Où sont les femmes dans l’industrie des animes ?

L'industrie des animes

Lorsqu’on fait un historique de l’animation japonaise, on cite presque toujours les mêmes noms. Tezuka, Miyazaki, Anno et la liste est encore longue. Certes ils ont marqué l’histoire, mais cela nous met en tête que l’animation est un milieu d’hommes. Et c’est pas aidé par le cliché des otakus véhiculés par les animes. Des hommes vers la vingtaine, myopes, gros ou maigres, quasi asociaux et consacrant leurs vies aux animes. Mais comme les mangas, les animes brassent un public large depuis les années 2000 (et même bien avant). De quoi susciter des vocations chez les femmes, bien souvent reléguées au second plan. Alors aujourd’hui, journée internationnale des femmes oblige (au moment où j’écris ces lignes), rendons justice aux femmes dans l’industrie de l’animation japonaise !

Un public qui débarque (enfin) en force

C’est vrai que quand on parle de la place des femmes dans le milieu, il n’y a pas grand-chose à dire. Du moins en apparence. Le fandom nous a déjà prouvé plusieurs fois que les femmes avaient une grande influence sur celui-ci. Déjà, au niveau des ventes. Depuis quelques années, les producteurs ont bien compris que le public féminin avait un pouvoir d’achat. Les exemples les plus parlants sont Sailor Moon Crystal et Cardcaptor Sakura. Séries qui sortent près de 20 ans après leurs séries originales. S’en est suivi une ribambelle de produit dérivées (parfums, chaussures, bijoux). On est d’accord pour dire que c’était une stratégie commerciale, misant la nostalgie.

Exemple avec ce parfum

De manière moins vénale, on peut aussi noter que de plus en plus d’œuvres touchent le public féminin. Sans pourtant leur servir des trucs még. Les plus notables sont les animes de sport, la quintessence de la devise « Amitié, Effort, Victoire » du JUMP, LE magazine pour garçons. On peut citer Kuroko no Basket ou Haikyuu qui auront construit une fanbase qui reste encore assez conséquente et active. En soi, ces oeuvres ne dévient en rien de la devise ci-dessus. Mais ils ont un élément en plus: les relations entre les personnages masculins. Volontaire ou pas, ce zeste de yaoi fait déchaîner les passions des filles du monde entier.   

Ce phénomène est assez récent mais pas au Japon où il a quasiment existé depuis toujours. Pour appuyer mon propos, on va remonter à une époque lointaine: les années 80 – 90. Même si vous n’avez jamais vécu cette ferveur, vous savez que les « mangas » les plus populaires étaient les shonens calibrés JUMP. DBZ, Saint Seiya, Olive et Tom entre autres. Et quelles étaient les œuvres les plus populaires chez les japonaises ? Exactement les mêmes que les petits français adoraient. Oui, le cœur de cible de ces animes sont les jeunes garçons mais le contexte de l’époque permet d’expliquer ce phénomène.

Le début des années 70 marque le renouveau de shoujo, porté par le groupe de l’an 24. A ce moment, le shôjos commençait à être délaissé pour les shônens et les seinens. Pour pallier au manque d’artistes (masculins pour la plupart) dans le domaine, les femmes mangakas commencent à avoir leur place dans les magazines. Mais elles sont assez restreintes dans leurs œuvres, surtout les thèmes abordés qui finissent par tourner en rond.

Mais le groupe de l’an 24 a entrepris de révolutionner le shôjo, en y incluant des thèmes comme l’histoire ou la science-fiction. Très vite, les mangas pour filles (et pour femmes) vont vite retrouver leurs lettres de noblesse. Avec La Rose de Versailles en figure de proue. Fort de ce succès, la scène amateure va vite s’approprier les œuvres populaires du manga. Ainsi naquit les doujins et le yaoi, genre qui ne perdra jamais sa popularité. Pour promouvoir les doujins, le Comiket est créé. Dès la première édition, les femmes étaient au rendez-vous pour les shôjos et surtout les yaois.   

Ce recyclage d’image, c’est scandaleux

Depuis cette époque, la scène amateure n’aura jamais baissé en régime. Entre les années 70 et 2000, seul le Japon connaît ce phénomène avec le Comiket qui est resté comme la plus grosse convention du monde. Il est toujours aussi fréquentée par les femmes (70 % en 2013) et il aura lancé des artistes comme CLAMP. Avec l’arrivée d’Internet, la culture pop japonaise s’est exportée et a rencontré un vif succès, d’abord avec les hommes puis les femmes. Dès lors, je ne pense pas à me tromper en disant que les filles ont beaucoup plus de visibilité sur les réseaux sociaux, cosplayeuses pour la plupart.

LE FUTUR DE L’INDUSTRIE EST FEMININ

De ce milieu de fans, on en arrive finalement à des vocations, car l’animation, c’est une industrie de passionné(e)s.  Et malgré le fait que l’industrie soit vu comme un milieu hyper masculin, il suffit de prendre un générique au hasard et de compter le nombre de mecs qu’il y a. Les femmes arrivent à faire leurs trous dans ce milieu déjà archi concurrenciel.

C’est connu de tous: l’industrie va mal. Le nombre d’animateurs est en baisse tandis que le nombre d’animes augmente. Etre animateur est un métier de galérien. Beaucoup de travail pour très peu de revenus. Pour tenir cette cadence infernale, les studios n’ont pas le choix. Soit ils sous-traitent à l’étranger, soit ils font appel à plus de monde. Sauf que les animateurs expérimentés sont déjà surchargés de travail. Réputation oblige. Du coup, la qualité baisse drastiquement. Bien sûr (et heureusement), tous les animes ne sont pas impactés par cela.

Et pourtant, le vivier de nouveaux talents est loin de se vider. Mieux, il se diversifie: il se féminise en l’occurrence. Et pas qu’un peu: la majorité des jeunes animateurs sont des femmes ! Elles sont préférées à leurs homologues masculins pour deux raisons. La première, c’est l’esprit corporate qu’elles dégagent. En effet, les femmes ont tendance à conserver leurs travaux antérieurs. Conséquence, lors des entretiens, elles peuvent s’appuyer dessus. La seconde, c’est leur polyvalence. Tandis que les hommes tendent à se spécialiser sur un aspect en particulier, leurs homologues sont des touches-à-tout. Pas étonnant que le répartition parmi les embauchés soient de 4 femmes pour 1 homme.  

Quelques grandes figures féminines

Petite, Naoko Yamada recopiait inlassablement les héros de Dragon Ball. Adolescente, elle se décide de se lancer des études d’arts à l’Université de Kyoto. Proche de se lancer dans le cinéma, une annonce de Kyoto Animation va changer sa vie. Le studio recrute et la jeune femme se jette sur l’occasion. Novice en animation, elle est remise à niveau grâce à l’école de la maison.

Ses premiers pas dans l’animation sont somme toutes assez classiques. Intervalliste sur Munto, animatrice-clé sur Air puis directrice d’épisode sur Clannad. Une ascension fulgurante pour la jeune femme, qui se verra attribué sa première réalisation: K-ON. La première saison a son succès mais c’est surtout la seconde saison (toujours réalisé par Yamada) qui va se faire remarquer. S’éloignant très largement du manga originel, l’anime explose les records de vente du studio. Par ce succès, Yamada prend symboliquement le flambeau de l’équipe créative. Statut donné par son maître, Taichi Ishidate, légende du studio qui réalise actuellement Violet Evergarden.

Dès lors, elle va être en première ligne sur les gros projets du studio. Hibike Euphonium est un anime réussi à tous les niveaux: scénaristique, graphique, scénique. Et A Silent Voice est un chef d’oeuvre malgré le fait que Your Name soit sorti au même moment. Pour ces deux productions, la réalisatrice a pu compter sur la nouvelle génération d’animateurs et surtout d’animatrices. KyoAni avait déjà la réputation d’être un studio composé majoritairement de femmes. Mais c’est devenu encore plus vrai maintenant avec Naoko Yamada. Pour elles (et eux), Yamada est une idole qui a su imposer son style. Que cela soit à KyoAni que dans l’industrie. 

Diplômée de l’Université d’Arts d’Aichi, Atsuko Ishizuka n’avait clairement pour vocation l’animation. Ses deux passions étant le dessin et la musique, Ishizuka mêlait les deux dans des clips vidéos. Remarqués, Madhouse l’engage et la place directement dans des hautes positions. Réalisatrice assistante dans Nana, Storyboardeuse dans Monster ou encore Aoi Bungaku Series (dont elle réalisera les 2 derniers épisodes). Sa première réalisation sera Sakurasou no Pet na Kanojo. Série qui se fera remarquer durant cet automne 2012 riche en blockbusters (Fate/Zero, Psycho-Pass, SAO, Shinsekai Yori). Pas mal pour une première. Elle s’est ensuite consacrée à plusieurs autres animes comme Hanayamata et No Game No Life. Malgré son faible nombre de travaux, elle est l’une des seules réalisatrices possédant une identité visuelle dans ses œuvres, très lumineuses et colorées.

A l’instar de ses collègues, Mari Okada n’a aucune formation dans l’animation. Harcelée à l’école et par sa mère, la native de Chichibu se réfugie dans sa chambre, à lire des livres et à jouer à des jeux. Après ses études secondaires, elle s’installe à Tokyo pour suivre des cours d’écriture de scénario. Talent qu’elle a acquis dès le collège en remportant un concours d’essai. (Quand bien même ce n’est pas elle mais son prof qui a soumis le texte). L’entrée sur le marché du travail est difficile. Parce que pour percer dans le milieu de scénaristiques, il faut un réseau. Chose qu’Okada n’a pas et que son anxiété social empêche. Après des années de galère, elle arrivera à trouver son premier anime, DT Eitron réalisé par Tetsuro Amino.

Avec la recommandation d’Amino, Okada va se retrouver dans le staff d’Hanasaku Iroha. L’anime étant un projet original, Okada a pu avoir une grande part de liberté dans le scénario. A la recherche d’idée, elle se tournera vers son passé tumultueux avec sa mère. Qui sera l’inspiration de la mère d’Ohana dans l’anime : une femme égoïste mais avide de liberté. Avec le succès de l’anime, la scénariste s’inspirera de plus en plus de sa vie. Notamment dans Anohana. L’action se passe à Chichibu et Jinta était un enfant reclus. Difficile de ne pas voir la vie d’Okada derrière. Et cela va avoir un effet libérateur pour la trentenaire.

Depuis surnommée « la reine du mélodrame », elle a été charge de Toradora, Anohana, Kiznaiver (bref, sa bio est plus longue que mon bras). Les thèmes abordés dans les animes qu’elle a supervisé sont souvent les mêmes : le passage à l’âge adulte, l’amour. Mais elle le fait avec brio et depuis une dizaine d’années (cf les 3 animes ci-dessus). Depuis, elle s’offre le rôle aussi le rôle de réalisatrice avec son film Maquia.

Comme vous avez pu le voir, la gente féminine a eu beaucoup d’impact sur la pop culture, dont elle reste un pilier incontournable. Dans l’ombre, elle participe à l’expansion de ce média que l’on aime tant. Certes, elles sont plus discrètes mais elles sont nombreuses. Et il va falloir de plus en plus compter sur elles dans les années à venir. Le secteur comptant de plus en plus de postes féminins.

Cependant, leur représentation reste décriée, balançant entre divinisation et misogynie (mais c’est une autre histoire). N’empêche qu’elle continue de se manifester et en nombre. J’aurais pu parler de Yuki Kajiura, Yoko Kanno, les innombrables seiyuus, etc. Si vous voulez que j’aborde en détails ces personnes, dites le moi dans les commentaires ou sur notre page FB. Au final, si ce sont les homme qui sont ses plus grandes figures, ce sont les femmes qui diffusent le mieux le média de l’animation. 

Database d'anime, de seiyuu et d'opening sous forme humaine. Joueur de LLSIF à ses heures perdues. Trouvable sur Twitter (@RequiemForFemto) et MAL (xxxPhantom).

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :