Pourquoi aimons-nous les waifus (ou les husbandos) ?

Fandom

Une actualité auquel vous n’a pu échapper ces dernières semaines, c’est un mariage. Mais pas n’importe lequel. Alors, on ne va pas parler du mariage de la princesse Ayako avec un roturier. Ce qui entraîne sa démission à la succession au trône de son grand-père. Ni de celui de sa sœur Mako, reporté pour des raisons politiques.

On va parler de celui de Kondo Akihiko, 35 ans et qui bosse dans l’administration d’une école. Alors, qui a bien pu épouser un homme aussi banal que lui (sans vouloir l’insulter) ? Une idol ? Oui mais qui n’existe pas puisqu’il s’est marié avec Hatsune Miku, qu’on ne présente plus.

(Harukana Receive, Nyojizai, C2C, 2017)

Une union célébrée dans les règles de l’art avec une véritable cérémonie. Selon les paroles de Kondo, il est amoureux de Miku depuis longtemps. Ce qui l’a attiré chez elle, c’est son concept (en tant que Vocaloid) et surtout le fait qu’elle n’existe pas. Une attirance exacerbée par sa peur des relations intimes avec les femmes. Un problème loin d’être unique car 1 homme sur 4 est toujours célibataire à 50 ans.

Mais ce n’est pas le débat dont je souhaiterai aborder aujourd’hui. Il est lié à ce sujet mais dans une forme plus légère. Dans la communauté otaku, vous connaissez sans doute le concept de waifu et de husbando. Pour ceux qui ne le saurez pas, il s’agit d’un personnage que l’on apprécie tellement qu’on souhaiterait se marier avec. Au fil du temps, cette définition s’est allégée en meilleur personnage féminin/masculin.

Un des débats les plus récurrents dans la sphère otaku, ce sont ces fameux personnages favoris. Et souvent, on assiste à des guerres puériles de fanclubs. Ce qui déclenche l’indifférence totale ou le parti pris assumé. Et entre Love Live et Kuroko no Basket, on peut voir que ce phénomène est loin d’être réservé à un seul sexe.

Mais on a oublié cette question fondamentale. Pourquoi est-ce qu’on apprécie des personnages qui n’existent pas ? Comment on en arrive à éprouver de l’affection jusqu’à vouloir se marier avec ? Quel bug y a-t-il dans notre cerveau pour que cela soit possible ? Des questions auxquels on va tenter d’apporter des réponses.

Un phénomène loin d’être nouveau

 

Voir des gens épouser des waifus, ça s’est déjà fait. En 2009, un homme épousait Nene Anegasaki, un personnage du jeu Love Plus. Le jeu est un simulateur de drague où vous deveez séduire l’une des filles du jeu. Et visiblement, notre marié a craqué pour celle-ci. La cérémonie s’est déroulée sur l’île de Guam avec un prêtre et même des invités. De plus, le mariage a été diffusé sur Nico Nico Douga, le youtube japonais.

Ce mariage a suscité beaucoup de réaction dans le monde. Notamment aux USA, où les reportages sur lui se multipliaient. Entre la moquerie et l’incompréhension, ces derniers ne sont pas spécialement bienveillants. Et c’est pourquoi je ne les aborderai pas ici.

Mais dans une moindre mesure, on peut aussi voir les hommes qui vivent des moments romantiques avec … des dakimakuras. Mais si, ses traversins avec des personnages d’animes imprimés dessus. Sur 2chan, on trouve des photos où ils partagent des repas ou bien même des rendez-vous.

Alors attaquons le cœur du problème : pourquoi ressentons-nous des émotions pour ces personnages ? Pour être franc, les études sur le sujet ne sont pas nombreuses. Mais dans le peu de travaux existants, deux théories ont retenu mon attention. Essentiellement parce qu’elles sont aux antipodes l’une de l’autre. La première considérant l’empathie et la compassion, et l’autre le fantasme. Dit comme ça, cela ne veut pas dire grand-chose. Du coup, on va développer ces deux théories.

Une question d’empathie…

 

Ce que je vais dire va paraître très con. Mais presque tous les personnages d’animes sont des humains (ou ont une forme humaine). Pourquoi je dis cette débilité ? Bien justement, ils nous ressemblent physiquement.

Et nous, êtres humains, nous possédons une faculté nous permettant d’interagir : l’empathie. Alors, l’empathie, c’est la capacité à nous projeter dans l’autre. C’est-à-dire ressentir les sentiments de l’autre. Du moins, se faire une idée de ces derniers. Une capacité innée pour chacun d’entre nous.

Par conséquent, quand on regarde un anime et comme les personnages sont des humains, on ressent naturellement de l’empathie pour eux. On ressent leurs joies, leurs colères, leurs peines. Du coup, le partage de sentiments nous rapproche de ces personnages.

Dit comme ça, cette théorie est assez simple à comprendre et pourrait s’appliquer dans le média. Mais le problème de cette théorie est qu’elle ne rentre pas en profondeur dans le problème. Et c’est là que la seconde théorie entre en jeu.

Traduction : Nous ne sommes pas de simples pantins (Death Parade, Madhouse, 2015)

Ou plutôt de désir ?

 

La seconde théorie a été mise en place par Tamaki Saito (dont on a déjà parlé ici et ). Il s’agit d’un psychiatre ayant écrit un essai en réaction à l’affaire de l’otaku tueur : Beautiful Fighting Girls. Dans son livre, Saito explique comment les filles mignonnes se sont imposés dans la culture otaku. Tout en gardant son point de vue de psychiatre, sans pour autant entrer dans des aspects très complexes.

Rappel historique des waifus dans les animes

 

Donc, on va rapidement refaire l’histoire des filles mignonnes dans les animes car on en a déjà parlé dans cet article. En bref, ce phénomène date de très longtemps. Des années 1970, pour être plus précis. A cette époque, le genre de manga hype, c’était le shoujo à cause de son style graphique. Des formes rondes et des gros yeux dont les auteurs vont s’inspirer pour créer les bishoujos.

En observant le succès des doujins yaoi, ces mêmes auteurs ont l’idée de représenter des personnages féminins en plein acte sexuel. Mais avec le style très dure du seinen, ça n’allait pas passer. Du coup, un mangaka eut l’idée de dessiner des personnages avec le style du shojo. Les rendant mignons. Des personnages sexualisés qui ont fini par attirer les fans de ce qu’on appelle le moe.

Le fanservice n’a pas vraiment d’importance

 

Vu comme ça, on pourrait se dire que c’est grâce au fanservice que les personnages sont aussi attirants. Dans la logique primale de « voir un corps nu déclenche de l’excitation », cela se vaut. C’est d’ailleurs sur cette logique les animes ecchis se base. En multipliant les scènes osées, ils cherchent à titiller le spectateur. Mais cette logique est réductrice car elle ne témoigne pas de la réalité.

Car si on cherche dans les séries les plus représentés dans les doujins porno, on remarque que ces séries sont dénuées de fanservice. En tout cas, présents à un degré minime. Par exemple, on peut retrouver Love Live, KanColle, SAO. Des séries qui n’ont pas pour vocation à montrer des filles à poil. Mais ils cherchent à nous les rendre attirantes. Comment ? Voici la réponse.

Elles ne sont pas réelles, et justement !

 

Ces personnages possèdent une construction similaire pour les rendre attrayants. En premier lieu, le physique. Elles sont de taille moyenne, des grands yeux, pas de nez ni de lèvres. Des caractéristiques très loin d’être réalistes. C’est une spécificité du design manga mais c’est loin d’être anodin dans notre analyse. Car ces personnages féminins ne ressemblent pas du tout à des filles réelles. Et justement, c’est pour ça qu’elles sont appréciées.

Un autre aspect qui fait que les fans adorent ces personnages concernent l’histoire propre des personnages. Dans la fiction, un personnage possède un passé, qui détermine son caractère et son but. A l’intérieur, un traumatisme reste présent pour créer la faiblesse que devra surmonter l’héroïne.

Dans les médias occidentaux, ce trauma permet de mettre en avant des personnages féminins. En plus de donner un objectif (donc une utilité) à l’héroïne, les spectateurs ont plus de chances de s’émouvoir. A cause des épreuves qu’elle a traversée, elle possède un caractère fort et/ou sage. Ce qui force l’admiration.

Par contre, avec les personnages qui nous intéresse, rien de tout cela n’est présent. Nous ignorons leur passé, elles sont toutes innocentes et pas de réel objectif dans la vie. Un constat évident dans les tranches de vie avec des lycéennes. Dans ce genre d’œuvre, les personnages (tous féminins) se retrouvent dans un club pour s’amuser. Rien de plus, rien de moins. Si pour les uns il s’agit d’un moment de détente, les autres s’étonnent devant un tel vide scénaristique.

Disons-le franchement : ces personnages sont vides. Dénués de trauma, de personnalité et d’objectif, elles sont d’une tristesse absolue comparé aux femmes dites « fortes ». Pourtant, elles attirent les regards des spectateurs (et des créateurs amateurs). Car ce vide qui crée cette attirance. L’exemple le plus parlant reste celui d’Ayanami Rei d’Evangelion. Un personnage emblématique connue pour sa mollesse et sa passivité.

La fameuse Ayanami Rei (Neon Genesis Evangelion, Studio Khara, 1995)

Comment cela se passe dans notre esprit ?

 

Comme je vous le montre dans ce paragraphe, c’est grâce à leur non-existence que ces filles séduisent. Mais comment cela est-ce possible, psychologiquement parlant ? Selon Saito, cette attirance n’est que le résultat de notre désir sexuel. Bien que les personnages restent que des dessins, notre désir lui n’en tient pas compte. Car le concept même de désir est lui-même fictionnel. En témoigne les nombreux artistes qui le témoignent de manière différente.

Et quand le désir ressenti est suffisamment fort, la fiction prend une dimension réelle. Ce qui signifie que les filles sont considérées comme réelles. A la fin, on finit par ressentir de l’attraction pour elles. Et par corollaire, le monde de l’anime nous paraît réel et c’est pourquoi le média est aussi populaire.

Mais cela n’explique pas totalement pourquoi ces personnages sont attirants. Car une fille peut être réelle (ou considéré comme telle), sans pour autant qu’on soit attiré par elle. Cela se voit dans notre vie de tous les jours. Pour qu’un personnage devient attirant, il lui faut cette caractéristique : l’innocence.

Comme dit précédemment, ces personnages sont montrés comme pures et innocentes. Ce qui contrastent avec leur physique de femme déjà bien formé. Du coup, on se retrouvent face à un paradoxe. D’un côté, elles possèdent un physique sexuellement attrayant mais elles l’ignorent et en ont parfois honte.

Par conséquent, notre cerveau n’aime pas trop ça. Et pour combler ce manque de séduction du personnage, on va essayer de se l’imaginer. Fatalement, on finit par projeter nos fantasmes dans le personnage et on craque. Quand bien même le personnage n’a absolument rien fait pour. En clair, c’est nous-mêmes qui met en place le piège et qui saute dedans.

Alors que le fan service est évident, notez le regard innocent et interrogatif du personnage qui regarde le spectateur (Fractale, A-1 Pictures, 2011)


Conclusion

 

Quand on a vu ce fameux mariage de Miku, nous avons tous eu cette réaction :

« Mais WTF, il est taré, ce mec ! »

Et cette réaction est normale. Car c’est très particulier d’aimer un personnage fictionnel au point de l’épouser pour … de vrai. On a déjà vu des gens de se proclamer le mec ou la femme de X célébrité ou personnages. Ce qui prouve que ce phénomène reste léger mais subsiste quand même. Et ce ne sont pas les fans d’animes qui diront le contraire. A chaque nouvelle saison, on assiste à une nouvelle de waifus/husbandos. Des conflits qui laissent de marbre le reste du monde, qui se demande comment c’est possible d’en faire autant pour des personnages qui n’existent pas.

Parce que le fait d’apprécier un personnage utilise notre faculté d’empathie. Ça ressemble à un être humain, ça doit donc fonctionner pareil se dit notre con de cerveau. Par conséquent, on se retrouve à créer des liens des personnages. Et plus il nous ressemble (ou cherche à devenir ce que l’on souhaite), plus c’est efficace.

Mais cette théorie reste assez légère. Pour aller plus en détails, notre esprit considère que la fiction est la réalité l’espace d’un instant. Cet instant où nous éprouvons du désir. Sexuel, dans notre cas. Les personnages féminins sont la plupart du temps vides : pas de personnalité, ni d’objectif, ni de trauma. Elles sont l’innocence incarnée, bien qu’elles soient sexuellement attirantes. En réalité, notre cerveau exprime notre propre désir à la place du personnage. C’est pourquoi on finit par se laisser séduire, alors que nous sommes les seuls responsables de cela.

En écrivant cet article, je me dis qu’il y aura quelques personnes qui se diront :

« C’est du n’importe quoi : ces mecs sont juste des frustrés du cul »

Les cas extrêmes peuvent l’être. Mais ce que j’ai cherché en écrivant cet article, c’est de montrer que ce phénomène est normal. Certes, à des niveaux plus raisonnables, mais humains. Car en dehors du sexe, je doute que vous soyez restés de marbre devant …

SPOILERS

La mort de Jiraya, Mami, Ace

La victoire de Karasuno face à Shiratorizawa, de Shoto face à Izuku

La cruauté du massacre de Code Geass, de Kyubey

Les scènes de morts d’Another

Dans chacun de ces cas, vous avez ressenti les émotions des personnages, leurs envies et leurs déterminations. La joie, la tristesse, la haine avec ou envers ces dits personnages. Si ça marche avec ces émotions, pourquoi pas avec l’amour ?

Alors je vous invite à penser à votre personnage préféré (waifu ou pas), à me le dire en commentaire et pourquoi vous l’aimer autant.

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Database d'anime, de seiyuu et d'opening sous forme humaine. Joueur de LLSIF à ses heures perdues. Trouvable sur Twitter (@RequiemForFemto) et MAL (xxxPhantom).

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