La censure des animes en Occident (mais surtout en France)

La censure des animes en Occident (mais surtout en France)

Dernièrement, si vous vouliez profiter du dernier Dead or Alive Xtreme 3, vous vous bien fait enfumés. Pourquoi ? Parce que Sony a décidé de censurer le jeu. En retirant des options très attendues comme … regarder les culottes des héroïnes. Ou peloter leurs seins avec un accessoire étrange. Mouais…

Et oui, il fallait qu’on l’aborde un jour : la question de la censure dans les animes. C’est un secret pour personne : les dessins animés, c’est pour les enfants. Partout sauf au Japon. Où les genres sont si divers qu’on parle d’une culture d’anime. Les sujets peuvent passer de la simple quête initiatique à des tueries de masse (coucou Elfen Lied). Ce qui fait la grande joie de nous les fans, car ceci nous offre un très large choix d’œuvres à visionner. A croire qu’au moins un anime nous sera promis.

Mais qui dit anime japonais (quel pléonasme !), dit aussi différences culturelles. Je ne vais pas vous l’apprendre, on assiste souvent à des scènes de violences ou de nudité, presque dans n’importe quel genre d’œuvre. Ce qui ne manque pas de faire tiquer les organismes culturels, dont le fameux CSA. Pour pouvoir être diffusables, certains animes ont subi tout un processus de transformation. Ou plutôt de dépeçage. On en arrive à avoir des épisodes qui perdent leur côté dramatique ou sérieux. Les cas les plus fréquemment cités sont 4kids et notre Club Do national.

Alors, on va être franc : cette violence et cette nudité, on a fini par s’y habituer. On a pu être choqué au départ, mais on vient limite à la rechercher. Ce qui fait que cette politique de censure nous semble incompréhensible. Voire une hérésie car cela modifie l’œuvre de base. Mais avant de prendre nos fourches, essayons de répondre à ces questions. Pourquoi la censure des animes est de rigueur ? Qu’est-ce qui posent problème ? Et surtout, pourquoi ?

Nogizaka Haruka no Himitsu (Igarashi Yuusaku / Shaa, Diomedea, 2008)

C’est quoi la censure ?

Définition de la censure

Mais avant de parler de moyens de censure, commençons par définir la censure. La censure se définit par l’examen des œuvres destinés au public pour interdire leur diffusion intégrale ou partielle. Concrètement, cela signifie qu’une autorité analyse les œuvres. Et que selon ses critères, elles peuvent être modifiées voire interdites de diffusion. On pense notamment à certaines œuvres radicales ou particulièrement immorales.

La perception de la censure

 Ce qui fait que la censure est perçue de deux manières opposées. D’un côté, cela est vu comme un moyen de protection. Ce qui est quand même son objectif principal. Face à des idées considérées comme immorales, la censure permet d’éviter les dérives. Par exemple, le retrait de la BD Petit Paul de certaines librairies, qui implique des relations sexuelles adultes-mineurs. Dans ce cas, ils a statué que Petit Paul n’était pas moralement acceptable (et on peut pas leur en vouloir sur ce coup-là).

Par contre, de l’autre côté, c’est un outil qui agace beaucoup. Car il est défini selon des critères arbitraires. Soit fixés sans aucune condition strictement précise. En conséquence, cela crée des débats autour de ses soi-disant critères. Soit sur leur nature : ” qu’est-ce qui mérite la censure ? ” Ou soit sur leur intensité : ” c’est correct, mais à quel point ? ” Naturellement, les critères retenus par les autorités sont souvent loin d’être les mêmes que celles du public. Qui dénoncent la dénaturation du matériau d’origine, dont ils sont avertis du contenu. Enfin, pour la plupart, qui le consomment en connaissance de cause. Mais aussi de la part des créateurs dont la censure bride le talent et porte atteinte à la liberté d’expression.

Couverture du premier tome de Petit Paul (Vives Bastien, Glénat, 2018)

Qu’est-ce que la liberté d’expression ?

Mais d’ailleurs, c’est quoi la liberté d’expression ? Contrairement à ce qu’on croit, ce n’est pas de pouvoir dire tout ce que l’on veut. Sinon, les haters de toutes sortes pulluleraient tels des cafards. Heureusement, ce n’est pas le cas puisqu’une définition plus exacte serait celle-ci :

« Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, mêmes religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi. » – Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, 1789.

Traduction : on a le droit de dire tout ce qu’on dit, du moment que cela ne perturbe par autrui. C’est-à-dire que si ce n’est pas diffamatoire, haineux ou une déclaration de mort, c’est autorisé. Mais bon, même si les éléments dont on va parler sont ok, ils sont loin de ravir les autorités. Qui mettent du cœur à leur ouvrage.

La fonctionnement de la censure en France 

En France, l’organisme qui a le contrôle de la diffusion des œuvres audiovisuelles, c’est notre CSA national. Pour Comité Supérieur de l’Audiovisuel. Concrètement, il s’agit d’une commission de six personnes qui contrôle la diffusion des programmes dans les médias audiovisuels. Ce qui comprend la télé et la radio (et peut-être Internet dans le futur). Pour qu’une œuvre soit diffusée sur les écrans en France, elle doit avoir un visa d’exploitation délivré par … le CSA (bravo !). Ce qui est le cas après examen de l’œuvre et les recommandations faites pour lui.

Aujourd’hui, la censure dans les animes ou les mangas n’est plus vraiment visible. On remarque que les œuvres restent identiques entre la VF et la VO. Hormis à quelques détails. Parce que déjà, on regarde tout sur Internet. Ce qui outrepasse les barrières de l’Etat. Mais aussi parce que le CSA a la main beaucoup moins lourde que dans le passé. Et ce n’est pas un hasard…

Depuis les années 2000, les ayants-droits japonais ont ajouté de nouvelles clauses dans leurs contrats de licence. Ces contrats qui sont indispensables pour diffuser un anime en France (ou ailleurs dans le monde). Parmi les clauses rajoutées, il existe celui de l’approbation. En clair, les japonais doivent valider les éventuelles modifications faites par un organisme étranger sur leurs oeuvres. Ce qui limite les tentatives de modification. Parce que cela entraîne une perte de temps inimaginable pour tout le monde. Encore plus pour une diffusion J+1 dans un fandom qui hurle au scandale au moindre retard. Au final, les animes sont diffusés tels quels. Mais avant ça, la censure ne se gênait pas pour faire son travail.

Les thèmes fréquemment censurés 

La violence

  Premier thème qui se fait censurer, c’est bien évidemment la violence.  Mais pas n’importe quel type de violence. Parce que sinon, Pokemon aurait été interdit tant la série est innocemment cruelle. On se moque volontiers des pokemons arrachés à leur milieu naturel. Tout ça pour combattre dans des arènes. Ici, ce qui a tendance à choquer les adultes, c’est la violence explicite. Comprenez deux personnes qui se frappent et pas qu’un peu. La vision de l’animosité reste insupportable pour les parents. Et c’est encore pire quand ça tourne mal : du sang, des plaies voire des démembrements. Ou quand la violence implique des personnes dites faibles, comme les enfants ou les femmes. kings game mort

King’s Game (Kanazawa Nobuaki, Seven, 2017)

Le sexe et la nudité

 Et on atteint les sommets quand la sexualité se mêle dans tout ça. Car dans la culture occidentale, la nudité, à la base innocente, reste vu comme une connotation à la tentation. Sexuelle, bien sûr. Donc, avant la fatidique question « Comment fait-on les enfants ? », les enfants ne doivent pas voir la moindre référence au sexe (certes) mais aussi à la nudité. Ce qui fait que la moindre allusion (aussi subtile soit-elle) se fait catégoriquement supprimée. Le meilleur exemple en date : la transformation des magical girls. Quelques secondes où les héroïnes sont représentées vaguement nues. Une scène qui signifie juste un changement de tenue et de statut. Mais qui fascine les enfants pour diverses raisons, et pas toujours les meilleurs. Au grand dam de leurs parents.

Flip Flappers (Oshiyama Kiyotaka, Studio 3hz, 2016) 

Les moyens de censure

Pour éviter que les enfants, cœur de cible de ces animes (selon la ménagère de 50 ans), ne soient confronté à ses images décadentes, le CSA imagine toutes sortes de stratagèmes.

La retouche d’images

  La plus connue de toutes reste la retouche d’image. Via un logiciel de montage, on remplace ou on retire ce qui pose problème. Ainsi, on pourra noter un changement de couleur du sang, passant de rouge à une autre couleur. Ou bien des armes qui sont remplacés par des choses plus enfantins. Pour ce qui concerne la nudité, on cherchera à cacher les parties érotiques. Ou bien les modifier pour les rendre moins visibles.

Différence entre la version japonaise et la version occidentale de Yu-Gi-Oh! (Takahashi Kazuki, Studio Gallop, 2000)

L’humour

D’ailleurs, l’humour est aussi un outil habile de censure. Car il permet d’alléger les scènes qui dérangeantes en se disant : « Mais c’est pour rire, voyons ! ». Le cas le plus connu étant Hokuto no Ken (Ken le survivant). Dont les doublages ont détruit tout le sérieux de l’intrigue en remplaçant le nom des attaques. Et en surjouant à mort.

Modification des dialogues

En restant dans le verbal, les dialogues peuvent aussi être modifiés. Ce qui plus vicieux puisque cela change certains points fondamentaux de l’intrigue. Par exemple, Sailor Uranus et Neptune sont canoniquement homosexuelles. Dans la version française, Uranus a une voix de mec et sa relation avec Neptune n’est qu’une amitié très forte.

Bon, je n’ai réussi à trouver d’extraits vidéo. A la place, cette magnifique image de l’ending 1 de Sailor Moon Crystal III (Takeuchi Naoko, Toei, 2016) 

Le remontage

  Enfin, la censure la plus radicale, c’est la suppression de scènes entières. Dans ce cas, les épisodes se retrouvent hachés, devenant une bouillie incompréhensible. Etant donné que ce sont principalement des scènes de morts qui tombent dedans. Des scènes qui permettent de faire évoluer le personnage Mais là, non.

Une censure de nature symbolique

  Après avoir abordé ce qui est censuré et comment, on peut se poser la FAMEUSE question. Pourquoi on censurait ces éléments dans les animes en France ? Voire de manière globale, en Occident ? La réponse, c’est encore Tamaki Saito qui nous la donne. (Et c’est la quatrième fois que je le cite, faudrait que fasse une présentation de lui).

En Occident, il existe une distinction claire entre la fiction et la réalité. Avec le premier qui se doit d’être une imitation du second. A cause de l’influence du christianisme, les fictions doivent devenir les plus proches de la réalité possible. C’est pourquoi on discute souvent du réalisme d’un anime. Alors qu’au fond, c’est de la fiction et que les lois de la physique s’applique différemment. Comme les fictions sont des représentations de la réalité, il paraît facile de comprendre pourquoi les censeurs à cacher les réalités de la vie.

La période de l’enfance reste celle de l’insouciance et surtout de l’apprentissage. C’est à cette période que l’on acquiert nos premiers automatismes. Qui sont enseignés par nos parents, nos professeurs … et par la fiction. Par conséquent, la censure est avant tout de nature symbolique. En soi, ce ne sont pas les éléments mis en cause le problème. Mais plus ce qu’ils représentent dans l’imaginaire collectif. On enlève les éléments qui pourrait entrer des comportements inappropriés. Des personnages qui se battent ? Cela pourrait pousser aux bagarres à l’école. Un décolleté trop plongeant ? Vive le harcèlement sexuel ! La mort d’un personnage adoré ? Un traumatisme incurable.

Par conséquent pour éviter un désastre social, les censeurs « préservent » les enfants. Quand bien même ils sont au fait que c’est pour du faux. Mais bon, les parents n’y voient que du feu. Ou plutôt de la réalité.

CONCLUSION

  La question de la censure dans les animes (voire plus globalement dans les médias) déchaînent les passions. Et très souvent dans le même sens : ça fait chier ! Car pour le public, c’est perçu comme une limitation du possible plein potentiel de l’œuvre. Occulter la tension dramatique ou la violence pourrait nuire l’impact émotionnel de l’anime. Un point de vue partagé par les créateurs, qui se creusent les méninges pour la contourner.

En France, la censure des animes a prospéré surtout avant les années 2000. Jusqu’au moment où les japonais décidèrent de jeter un œil sur ce qui se faisait ailleurs et il était temps… De la violence à la sexualité, tous les thèmes mal perçus étaient altérés ou bien supprimés. Tout cela pour protéger les âmes sensibles. Car dans la tradition occidentale, les arts sont considérés comme le reflet plus ou moins proche de la réalité. Et ce qu’on ne fait pas en réalité, on ne doit pas le représenter en fiction.  

Mais aujourd’hui, qui la censure protège ? Les enfants, bien sûr. Mais ces derniers finissent par grandir. Et rechercheront des œuvres qui aborderont des thèmes qui les toucheront davantage. Des légers, comme l’effort ou l’amitié ou des plus graves comme le harcèlement ou le manque de confiance en soi. Des sujets très sensibles et très peu abordés par honte ou peur. La fiction sert alors d’exutoire dans lequel le spectateur pourra réfléchir à ces questions sans avoir la crainte du jugement. Mais à la seule condition que ces thèmes graves le restent. Donc, que la violence reste de la violence et que du sexe … du sexe.

Néanmoins, est-ce qu’il faut interdire la censure ? Eh bien … Si jamais cela devait arriver, les œuvres devraient se confronter à un autre problème. Celui des LOIS. Parce qu’un manga faisant l’apologie du terrorisme serait extrêmement mal vu. Pareil pour la pédopornographie. Dans les deux cas, ils promeuvent des éléments interdits par la législation. Ils se feraient donc interdire tout de même. Car la liberté d’expression s’arrête où celle de la loi commence.

Censure de la cigarette de Joutarou (Jojo Stardust Crusaders, David Production, 2014)

Et puis, ce n’est pas si mal que ça. Après tout, on se plaint des œuvres qui se donnent des airs avec des litres de sang. Mais qui en deviennent ridicules ( King’s Game et Another *tousse*). Les scènes restent explicites mais perdent leur fonction de peur. Ce qui nous fait sortir de l’histoire. A l’inverse, les scènes les plus effrayantes ne sont-elles pas celles qu’on nous cache ? Les morts dans les Disneys sont très brutales. Elles ne sont jamais montrées de manière explicite mais suggérées habilement par la mise en scène. Ce qui fait que c’est notre cerveau qui s’imagine l’horreur de la scène.

Le cerveau qui a tendance à exagérer les choses en prière approximation. Et cela ne marche pas seulement qu’avec les thèmes graves. Une somme de gestes subtils n’est-t-il pas plus efficace qu’une narration à travers les pensées des personnages dans une romance ? Montrer les conséquences plutôt que les événements tragiques dans les drames ? Laisser le public interpréter les blagues au lieu de leur expliquer dans une comédie ?

Au final, la censure est un élément de prohibition, qui bride la créativité des artistes. Mais ces derniers s’en accommodent et s’amusent avec. Donnant naissance à des moyens plus créatifs de narrer des scènes plus violentes, plus érotique et plus choquantes. Ironie du sort quand tu nous tiens.

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