Netflix investit dans l’anime mais pour quoi faire ?

« 8 milliards de dollars en 2018 » : c’est la somme annoncée par Netflix pour financer ses projets originaux. Parmi elles, on retrouve des films, des séries et des animes. La plateforme américaine espère garnir son offre déjà colossale avec de l’animation japonaise.

Aujourd’hui, son influence se ressent de plus en plus. Avec Violet Evergarden et surtout Devilman Crybaby, le public sait maintenant que Netflix compte dans le marché de l’anime. Mais au fond, quelle mouche a piqué Netflix pour investir dans ce secteur ? Comment investit-il ? Et surtout, est-ce que la plateforme enclenche un tournant pour l’industrie ? Analyse.

Pourquoi Netflix se lance dans le marché de l’anime ?

 

Si Netflix commence à se placer dans le marché, c’est à la base pour préparer l’avenir. Parce que Disney va lancer sa propre plateforme de VOD : Disney +. En conséquence, tous les films et séries de la marque de Mickey seront retirés du catalogue de Netflix. Ce qui inclut les classiques Disney, mais aussi les films Pixar, Marvel et Star Wars. Un coup dur pour la firme aux lettres rouges, sans compter que d’autres départs pourraient suivre (20 th Century Fox).

Pour remplacer ces gros départs, Netflix compte sur l’animation japonaise, média que ne diffuse pas Disney. De plus, son service se focaliserait sur un contenu familial. Autant dire que ce ne sera pas sur Disney + qu’on retrouvera Elfen Lied. Cette fenêtre se conjugue à une concurrence plus tendre. En effet, Crunchyroll, du haut de ses 2 millions d’abonnés, n’est rien devant Netflix et ses 190 millions d’abonnés.

Avec un média qui se démocratise d’année en année et un catalogue à combler, Netflix a flairé une opportunité. Celle de s’installer dans un segment où la concurrence existe, mais qui ne tient pas la comparaison. Par conséquent, la marque rouge investit massivement pour asseoir son influence… même si on dirait qu’elle jette son argent par les fenêtres.

Comment Netflix investit (mal) son argent ?

Pour s’établir en référence de l’animation, Netflix investit de trois manières différentes. 

Le rachat massif de vieilles licences

 

Dès sa mise en service au Japon en 2015, Netflix étoffe son offre avec des licences anciennes et qui jouissent d’une belle réputation. Par exemple, on parle de Death Note, Psycho Pass, FMA et Evangelion pour les plus connus. Des animes qui ont fait leur temps et que plus personne ne regarde, hormis les jeunes intéressés ou les vieux nostalgiques.

Alors pourquoi Netflix s’acharne à remettre au goût du jour ces séries ? Au moins, pour trois raisons. Comme dit en début de partie, ces animes possèdent de très bons retours critiques et une renommée conséquente. Ce qui augmente la qualité de l’offre en plus de la remplir.

De plus, les FMA et compagnie se sont terminés depuis des années. Ce qui signifie que Netflix peut les proposer en intégralité et en instantané. Une stratégie en accord avec la plateforme : elle prône la fameuse politique du binge-watching (ou avaler tous les épisodes d’une seule traite).

Même si ce ne sont que des suppositions, on pourrait se demander si Netflix n’a pas racheté ses séries pour des bouchées de pain. Comme ces animes ont fait leur temps, l’attente autour se montre faible comparé à des SAO ou MHA en cours de diffusion. Au lieu d’attendre l’expiration des droits, les simulcasteurs ont vu l’opportunité de toucher un dernier chèque.

Ancienneté, terminé et rentabilité : trois points qui ont fait pencher la balance du côté de Netflix. Et les conséquences de ces rachats massifs se montrent bénéfiques pour ces séries. Avec le nombre hallucinant d’abonnés, Netflix constitue un public de choix pour ces animes réputés. Ceux qui n’ont pas eu la chance de découvrir ces séries le peuvent désormais, offrant une seconde vie à des licences mythiques.

La diffusion exclusive avec des rythmes plus qu’aléatoires

 

Quand un comité de production souhaite qu’un anime soit diffusé en ligne, il passe par une plateforme et c’est là qu’intervient Netflix. En échange d’argent, les américains s’assurent de l’exclusivité. Cependant, ce deal ne convient que pour un seul pays en temps normal. C’est pour cela que Netflix y met en plus le prix s’il veut une diffusion mondiale. Et surtout que les diffusions ne fonctionnent pas de la même manière dans chaque pays.

Pour vous montrer la différence, comment ça marche pour un simulcasteur classique ? Comme son nom l’indique, les simulcasteurs diffusent les épisodes de manière hebdomadaire quelques heures après la diffusion japonaise. Comme les animes passent la nuit, on est assez chanceux parce qu’avec le décalage horaire, on les a le soir.

Du côté de Netflix, cela ne se passe pas du tout comme ça. Au Japon, pour respecter la concurrence avec les chaînes de télévision, les plateformes doivent diffuser les épisodes quelques jours après. Néanmoins, la périodicité reste la même : un épisode sort toutes les semaines.

Un politique que Netflix n’applique pas dans le reste du globe. Ce qui a tendance à irriter les fans quand une série suscite un énorme engouement, car ils devront faire preuve de patience. Autant dire que les rips ont eu le temps de bien fleurir et de satisfaire les fans frustrés. Et encore Netflix a fait bien pire. En 2017, Netflix diffuse Little Witch Academia en juin, soit à la fois de la diffusion. Mais seulement les 13 premiers épisodes : le reste arrivait 2 mois plus tard. Autant dire que ça n’a pas fait plaisir à tout le monde.  

Quand tu dois attendre trois mois supplémentaires (Gotobun no Hanayome, Haruba Negi, Tezuka Prod, 2019)

Les productions originales Netflix : loin des attentes

 

Dernière spécificité du catalogue : les fameuses productions originales Netflix. Et non pas « Netflix Originals », qui peuvent aussi désigner des séries exclusives de la plateforme (cf. celles citées dans la partie précédente).

Comme dit en introduction, la compagnie avait affirmé son envie de multiplier les productions originales, à l’instar des séries de super-héros. Ces projets s’étendent à tous les médias audiovisuels : séries, films et bien sûr anime. Les exemples rassemblent A.I.C.O, B The Beginning et Devilman Crybaby entre autres.

Si Netflix a accéléré la production de contenu original, c’est pour une raison simple : les avantages économiques. Comme les coûts des droits de licence se résument à 0, plus de budget peut servir à la production. Cependant, ce raisonnement de l’économie peut masquer le manque de profits.

Parce que soyons honnêtes, les animes de Netflix déçoivent. Hormis le très populaire Devilman Crybaby, ses pairs croulent dans les tréfonds du catalogue. La faute à un manque de promotion interne et externe. Honnêtement, qui pourrait me sortir le résumé de Swordgai the Animation ? Très peu de gens, je suppose.   

En gros, ça parle d’un forgeron avec un automail qui poursuit un démon. 

En proposant des animes à sa base de millions d’abonnés, Netflix a permis de beaucoup de gens (jeunes souvent) de découvrir ces séries. D’où la naissance de la fameuse « Génération Netflix ». Cependant, le succès semble plus présent quand Netflix n’intervient pas dans le processus créatif.

Ce qui nous ramène à la fameuse question : est-ce que Netflix va changer quelque chose pour l’industrie ? En un mot : non. 

Est-ce que ça profite à l’industrie ?

Un anime en milieu fermé = pas de promotions, noyées dans la masse

 

En réalité, être sur Netflix pose plus d’inconvénients que d’avantages. Comme Netflix est un service payant, cela réduit considérablement le nombre de spectateurs potentiels. Certes 190 millions d’abonnés, c’est pas mal. Mais tous ne regardent pas d’animes contrairement aux abonnés des simulcasteurs et qui peuvent renvoyer leurs amis dans le service.

De plus, la communication autour des titres reste très limitée, voire inexistante. Par exemple, qui était au courant que Naruto Shippuden était sur Netflix ? Pas grand monde à mon avis. Seuls ceux qui en ont entendu parler via le bouche-à-oreille pouvaient être au courant.

Et c’est la même chose pour leurs Originals, qui ne possèdent pas de campagne publicitaire. Les seules exceptions à cette règle restent Devilman Crybaby et Violet Evergarden. Et encore pour le deuxième, c’est KyoAni qui a fait la majorité du travail.  

Donc, si un anime ne possède pas de grands noms dans son staff, il est condamné à végéter dans le catalogue.

Un rôle inexistant dans le comité de production

 

Mais tout ça, cela concerne plus les séries une fois terminées, Que se passe-t-il pour les studios qui les produisent ? Eh bien, pas grand-chose différent de d’habitude parce que Netflix n’est pas dans les comités de production.

Un comité de production est un groupe d’entreprise qui finance un anime. C’est par ce système que tous les animes voient le jour. Une fois les compagnies réunies, elles discutent argent (qui donne combien), droits d’exploitation (qui exploite quoi et comment) et dividendes (qui gagne combien).

Dans ce schéma, les CDP ne contiennent que peu de studios, car ils n’ont pas les moyens d’investir. Par conséquent, ils se contentent d’être des sous-traitants avec un cahier des charges à respecter. Et à cause de cela, les studios peinent à rester rentables, car ils ne touchent que des sommes fixes. Et non pas les revenus de l’anime.

Mais que change Netflix dans tout ça ? Pour être honnête, pas grand-chose dans tous les cas. Quand Netflix acquiert les droits d’acquisition de vieilles séries, elles payent le comité de production. Ce qui ne profite pas du tout au studio.

Quid des partenariats avec certains studios ?

 

Pour les animes que la plateforme produit, c’est un peu différent. Comme Netflix possède l’exclusivité de l’anime, elle peut allouer tout le budget nécessaire à la production. Du coup, les studios peuvent diriger un comité de production voire s’en passer. Ce qui est synonyme de profits pour les studios, en plus de plus de liberté. Parce que les règles de Netflix sont plus souples que la télévision, d’où Devilman Crybaby.

Ceci contient du sang

Mais cela ne s’arrête pas là, puisque Netflix signe des partenariats pour garantir un flux de production continu. En 2019, ce sont Production I.G, Bones, Anima, Sublimation David Production qui collabore avec Netflix. Des studios qui s’enthousiasme de l’opportunité offerte :

« A travers notre partenariat avec Netflix, nous pouvons garantir un minimum de temps pour des challenges audacieux, et livrer du bon contenu régulièrement […] C’est une grande opportunité qui nous met au défi de délivrer un contenu unique pour les fans du monde entier » – Ishikawa Mitsuhisa, Président de Production I.G

« Cet accord nous ouvre des possibilités pour les publics au-delà du Japon… » – Kajita Koji, Président de David Production

Bénéfique à court terme, négligeable à long terme

 

Cependant, est-ce que Netflix peut prendre sous son aile des studios sur le long terme ? Pas sûr, car comme on l’a dit plus haut, les animes Netflix ne rencontrent pas le succès escompté. Un constat que partagent les séries originales Netflix en général. Si la compagnie ne diffuse pas les chiffres, on peut parier qu’ils ne sont pas bons.

De ce fait, on pourrait imaginer que Netflix cesse toute collaboration vu les mauvais résultats. Cependant, ce scénario n’a que peu de chances d’arriver : les animes restent un média très peu mis en avant ailleurs (hormis les simulcasteurs). Un avantage dont Netflix veut toujours profiter.

En revanche, on peut penser que l’entreprise lâche les animes en cours de diffusion pour se concentrer sur les vieilles licences. Une stratégie plus payante, car pas besoin de publicité pour ces œuvres connus de tous. Sans compter que cela laisse les simulcasteurs de faire la promotion des nouveaux animes qui rejoindra le catalogue des années plus tard.

CONCLUSION 

 

Netflix ne cesse d’étendre son influence dans l’industrie de l’animation. En étoffant son catalogue, la plateforme offre une visibilité accrue au média, fort de ses 190 millions d’abonnés. Bien que cela serve à préparer le terrain face à la concurrence, les studios profitent à plein des avantages de Netflix. A savoir un financement raisonnable et une liberté d’expression plus grande. Ce qui attire certains studios qui signent des partenariats.

Cependant, collaborer avec Netflix ne présent pas que des avantages. Comme c’est un service payant, les animes du catalogue sont voués à rester dans l’oubli tant la promotion externe reste limitée. Hormis les vieux classiques, les nouveaux animes peinent à exister tant personne n’en a entendu parler. Hormis ce problème de visibilité, collaborer avec Netflix semble être une option.

Une option parmi d’autres, car Netflix n’est pas la seule entreprise occidentale qui investit dans l’anime. Son grand concurrent, Crunchyroll, participe aux comités de production. Ce qui signifie qu’il possède un pouvoir décisionnel en plus de toucher des revenus. Certes, il ne possède que 2 millions d’abonnés, mais Crunchy semble avoir un nez beaucoup plus creux. En témoigne les succès de Yuru Camp, Yorimoi et Tate no Yuusha. Un exemple dont Netflix devrait s’inspirer, tout comme d’autres compagnies.

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