NON, LES OTAKUS NE SONT PAS DES ASOCIAUX

Fandom Réflexions d'otaku

« Tes mangas, c’est des conneries »

« Arrête d’être devant l’ordi »

« Faut sortir de temps en temps et voir des gens »

Trois phrases que vous avez surement déjà entendues de la part de vos parents ou de vos « amis ». Et qui ont le don de vous énerver, car elle véhicule cette idée que LES ANIMES RENDENT ASOCIAL.

Ma réaction devant ces éminents commentaires (Harukana Receive, Nyojizai, C2C, 2018)

Parce que oui, le matage d’anime est une activité solitaire. On se pose devant son PC, on lance son épisode et c’est parti. Pas besoin de se déplacer ! Mais voilà si on passe un bon moment, ce n’est pas le cas d’un point de vue extérieur.

Toujours seul devant son ordinateur qu’il ne quitte jamais, sans amis ni famille à qui parler. Malgré le fait que la culture geek soit mainstream de nos jours, ce cliché perdure. La faute à un constat simple. Quand on se passionne du fandom anime, décrocher relève de l’exploit. Déjà, car des montagnes de séries patientent. Et surtout, cela devient notre petit jardin secret. Ce qui fait fatalement augmenter le temps devant l’écran, au détriment du reste.

Ce n’est pas nouveau, la culture otaku a toujours eu mauvaise presse. Au Japon, où elle est accusée de mener le pays à la ruine. Qu’en France, où elle est considérée comme violente et abrutissante. C’est vrai, après tout. Pourquoi s’avachir devant un écran alors que l’on peut développer son corps et son esprit ? Comme du sport ou voir ses amis.

ALORS OUI,

MAIS NON

Le fandom otaku est très loin de se résumer à un groupe d’attardés reclus chez eux. Regarder des animes est l’activité principale, mais les otakus possèdent d’autres occupations. En réalité, cela sert de base à tout un écosystème dans lequel les fans prennent part. Ce qui favorise la communication. Un vaste réseau qui unit beaucoup de monde. Avec cet article, on va tordre le cou à ce cliché de l’otaku asocial. Et prouver qu’il est plus sociable que l’on peut imaginer.        

Avant Internet : les cercles de fans locaux

 

Remontons à une lointaine époque : les années 1960. La période où les animes ont débarqué en France, avec Goldorak et Candy. Des productions diffusées à la télévision dans les programmes jeunesse du genre Récré A2 et Club Dorothée. Et ces programmes ne tardèrent pas à attirer les enfants pour deux raisons.

1/ils ne coûtaient pas cher donc ils passaient souvent à l’antenne. 

2/ils possédaient un côté plus impressionnant et « mature », comparé aux dessins animés occidentaux.

Une popularité qui a permis aux animes de devenir un phénomène de mode et un véritable sujet de discussion. Car oui, les enfants n’ont pas attendu Internet pour parler du dernier épisode de DBZ ou de se réunir devant la télé familiale. Ce qui semble logique, en fait. Partager un intérêt commun a toujours permis de briser la glace et créer des amitiés.

Et cette rhétorique ne change pas tant que ça à l’âge adulte. Les petits d’hier se retrouvent dans les mêmes discussions, débats et visionnages d’épisodes. Des activités qui s’effectuent, la plupart du temps, entre amis. Mais parfois des associations naissent, surtout dans les grandes écoles.

La plus ancienne d’entre elles reste Epitanime, qui existe depuis 1994. Encore en activité, elle propose, anime, jeu vidéo, TCG, dessin et son fameux KARAOKÉ entre autres. Avec pour point culminant : sa convention annuelle qui traverse les époques. Et fun fact : Epitanime et la JADE organisait l’évènement. Et la seconde association fondera la Japan Expo que l’on connait tous aujourd’hui.

Un aperçu de la convention Epitanime en 2009 (ça avait l’air d’être le feu)

Vous l’aurez compris : les fans d’animes se réunissaient déjà autour de cercles locaux. Tout d’abord, devant la télévision familiale avec les parents et les frères et sœurs. Même si le sujet peut leur échapper, cela demeure un bon prétexte pour discuter. Qui se répandra dans les cours de récré jusqu’aux associations dans les études supérieures. L’activité principale restait le visionnage d’anime en groupe devant une télé ou bien des cassettes. La seule alternative pour posséder un catalogue d’animes plus fourni, mais qui coûtait son lot de pésos. Mais avec une révolution technologique va chambouler tout ça.

Après Internet : Avènement des communautés en ligne

Anime devenu accessible

 

Et cette révolution, c’est bien évidemment Internet. Un nouveau média qui a totalement rebattu les cartes. En effet, les « geeks », les passionnés de science-fiction, technologie, anime et pleins d’autres sujets obscurs, ont investi Internet. Dès lors, le cercle local entre amis s’est étendu au monde entier. Avec l’apparition des premiers réseaux d’échanges, les fans d’animes ont pu vivre leurs hobbys avec le reste du globe. Partager leurs avis, effectuer des recherches, organiser des évènements. De manière générale, Internet a généralisé la production massive de contenu gratuit.

Tout un tas de sites inondait le réseau. Avec des objectifs variés qui trouvaient des publics cibles précis. Que cela soit de mécha, de sakuga ou de seiyuu, chaque niche possédait ses propres références. Mais un type dominait : les bases de données qui rassemblaient toutes les informations d’un anime (nombre d’épisodes, studio, staff, personnages, synopsis). Il s’agissait des ancêtres de notre cher MyAnimeList.

MAIS VOILÀ ! La hausse du nombre de concurrents provoque un phénomène destructeur : la compétition. En effet, vu la quantité énorme de sites, les fans se battaient à mort pour attirer les visiteurs. Ce qui n’a pas vraiment changé d’ailleurs. Une horreur pour trouver de la qualité.

Cependant, un messie venu de Californie est arrivé à leur rescousse

Dommage que ça soit un fanart : Google a manqué la chance d’avoir du bon goût

Google et son Page Rank qui classe les pages par pertinence et par popularité de manière procédurale. Et l’apparition de Google a facilité la vie des utilisateurs. Mais aussi opérer une sélection naturelle. Fini les sites moches codés par un pré pubère dans sa chambre et place aux pages travaillées. On assiste à une professionnalisation, qui se tourne vers une de ces trois spécialités.

Plusieurs types de sites

 

Tout d’abord, les sites dits généralistes. Ceux-là, vous connaissez forcément puisque vous les consultez tous les jours. Ce sont des sites qui partagent des informations à la chaine. Et là, vous pensez à Anime News Network, Adala News ou encore Nautiljon. Vu que l’actualité otaku brule en permanence, les fans ont vite cherché des sites qui les compiler. À raison de plusieurs entrées par jour, cela incite les visiteurs à revenir régulièrement.

Un autre type de site, ce sont les sites commerciaux, qui vendent des produits donc. Un peu moins populaire, car comme les animes sont devenus très accessibles, même si le simulcast ont vu le jour. Au contraire, la plupart des boutiques se sont tournées vers le merchandising. Figurines, peluches, colliers, tout pleins d’objets inspirés de la culture otaku.

Enfin, les forums ont permis de réunir de larges groupes de fans et de discuter. Que cela soit autour de séries, d’évènements ou de staff, chaque forum possédait une spécialité. Aujourd’hui, les forums sont un peu tombés en désuétude, à cause du format texte très présent. Le contenu se consomme rapidement désormais, le texte prend temps à lire. À la place, les fans utilisent les réseaux sociaux, car ils sont plus accessibles et la publication régulière.

Redéfinition des activités : activités tournées vers les sorties

 

Avec l’apparition d’Internet, les otakus se sont loin d’être enfermés. Bien au contraire, derrière l’écran, se trouvent des milliers de personnes qui échangent sur des sujets variés. Mais surtout, l’offre (sous le manteau) d’anime a explosé. Ce qui force les cercles locaux à redéfinir leurs activités. Car oui, maintenant, un anime, ça se regarde tranquille chez soi. Et si on doit sortir, c’est pour des shootings cosplay ou encore des conventions.

Tiens, puisqu’on en parle…

Un shooting cosplay avec les cosplayeuses Tsugumi et Akemi organisé par Jonathan Bourrat

Les conventions

 

Comme on l’a vu précédemment, les fans se réunissent sur Internet pour parler d’animes. La plupart du temps, c’est sur les réseaux sociaux, les forums ou certains sites spécialisés. Et pour les plus chanceux, ils peuvent se retrouver dans la vraie vie dans des cercles locaux. Mais les rendez-vous à ne pas manquer sous aucun prétexte pour les fans, ce sont les conventions.

Beaucoup la connaîtront déjà, mais rappelons de rappeler la définition d’une convention. Ce sont des événements qui se tiennent usuellement entre 2 et 5 jours à un lieu donné. Elles rassemblent les fans d’animes, des jeux vidéos et de culture pop nippone autour de plusieurs activités. Comme des quiz, des conférences ou des représentations entre autres.

Rapprochement entre pro et fan

 

En France, les conventions sont majoritairement organisées par des professionnels. Seule la région parisienne possède des évènements amateurs, organisés par des étudiants. Car la popularité de ces évènements n’est plus à démontrer. Pour preuve, la Japan Expo qui réunit 250 000 personnes sur 4 jours. Ce qui attire les grands du secteur, où c’est l’occasion de gagner en visibilité. En particulier, les éditeurs de mangas et les diffuseurs d’anime.

Pour eux, participer à une convention permet de prendre la température du marché. Ce qui précise les futures offres qu’ils pourront proposer. Mais pour les fans, c’est aussi intéressant de rencontrer les professionnels. Car avec leur présence, les fans peuvent échanger directement eux. Leur poser des questions, les féliciter d’une sortie (ou pas) ou encore réclamer des titres qu’ils souhaitent être diffusés. La convention permet donc aux professionnels de nouer des liens avec le public. Et aux fans d’exprimer leurs ressentis.

Cette logique de rapprocher les fans des professionnels se retrouve particulièrement dans deux autres domaines. Devenues une tradition, les conventions invitent des personnalités. Des célébrités du monde de l’animation, de la BD, du jeu vidéo ou encore de YouTube. Car leur venue attire du public, qui va payer l’entrée pour les rencontrer.

Les séances de dédicace, photocall, meet and greet, FAQ permettent aux célébrités de nouer des liens avec leurs fans. Et pour eux, d’approcher ceux qu’ils regardent à la télévision ou sur Internet.

Meet and greet avec Babymetal à l’Anime Festival Asia 2013 

Les villages créateurs commencent à devenir plus en plus présents dans les conventions. Ces espaces réunissent des artistes amateurs dans des allées où ils proposent leurs œuvres. Une aubaine pour eux, car c’est un bon moyen de se faire connaitre. Et surtout, de se faire RECONNAITRE. Parce que dans la majorité des cas, ces artistes sont actifs sur les réseaux sociaux. Ils y postent leurs dessins, parfois partagés en masse. Ce qui donne naissance à leur communauté de fans, qui se déplacent pour les voir en chair et en os. Ils en profitent pour échanger avec eux et parfois repartir avec une petite dédicace. Autant pour les artistes que les fans, ces rencontres font plaisir.

Retrouvailles entre les connaissances internet

 

Mais les fans n’ont pas besoin des professionnels pour organiser leurs propres plannings dans la convention. Car même si certains vont en convention seuls, la plupart viennent en groupe. Des amis pour lesquels les conventions restent un moyen de passer de bons moments ensemble. Comme arpenter les allées, faire des quiz, tester les derniers jeux. 

Ou encore de partager des activités propres aux fans. Comme le cosplay, où des costumes peuvent être fabriqués des mois à l’avance. Car dans l’éthique du cosplay, le fait main demeure une religion. Des valeurs partagées par pléthores de cosplayers, qui se réunissent parfois en groupes autour d’une œuvre commune.

Le groupe de (magnifiques) Valkyreevees à la Katsucon 2016

Ce qui démontre une autre utilisation des conventions : ils servent de lieu de rendez-vous. Grâce à la récurrence des évènements, les fans en profitent pour rencontrer des personnes qu’elles ont connues en ligne. Ils peuvent alors se voir et échanger en face à face. Ce qui donne naissance à de belles amitiés voire plus. Ou dans le cas contraire, des retrouvailles entre des gens qui n’habitent pas la même région.

Et enfin, même seul, c’est possible de passer un bon moment. En se débridant un bon coup, on se rend compte que l’ambiance reste souvent bon enfant. Les personnes sont là pour s’amuser et sont ravies que vous fassiez de même. Quand vous ne dépassez pas les bornes. Expliquant la magie de conventions : réunir plein de gens autour d’une passion commune favorise les échanges sociaux et le sentiment d’intégration.

Conclusion

 

Si l’on parle de communauté otaku, ce n’est pas pour rien. Et ceux qui soutiennent le contraire ne voient que la partie visible de l’iceberg. Oui, nous passons la majorité de notre vie sur l’ordinateur. Mais pourquoi ? Regarder des animes, lire des mangas et surtout partager nos avis dessus. Car échanger avec des gens même en ligne, c’est de la socialisation.

Et Internet n’est que l’aboutissement d’un phénomène qui existait déjà depuis longtemps. Mais à cause des limitations techniques de l’époque, les fans se regroupaient dans les salons. Et pour les plus chanceux dans des clubs. Tout ça pour voir des animes ensemble à la télé ou avec des VHS. Comme s’ils allaient au cinéma, la nourriture hors de prix en moins.

Et ces pratiques ont évolué avec l’apparition d’Internet. Désormais, les animes sont disponibles gratuitement et le catalogue grossit d’année en année. Changeant au passage les activités des cercles, en se tournant vers des sorties. De plus, la publication de contenu se simplifie. Créer un site web et partager ses avis devient rapide et pas cher, causant une prolifération de ces derniers. Pour filtrer, proposer des services de qualité devenait urgent. D’où l’apparition des sites de news, marchands ou des forums.

Ces relations, les fans les entretiennent soigneusement au quotidien. Et le moment que tous attendent, ce sont les conventions. Ces évènements leur permettent de se voir en vrai et de pouvoir échanger en face à face. De plus, elles proposent tout un tas d’activités pour les divertir ou attiser leur curiosité. Des conférences, des séances de dédicaces, des jeux entre autres.

Par nature, les conventions ont toujours été des évènements sociaux. La plupart des participants viennent en groupe pour pouvoir passer un bon moment entre amis. Et se livrer à des activités propres aux conventions, comme le cosplay. Et même seul, c’est le moyen de rencontrer en se décoincer un peu. J’en ai fait l’expérience et ça m’a fait beaucoup de bien.

(Sakuraou no Pet na Kanojo, Kamisoda Hajime, J.C Staff, 2012)

Mais après 2456 mots d’argumentaire, certains continueront à dire :

« C’EST DE LA MERDE ! SORS ET VA FAIRE DES TRUCS PRODUCTIFS ».

Et face à des gens comme ça, on oscille entre le cynisme et la colère. Mais jamais on n’arrive à faire taire ces critiques. Pourquoi ? Parce qu’on aura beau dire que c’est de l’art, ils ne daigneront jamais regarder un épisode.

Alors dans ce cas, que faire ?

Ben justement, FAITES. Prenez une activité en rapport avec la culture otaku, pratiquez la pendant de longs mois et devenez des machines dessus

  • Ecrivez des articles à faire pâlir les journalistes qui se moquent de nous
  • Faites des cosplays qui bouchent les allées des conventions tellement les gens voudront des photos
  • Performez tellement bien que cela en devienne de l’ordre du divin. Que cela soit un jeu, de la danse ou de la musique.
  • Dessinez des fanarts. Non, pas des fanarts. Des œuvres d’art

Car après tout, comme le dit :

LE DIRE FAIT RIRE, LE FAIRE FAIT TAIRE

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Database d'anime, de seiyuu et d'opening sous forme humaine. Joueur de LLSIF à ses heures perdues. Trouvable sur Twitter (@Shima_Vinh) et MAL (xxxPhantom).

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