Comment se forme les divers groupes du fandom otaku ?

Pour bien comprendre le pourquoi de cet article, on va se mettre dans le contexte. Imaginez que sur Twitter ou Facebook, vous tombiez sur une soirée manga. L’événement propose des activités comme des blindtests, du karaoké ou des quiz. Ça tombe bien : vous êtes un gros fan d’animes et c’est l’occasion de vous amuser entre potes.

La soirée arrive et vos amis aussi. Vous commencez à vous préparer pour la suite en révisant vos classiques et en vous échauffant la voix. Les activités commencent et là…

ÉNORME DÉCEPTION !

Les activités sont loin de ravir tout le monde : certaines bident lamentablement. Quant aux autres, c’est loin de voler haut : bras de fer, uno, karaoké. Rien de très recherché ou de travaillé. Mais surtout : que du shônen mainstream à base de DBZ, Naruto et MHA au menu. Même pas un petit SAO pour relever le niveau (C’EST DIRE).

Voilà, vous obtenez le résumé d’une soirée que j’ai vécu avec des potes (qui se reconnaîtront). Et franchement, je suis parti très vite contrairement à eux. En tant que fans d’animes obscurs, mes amis et moi étions déçus (et pas qu’un peu).

Ceci contraste avec l’excellente soirée que l’on a passée au Kawaii Café (GG à eux !). L’association, Forum Thalie, avait assuré le coup : des quiz et des blindtests. Tout le monde a joué le jeu et j’ai trouvé ça très plaisant, surtout qu’on se trashtalk de temps en temps. Les activités possédaient un niveau convenable et accessible à tous, quoique dans la moyenne haute. On sentait vraiment que seuls des fans hardcores étaient présents sur ce soir-ci.

Tout ceci pour dire qu’entre les deux événements, deux communautés bien différentes se distinguent. D’un côté, des nostalgiques des années 1990. Et de l’autre, les otakus assidus. Alors que l’anime est le dénominateur commun, deux mondes différents se distinguent.

Et ce constat, on peut l’appliquer dans la sphère otaku de manière générale. On rabâche à longueur de temps que nous devons accepter tout le monde dans le fandom. Qu’il soit jeune, vieux, très cultivé ou non, nous devons les accueillir et ne pas les juger. Parce que cela permettrait d’alimenter le débat, faire de nouvelles et pleins d’autres choses cools.

Après tout, on aime les animes : pourquoi ne pas en faire profiter tout le monde ? Oui… mais de quelle manière ?

Parce que la vérité, c’est ça

 

UN FANDOM OTAKU UNI N’EXISTE PAS ET N’EXISTERA JAMAIS

 

Coming soon

S’il existe bien un fandom où personne ne s’accorde sur rien, c’est bien la communauté otaku. Les combats quotidiens entre les « élitistes » et la « plèbe », qui s’insultent de tous les noms ; les remarques du style « Tu aimes ça !? Mais t’as des goûts de merde » ou encore les guerres de waifus rythment le quotidien.

Par conséquent, le petit nouveau qui débarque dans le fandom, il est perdu. Entre les milliers de recommandations et les critiques qui pleuvent, notre pauvre fan a du souci à se faire et se pose des questions.

Pourquoi je me suis amusé à une soirée et pas l’autre, alors que le thème étaient les mangas ? 

Pour répondre à cette question, je vais tenter de dégager des caractéristiques grâce auxquels les divers groupes de fans se forment. C’est un travail purement expérimental, donc si je dis de la merde, n’hésitez pas. Sur ce, commençons.

La question de l’âge et de génération

 

Le premier facteur de séparation, c’est bien entendu l’âge. Comme la culture otaku vieillit, les générations de fans se succèdent. Ce qui permet aux animes de toucher un large public, qui vieillit avec lui. On y retrouve des jeunes et des personnes âgées, mais rarement les deux ensembles.

Qui dit des générations différentes, dit des époques différentes. Et pour chacune d’entre elles, on y retrouve des références très ancrées. Comme certaines œuvres, des canaux de diffusion ou des moyens de communication. Ces points vont constituer un socle commun, sur lequel des fans vont pouvoir s’appuyer et engager la conversation. Par exemple, ceux qui ont vu DBZ sur le club Dorothée, Naruto sur Megaupload ou MHA sur ADN.

Chaque génération possède son propre anime référence et le défend corps et âme. Puisque la plupart du temps, c’est par celui-ci que tout a commencé. Si ces fans sont dans le fandom, c’est grâce à lui et ils le remercient en perpétuant sa mémoire, avec un attachement tout particulier empreint de nostalgie.

Chaque génération possède son anime phare qui aura poussé des gens dans le fandom

Bien sûr, cette différence créée des tensions entre les différentes générations. Un connaisseur de Goldorak traîne avec un jeune expert de SNK n’est pas impossible, mais les groupes ont une distribution d’âge faible. Pour mon cas personnel, les gens avec qui je traîne ont plus ou moins la vingtaine.

De manière générale, vous sympathiserez plus facilement avec quelqu’un de vous âge. Il aura sûrement découvert les animes à la même période et les mêmes titres que vous.

La question des contenus populaires

Définitions des animes populaires

 

Une autre caractéristique qui différencie les groupes, ce sont les animes appréciés par ces derniers. Dans chaque groupe, des animes sont clairement salués et mis en avant. Ce qui leur confère un aspect fédérateur : les gens se réunissent pour parler d’eux.

Mais le problème se pose vite : quels animes méritent d’être poussé au top ? Et là, chaque groupe possède sa propre grille de jugement que j’ai établi avec une petite analyse statistique de derrière les fagots.

Pour obtenir les types d’animes populaires, je me suis servi des données de MAL. Concrètement, j’ai relevé les 250 animes les mieux notés (avec la meilleure moyenne). Ainsi que les 250 plus populaires (avec le plus d’ajouts). Mis dans un graphique, cela donne ça.

Au premier coup d’œil, vous constatez que l’on peut tracer deux axes pour séparer le graphique en quatre. 

Les irregardables

On va commencer par la région en haut à droite. Elle est vide et pour cause : ce sont des animes mal notés et que personne ne regarde. Par conséquent, ils se retrouvent dans les fonds de MAL (que je n’ai pas exploré par flemme).

Ces animes « irregardables » n’attirent personne pour des raisons simples. Déjà, ils sont objectivement mauvais. Scénario, musique, graphisme : tout y est à jeter. Par conséquent, l’anime incite peu au visionnage et quand c’est le cas, ça pique les yeux. Ce qui crée de la mauvaise publicité : personne n’ira le voir. Et encore, s’ils sont au courant que ces séries existent.

Mais un autre élément explique la présence de certains genres dans cette catégorie : le public de MAL. Les utilisateurs sont des occidentaux plus ou moins jeunes, qui regardent des séries TV saisonnières. Les animes pour enfants ou les formats atypiques n’intéressent donc pas le public, qui n’est pas la cible de ces programmes.

Les intouchables

À l’opposé des animes irregardables, les animes très populaires et salués constituent les intouchables. Ce sont les rares séries qui ont réussi à mettre tout le monde d’accord sur leur qualité. Les rares réticents à leur égard se font en général remettre en place. Parmi elles, on retrouve Death Note, FMA Brotherhood et Code Geass entre autres.    

On peut voir que les animes de cette zone restent assez variés : aucun genre ne prédomine. Une tendance qui prouve que ces derniers sont devenus des classiques dans leur domaine respectif. Ce statut leur confère une grande valeur pour les fans, qui les recommandent chaudement aux débutants.

Comme ces animes sont des portes d’entrée, les personnes ne jurant que par ces animes resteront traités comme des fans génériques. Ces personnes seront considérées comme manquant de culture anime mais en bonne voie pour en acquérir une conséquente.   

Et dans le cas où ils persévèrent, ils vont se diriger vers l’une des deux dernières catégories qui s’opposent. 

Les animes de niches

Quand on monte dans le graphique, nous arrivons dans la zone des animes de niche, soit des animes très bons, mais touchant des niches spécifiques.

Dans ce cercle, plusieurs genres obscurs occupent une belle place. Outre les itérations de Gintama et de Jojo, on retrouve des animes de science-fiction/mecha comme Gundam et GiTS. Un genre historiquement lié au côté obscur du fandom parce que les nouvelles technologies toussa toussa.

À côté d’eux, les animes de sport occupe une bonne place avec des représentants comme Haikyuu (et ouais), Major et Initial D. Des sports qui sont loin d’être populaires de base.

Et enfin, la zone est complétée par les animes très imbibés de la culture japonaise. On pensera à Mushishi et Natsume Yuujinchou avec les yokais ; Shirobako et Bakuman pour les animes qui parle du travail ou encore Yuru Camp et Saiki pour les tranches de vie comiques.

Comme les genres sont très nichés, se revendiquer fan d’une de ces séries constitue un argument d’autorité et de légitimité. En effet, vu que ces animes restent inaccessibles, les fans voient cela comme une preuve de dévotion. Et ceci, même s’ils n’ont pas vu la série en question.

Par exemple, je n’ai pas vu Jojo (m’insultez pas) ni Initial D ni Ippo. Mais si je croise quelqu’un ayant vu ces animes, je le considèrerai comme un connaisseur car il a pris la peine de sortir des sentiers battus. Et c’est plus ça que ces fans saluent : le fait de sortir de sa zone de confort et explorer ce que le média propose.

Pour résumer, les animes de niches regroupent un large panel de personnes très dévouées pour un genre bien spécifique. Ils constituent d’ailleurs une cible de choix pour les producteurs, car ces fans dépensent plus que leurs homologues, dont on va parler.

Les animes populaires

À l’inverse, si on avance dans le graphique, on arrive à la zone des animes populaires (ou pour kikoos pour les fans virulents). Parce que sont des séries très suivies, mais mal considérées. Un constat qui traduit leur nature très clivante : une partie les adore et une autre et les démolit.

Comme pour les animes de niches, certains genres sont plus présents que d’autres. On y retrouve :

  • Des shonens populaires comme Naruto, Bleach et Black Clover
  • Des animes sanglants : Akame ga Kill, Tokyo Ghoul, Elfen Lied, Another, Mirai Nikki
  • Les séries fantastiques avec SAO, Zero no Tsukaima, Kabaneri
  • Les animes fanservices comme Date A Live, Prison School, Highschool DxD, HOTD
  • Les comédies romantiques avec Haganai, Yamada-kun et Nisekoi

Ces animes restent mal vu par les autres groupes pour deux raisons. Déjà, ils ont tendance à se ressembler et c’est particulièrement le cas avec les comédies romantiques. Dans ce genre, les clichés se voient de manière assez flagrante à tel point que l’on devine facilement la suite de l’histoire. Ce qui lasse les autres groupes qui se désole du manque d’originalité.

Et puis surtout, ce ne sont pas des animes dont les autres fans veulent se vanter d’être fan ouvertement. À cause de leur mauvaise réputation, revendiquer sa passion pour un de ses animes, c’est s’exposer des montagnes d’insultes. La faute à leur contenu qui ne vole souvent pas très haut. Ou en tout cas, moins que leurs homologues mieux notés.   

Mais de manière paradoxale, ces animes sont également les plus profitables à l’industrie. Cependant, à l’inverse des intouchables, les studios prennent moins de risques avec des scénarios calibrés et parlants à un large public. De ce fait, ces animes restent également des bonnes portes d’entrée dans le fandom pour des milliers de personnes.

Conclusion

 

Entre les fans occasionnels et les fans hardcores, la communauté otaku est l’une des plus fracturées de la culture populaire. Difficile de parler d’une seule voix tant les divergences sont grandes. Ce que les guerres d’opinions et de waifus n’arrangent pas d’où la création de nombreux sous-groupes.

Des sous-groupes qui évitent de se mélanger. Et si c’est le cas, les deux entités ont souvent des liens proches, avec un fond de culture anime commun. D’où mon rejet de la soirée dont je vous parlais en introduction. 

Mais pour autant, est-ce que cela empêche de tous se réunir et discuter dans la cordialité ?

BIEN SÛR QUE NON

En réalité, voir plus d’animes permet d’avoir plus de sujets de conversation. Voir un fan de SAO et de Jojo parler n’a rien d’étonnant. Juste que l’on a tendance à parler des animes les plus connus en dernier recours. Et même si on s’arrache les cheveux sur certains animes, cela montre que l’on aime ce média et que l’autre aussi. (Du moment qu’on ne regarde pas DBZ, One Piece et Naruto)

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