Juger un anime sur une affiche = le cas de Keijo

Critiques 2031

Aucune saison d’anime ne passe sans compter au moins un anime avec le tag ecchi. A tel point que cela fait partie intégrante du paysage « animesque ». C’est bien connu, le sexe, ça fait vendre et l’animation n’échappe pas à la règle. L’apparition des premières oeuvres porno remonte aux années 80 mais les fans les plus dévoués n’ont pas attendu cette période pour faire copuler leurs personnages favoris.

Mais bref, on est pas là pour parler de hentai mais de son petit frère, le ecchi. Il s’agit d’animes/mangas présentant des représentations à connotation sexuelle. La plupart du temps, il s’agit de nudité, des tenues suggestives ou des sous-entendus. De manière générale, il s’agit d’œuvres dans lesquels le fan service (d’ordre sexuel, bien sûr) est prédominant. Leur objectif est d’émoustiller les spectateurs, majoritairement masculins et de les « détendre ». C’est pour cela qu’il s’agit souvent d’un genre couplé à la comédie ou à la romance.

Mais qu’en est-il pour un genre différent des deux cités dessus ? Le sport, par exemple ? Et c’est là qu’intervient Keijo.

Mais de quoi ça parle ?

Keijo est un manga de Daichi Sorayomi en 2013 et adapté en anime par le studio Xebec en 2016. Un anime qui a fait beaucoup de bruit (et pas en bien). Le Keijo est un sport de combat qui se déroule sur une plateforme flottante appelé land. Les coureuses doivent, uniquement avec leurs seins et leurs fesses, pousser leur(s) adversaire(s) dans l’eau ou les mettre à terre.

Nozomi Kaminashi est une jeune fille de 17 ans qui n’a qu’un rêve : devenir coureuse de Keijo. Pour réaliser son objectif, elle entre dans le centre de formation de Setouchi. Où elle y retrouve Sayaka Miyata, sa rivale mais également des connaissances comme Hanabi Kawai ou Mio Kusakabe . Les deux dernières appartiennent à la classe élite de l’établissement. Grâce à leurs résultats, elles paient la moitié de leurs frais scolaires. Rien de plus suffisant pour Nozomi pour les considérer comme ennemis parce que son (vrai) objectif est …   

« Etre la coureuse de Keijo la plus riche du Japon » pour les nuls en anglais

Dans le centre, Nozomi et Sayaka vont faire la rencontre de leurs deux colocataires : Non Toyoguchi et Kazane Aoba. La première est une grosse maladroite tandis que l’autre est très réservé. A elles quatre, elle vont faire leurs armes dans le monde redoutable du Keijo.

MAIS CA PARLE DE FESSES !

La particularité de cette oeuvre est bien entendu son sport fictif : le Keijo. Cette discipline qui met particulièrement en avant les formes féminines. Ce qui lui valu d’être pointé du doigt par ses détracteurs (qui compte Kotaku et Animeland (1/2), quand même). Pourtant et à la surprise générale, les formes des personnages ne sont jamais mises en avant en dehors des matchs. Si on exclut le fait que le concept soit (en soi) du fan service, il n’y en a peu (sauf à de rares occasions) et toujours censuré, même dans la version Blu-Ray.

A première vue, on pourrait croire que c’est un sport de force brute. Cela s’apparente à des matchs de sumo mais avec des filles. Cependant, l’anime va exploiter son concept con au premier abord en expliquant ses enjeux. Le Keijo est un sport dont le pari a été légalisé 10 ans avant le début de l’animé. De ce fait, les coureuses peuvent gagner des millions et des centres sont ouvertes. Dans ces établissements, il est question d’entraînements mais aussi de théorie. Cela permet aux étudiantes de libérer leur potentiel et développer leur style de combat.    

Les combats sont  intéressants pour la plupart car ils ne se contentent pas d’être des bêtes confrontations de force. Il y a tout un aspect stratégique que ce soit avec les lands ou les parades contre les attaques adverses. Mais malheureusement, c’est assez limité et seul le combat de l’épisode 10 est vraiment stratégique. Les autres en contiennent par si par là. 

Enfin, derrière ce côté sérieux, Keijo est un anime avec beaucoup de références. Ces dernières sont surtout dans les noms des attaques mais dans des scènes.

Les 4 superstars 

Mouais, c’est pas gagné

Le récit se focalise sur quatre personnages, qui sont bien développés dans l’ensemble. Passons rapidement sur Non, qui ne possède pas grand chose pour elle, grosse gaffeuse qu’elle est. Hormis ses soft buns (qui sont un running gag), elle n’a pas de grand moment dans la phase de bataille. Il s’agit plus q’un personnage qui agit en support, surtout envers Kazane.

Kazane est la timide du groupe : elle parle très peu et reste souvent dans son coin. Mais elle va petit à petit s’ouvrir, surtout grâce à Nozomi. En effet, elle possède une faculté d’analyse impressionnante. Don qu’elle utilisera pour prendre ses adversaires à défaut lors des combats. Mais également de mettre au point sa database d’attaque. Ce qui fait d’elle une leader de l’ombre, qui n’a certes pas le charisme de Nozomi ni le talent de Sayaka. Mais qui parvient à diriger ses « troupes » de manière efficace : les matchs dans lesquelles elle apparaît sont d’ailleurs les plus intéressants. Kazane est de loin le personnage qui montre le côté « collaboratif » du sport. Tout son personnage est construit dans ce sens et l’exécution est réussie dans l’ensemble. 

Un autre personnage un peu moins bien réussi, c’est Sayaka, qui incarne la tête pensante du groupe. Mais contrairement à Kazane, elle s’épanouit grâce à l’adversité. De constitution menue, elle en profite pour pousser sa vitesse au maximum. Cette idée ne lui est pas venu de nulle part : c’est en observant Rin Rokudou, une élite, que lui vient l’idée de la surpasser. Cette envie de dépasser l’adversaire explique par son passé. Depuis son plus jeune âge, elle s’est entraînée au judo et était promise à un avenir radieux dans sa discipline. Mais c’était avant qu’elle choisisse le Keijo. Nouvelle qui n’est jamais passée auprès de son père. 

Son objectif est double : montrer son statut de sportive de haut niveau et faire accepter sa nouvelle passion à son père. Le premier objectif est rempli sans difficulté. Pour progresser, Sayaka va être celle qui va le plus innover. Chacune de ses confrontations sont uniques et imprévisibles. Elle est capable d’improviser des techniques qui lui sauvent la mise. Par contre, elle sont loin d’être indiscutables, frisant la limite du WTF. On peut pas en dire autant pour le second et pour cause : il arrive à la fin de l’anime. Du coup, la résolution n’est pas satisfaisante alors qu’on vous fait miroiter le problème depuis l’épisode 1. Pourtant, il n’y avait matière à dire : son père pouvant être assimilé à un anti-fan de Keijo, trouvant l’ambiance vulgaire. 

Et Nozomi, dans tout ça !?

Si je n’ai pas parlé de Nozomi dans le paragraphe précédant, c’est que son cas est symptomatique d’un gros problème de l’anime : il va trop vite. En regardant l’anime, on pourrait croire qu’on à faire un personnage de shônen classique : dynamique, pas très doué en cours et un peu con sur les bords. Fille à première vue banale (elle est dans la classe normale), elle se révèle avoir un talent caché dans le Keijo en défonçant ses adversaires. Fort de cette impression, Ujibe-sensei va lui apprendre sa technique signature : la croupe vide. Au final, pas grand chose d’original.

Et pourtant, on ne sait pas grand chose de Nozomi. Sa situation n’est jamais explicité : on devine vaguement qu’elle a des frères et/ou des sœurs. Pareil pour son passé : on dit qu’elle aime le Keijo en voyant une course (plus bateau, tu meurs). Mais sinon, on nous a jamais dit comment Nozomi a rencontré Sayaka ni Mio ni Hanabi. 

Ce mystère aurait pu être réglé très facilement si l’anime ne commençait pas au chapitre 36. Et oui, l’anime se concentre beaucoup plus sur le côté action au détriment du reste. Du coup, des coupes ont été faites : ce qui rend le rythme plus dynamique mais trop rapide. Résultat : le développement de Nozomi en prend un coup.

Parlons du manga

Les 36 premiers chapitres nous apprend beaucoup de choses et nous prouvent (encore une fois) que le Keijo, c’est du serious business. Déjà,

Non, le monde du Keijo n’est pas un milieu EXCLUSIVEMENT féminin

Dans l’anime, il n’y a pas une trace de population masculine. Alors que dans le manga, on voit des mecs et un pas qu’un peu. Ils ne combattent pas mais s’occupent du support technique (maintenance, livraison). C’est ultra secondaire mais ça fait plaisir.

Les filles ne sortent pas de nulle part

Lors de la scène d’exposition, on découvre des filles que l’on va suivre. Elles ont toutes l’air d’avoir 17-18 ans, donc n’ont pas fait grand chose de leur vie. La preuve, leur passé n’est jamais explicité, à l’exception de Sayaka. Le problème, c’est que Sayaka n’est pas la seule à être une sportive de haut niveau. Toutes sont du même accabit. Nozomi est une talentueuse gymnaste. Hanabi Kaiwai a gagné le Koshien, Mio Kusakabe est médaillée olympique (putain de merde). Bref, cela permet de justifier le côté OP des persos et qu’elle sont capable de faire des choses exceptionnelles parce qu’elles le sont de base. Et le mangaka envoie balader le cliché de « l’héroïne nulle qui se découvre un talent de fou ».

Le Keijo est introduit de manière plus subtile

Dans le support papier, les règles du sport sont exposés par quelqu’un à travers un dialogue. Ce dernier nous explique que les participants n’ont pas le droit d’utiliser leurs membres. Du coup, les seules options qui restent, c’est le torse et les fesses. Introduire les choses de cette manière permet de négliger l’aspect « pervers » induit. Contrairement à l’anime, où il s’agit d’une séquence de 3 minutes. Tout ce qu’on en retient, c’est : des mecs trop chauds, des femmes en maillots de bain, des boobs et des culs. Traduction : le public visé, c’est les mecs. Alors qu’en vrai, il s’adresse au tout le monde pour peu qu’il soit un minimum âgé.   

Résultats des courses

Les points choisis précédemment sont parmi d’autres mais cela montre les changements drastiques de l’anime. L’anime se concentre beaucoup plus sur l’aspect spectaculaire. Ce qui importe, ce sont les combats qui sont intenses et plutôt plaisants à suivre. Néanmoins, les parties féminines sont également bien mises en avant et ce dès les premières minutes. Ce qui créé une énorme mépris pour l’anime et le dessert.

Ces choix sont assez discutables quand on se penche sur le manga. Ce dernier prend beaucoup plus son temps pour mettre en place son intrigue et c’est pas plus mal.  Parce que Keijo part d’une idée extrêmement simpliste : faire combattre des filles en maillot. Pourtant, il parvient à rendre crédible ce postulat en le prenant au premier degré. L’univers est très développé et le sport nécessite un minimum de stratégie et de savoir-faire. On pourrait dire que le manga ne prend pas son public pour des débiles. Certes, le fan service reste présent et est même récurrent mais n’entrave pas le scénario. Et non, le manga met en avant les corps féminins mais ne s’y attarde pas plus que ça.

Au final, le ecchi n’est pas un genre condamné à la médiocrité. Mais il est clairement le plus difficile à maîtriser car on peut vite tomber dans le vulgaire. Mais Keijo et d’autres semblent avoir trouvé la clé : prendre les choses sous un angle sérieux. Peu importe le concept, s’il est mis dans un univers construit et cohérent alors c’est une preuve que l’auteur est capable de réfléchir (et le public aussi).     

 

Database d'anime, de seiyuu et d'opening sous forme humaine. Spécialiste en industrie anime/manga. Joueur de LLSIF à ses heures perdues. Trouvable sur Twitter (@RequiemForFemto) et MAL (xxxPhantom).

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