, à moins de faire partie des meilleurs. Car dans les faits, il est très difficile d’en tirer un revenu conséquent et régulier. La plupart du temps, les cosplayers conjuguent leur passion avec un autre travail ou leurs études.

Mais il existe des personnes ayant fait du cosplay leur métier. Ils sont très peu nombreux dans le monde mais les sommes qu’elles génèrent sont ahurissants. Et pour illustrer cela, on va étudier le cas d’Enako, une cosplayeuse pro de 24 ans.

Alors pourquoi elle plutôt que Jessica Nigri ou Yaya Han ? Parce que c’est la seule cosplayeuse ayant révélé ses gains. En 2016, Enako affirmait gagner 10 000 $ par mois4. Brut ? Net ? Ce ne sera pas la question de cette étude de cas. A la place, on s’attachera comment elle a pu réunir cette somme.

Enako cosplayée en hestia pour un événement Danmachi

Tout le long de l’année, Enako est sollicitée par des grandes compagnies pour faire la promotion de leurs produits. Ou bien par des événements pour faire déplacer les foules. L’objectif pour l’entreprise est simple comme bonjour : toucher l’énorme fanbase de la cosplayeuse (520 k followers TT et 390 k sur IG). Selon la même interview, sa venue se négocie entre 2 500 et 3 500 €. Ce qui est déjà une très belle somme.

Mais le plus gros de son chiffre s’effectue durant les Comiket, qui est une version condensée de ses activités habituelles. On la retrouve sur les stands professionnels dans le cadre d’opérations marketing. Ou sur son stand personnel, où elle vend ses produits. Et bien sûr, elle pose dans les espaces réservés aux cosplayeurs. Et en voyant la foule qui se réunit pour elle, on peut facilement imaginer combien elle touche à la fin de la convention.

CONCLUSION

 

Vous l’avez vu, le cosplay est très populaire. Les pratiquants sont de plus en plus nombreux et la qualité de leurs prestations augmentent. Cependant, cette hausse de qualité a un prix. Que cela soit en termes d’argent ou de temps. Mais cela reste un véritable plaisir que beaucoup n’abandonneront jamais. Jusqu’à tenter l’aventure ultime : vivre du cosplay. Un rêve qui attire beaucoup de monde et dont Jessica Nigri et Yaya Han en sont les figures de proue.

Et pourtant, ce rêve prend une grosse patate de réalité dans les dents. Ceux qui font du cosplay vous le dira, c’est une activité qui demande beaucoup de compétences. Il faut savoir coudre voire bricoler pour faire ses costumes. Connaître quelques bases en maquillage et en coiffure. Et enfin, savoir jouer un personnage. Des capacités que peu de personnes maîtrisent. Mais dont les apprenti cosplayer devaient acquérir.

Et une fois cela fait, ce n’est pas dit que vous serez rentable. Le cosplay est encore une activité amateure, où l’argent n’a pas trop sa place. Mais des moyens existent pour profiter de sa passion et par la même occasion, voyager. Vendre ses propres produits est l’option la plus courante, soit en physique ou sur Patreon. Mais cela nécessite de savoir vendre et promouvoir ses produits. Encore des compétences à apprendre pour une liste déjà longue.

Avec tout ça, si vous voulez vivre du cosplay … je vous félicite. Et beaucoup de gens devraient prendre exemple sur vous. Car même si c’est difficile, le cosplay est un art qui impressionne toujours autant les spectateurs. Voir une grosse armure ou notre personnage favori en chair et en os, cela déclenche toujours un sentiment d’euphorie. Et pour les cosplayeurs, ils deviennent l’espace d’un instant quelqu’un d’autre et attirent les regards. Une belle manière de gagner de la confiance en soi et son travail.

Pour terminer, mon conseil pour ceux souhaiteraient suivre les pas des cosplayeurs pro (qui n’engage que moi). La popularité est le nerf de la guerre. Si vous êtes connus, les conventions demanderont votre venue. Ainsi que les marques. Par conséquent, cultivez vos réseaux sociaux pour former une communauté. Cela paraît impossible dit comme ça, mais les gens sont intelligents. Ils savent reconnaître le travail de bonne qualité et sont ravis d’encourager ces personnes. Donc, donnez votre maximum pendant de longues années et les opportunités viendront par la suite.

Et vous, faites-vous du cosplay ? Si oui, pourquoi vous trouvez ça si cool ? Et sinon, qu’est-ce que vous attendez ?

Sources

 

1. Hitek : DOSSIER COSPLAY : DE LA NAISSANCE DU PHÉNOMÈNE À SA POPULARISATION

2. Zara Stone (The Hustle) : Meet the Girls Making a Living From Cosplay

3. Black Owl Studio : “Concours cosplay : l’envers du décor”

4. ANN : Professional Cosplayer Enako Reveals Her Lucrative Income

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Database d'anime, de seiyuu et d'opening sous forme humaine. Joueur de LLSIF à ses heures perdues. Trouvable sur Twitter (@RequiemForFemto) et MAL (xxxPhantom).

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