L’incendie de Kyoto Animation : Pourquoi ?

L’incendie de Kyoto Animation : Pourquoi ?

Inimaginable. Cauchemardesque.

Au petit matin du 18 juillet 2019, personne ne s’attendait à être témoin du plus grand drame que l’industrie des animes ait connu. Un terrible incendie ravage le studio Kyoto Animation et fera 35 morts et 34 blessés dont 10 toujours entre la vie et la mort.

Tout un pays et le monde de l’animation sont en deuil et se posent les mêmes questions. Comment le studio Kyoto Animation, employant 70 personnes, a-t-il pu prendre feu ? Qui sont les responsables ? Quelles en seront les conséquences ?

Trois semaines après la catastrophe, nous vous racontons la chronologie d’un événement aussi improbable que dramatique.

Un studio qui monte

1981. Yoko Hatta fonde le studio Kyoto Animation, dans la ville d’Uji près de Kyoto. Elle travailla auparavant comme coloriste au studio Sunrise avant de lancer son entreprise avec son mari, Hideaki Hatta (l’actuel président). Dans un premier temps, KyoAni se cantonne à des tâches subalternes pour d’autres studios.

2003. Kyoto Animation produit son premier anime, un spin-off de Full Metal Panic : Full Metal Panic Fumoffu. Le studio relève le défi et la série rencontre un grand succès. Un an plus tard, Air connaîtra le même destin. Ce qui permis à KyoAni d’établir une réputation parmi les acteurs du milieu.

2006. La Mélancolie de Haruhi Suzumiya rencontre un immense succès au Japon. Cet engouement généralisé permettra de lancer les carrières d’Aya Hirano et Minori Chihara. Mais également la réputation du studio. Kyoto Animation devient très populaire et suivi par les fans nippons. Tout comme Air, KyoAni parviendra à réitérer les succès les années suivantes : Lucky Star, Clannad.

2009. A côté de l’énorme succès de K-ON, le studio lance sa propre maison d’édition. Avec ce département, Kyoto Animation devient indépendant des maisons de production et augmente ses revenus. De plus, ses concours permettent d’attirer de potentiels matériels à adapter. C’est ainsi que Chuunibyou, Kyoukai no Kanata et Phantom World se feront détecter et adapter.

2018. Netflix diffuse Violet Evergarden, la dernière série du studio à ce jour. L’incroyable qualité technique de la série permet d’acquérir au studio d’acquérir une renommée mondiale. Le studio devient ce qu’il se fait de mieux dans cette industrie qui s’effondre. Mixité, conditions de travail, jeunesse talentueuse : KyoAni semblait promis à un destin radieux.

Malheureusement, il sera coupé net dans son élan.

Un incendie meurtrier

18 juillet 2019, 10 h 30 heure japonaise. Une explosion retentit dans le quartier de Fushimi avant qu’un incendie se déclare dans le studio. Les pompiers sont à l’œuvre, et les premières images de l’événement fuitent. Pas de flammes, mais d’immenses nuages de fumée qui s’échappent du bâtiment. Les soldats du feu s’affairent pour secourir les quelque 70 employés du studio. En vain.

Plus les heures passent, plus le bilan s’alourdit. 10 morts, 13 morts, 16 morts, 20 morts…

22 h 24, les pompiers maîtrisent l’incendie et le premier bilan tombe 

33 morts, 36 blessés.

Le monde entier est sous le choc. Le Japon, pays avec l’un des taux de criminalité les plus bas du monde, a assisté à son attaque la plus meurtrière depuis 2016. À cette époque, un homme de 26 ans tua 19 personnes handicapées et en blessa 26 autres.

Dans cet incendie, le studio a perdu bien plus que des employés. Les pertes financières sont considérables. Le bâtiment, en service depuis la fondation du studio en 1985, est ravagé, de même que le matériel. Les flammes ont emporté toutes les archives du studio depuis 2005. Mais également, les projets en cours. Le film Violet Evergarden, les suites de Free, Maid Dragon, Hibike Euphonium. Même si des données ont été récupérées, rien n’indique qu’ils appartiennent à ces animes.

Les flammes sont éteintes depuis longtemps, mais les cœurs eux restent lourds. Sous le choc, le monde entier rend hommage aux victimes et au studio. Les médias japonais et internationaux dédient un reportage. Les fans et les autres studios sur les réseaux sociaux publient leur soutien et leurs condoléances, de même que certains politiciens.

Au-delà de la tristesse, les témoins du monde entier s’interrogent. Comment un tel drame a pu arriver ? Très vite, la peine va laisser place à l’indignation et la colère.

Shinji Aoba

Après l’extinction de l’incendie, les autorités commencent leur enquête et très rapidement, elles écartent l’hypothèse d’un accident. Et pour cause, elles appréhendèrent un individu poursuivi par les employés du studio pendant l’incendie. Lui-même sévèrement brûlé, il sera transporté à l’hôpital et soigné avant son interpellation.

19 juillet 2019. La presse communique le nom du responsable présumé de l’incendie

Shinji Aoba, 41 ans, était déjà connu des services de police. En 2012, il braque un kombini armé d’un couteau. Il sera arrêté par la police le jour même et clamera appartenir à la secte d’Aum, ce qui n’a jamais été confirmé. À la suite du procès, il sera condamné à 3 ans et demi de prison.

Après avoir purgé sa peine, Aoba résidait dans un complexe pour anciens détenus dans la préfecture de Saitama. Ses graves problèmes psychiatriques lui causaient beaucoup de problèmes avec son voisinage, notamment du tapage nocturne.

À l’écriture de ces lignes, le motif d’Aoba pour incendier le studio reste inconnu. Mais d’après la police, le coupable présumé aurait déclaré être victime de plagiat. Un fait immédiatement réfuté par Hideaki Hatta, président de KyoAni, lors d’une conférence de presse.

Cependant, la police retrouve des traces de son roman dans les archives restants de KyoAni. A ce jour, elle cherche à déterminer si Aoba est bien le dépositaire du roman et si ses dires sont fondés ou non. Mais KyoAni se montre confiant dans l’affaire.

” Nous sommes sûrs qu’aucun des travaux de la compagnie ne possède de similarités [avec le roman d’Aoba].”

Daisuke Okeda, avocat de Kyoto Animation

Malgré ses blessures, la police a déjà rédigé un mandat d’arrêt pour incendie volontaire, homicide et tentative d’homicide. Si ces charges sont retenues contre lui et qu’Aoba est déclaré coupable, il risquerait la peine de mort selon l’article 108 du Code pénal.

En effet, la jurisprudence nippone fixe des critères pour l’application de la peine capitale : les critères de Nagayama. Ils comprennent :

  • La nature du crime
  • Le motif
  • Les modalités
  • La gravité, en particulier le nombre de victimes
  • Les sentiments de proches
  • Les conséquences sociales
  • L’âge du criminel
  • Ses antécédents judiciaires
  • Les circonstances après le crime

À chaque fois que les juges ont appliqué la peine capitale, ils ont justifié leur choix grâce à ces critères.

À moins que sa condition mentale ne le sauve de la sanction suprême. En effet, l’article 39 du Code pénal précise qu’un acte de démence ne peut pas être puni. Dans ce cas de figure, Aoba pourrait obtenir une peine diminuée. Voire même, ne pas être condamné du tout.

Cependant, cette hypothèse reste peu probable, car le scénario de la tragédie est bien loin d’être le fruit d’un coup de folie spontané.

L’itinéraire du coupable présumé

15 juillet 2019. Shinji Aoba arrive dans la ville de Kyoto en provenance de Saitama. Des caméras le filment autour du studio et de ses environs. Selon la police, ils pourraient s’agir de rondes de reconnaissance. Il logera dans un hôtel de Kyoto pendant les deux prochains jours.

17 juillet 2019, veille de l’incendie. Deux témoins l’aperçoivent avec deux bidons de 20 litres, un marteau et un briquet posé sur un chariot, probablement achetés dans un magasin d’ameublement. Leurs témoignages seront confirmés par les enregistrements de plusieurs caméras de surveillance, qui retrace l’itinéraire du suspense.

L’itinéraire de Shinji Aoba la veille de l’incendie selon les caméras de surveillance

18 juillet 2019. Aux environs de 10 heures, Aoba remplit ses bidons d’essence dans une station essence à proximité.

10 h 30. Shinji Aoba débarque dans le studio et déverse son essence dans le rez-de-chaussée, avant de l’enflammer. L’ignition du carburant crée une violente explosion et d’intenses flammes, condamnant les entrées.

Reconstitution de l’incendie

Malgré les systèmes de sécurité, les flammes et les fumées envahissent les deux étages supérieurs. Comme le bâtiment ne possédait pas d’escaliers extérieurs, le piège mortel se renferme sur les 31 personnes présentes dans les étages. Pour sauver leurs vies, les employés ne posséderont que deux solutions :

  • Sauter des balcons ou à travers les fenêtres du bâtiment (ce que fera ce survivant)
  • Atteindre le toit, ce que tenteront de faire la majorité des victimes

Malheureusement pour elles, la porte du toit ne s’ouvrira pas. En quelques minutes, elles décéderont d’asphyxie, due au monoxyde de carbone libéré par la combustion. Ce ne sera pas moins de 19 personnes qui seront retrouvées par les pompiers.

Bien que l’explosion fût violente, Aoba parvient à sortir du studio. Cependant, il sera vite rattrapé par la police dans le jardin d’une résidence privée. À proximité, elle retrouvera le matériel utilisé par Aoba : les bidons, le chariot et les armes blanches non utilisées.

Lendemains pluvieux

Si le scénario du drame s’élucide petit à petit et que les éléments contre Aoba se rassemblent, beaucoup de questions émergent concernant le futur de Kyoto Animation.

En premier lieu, que vont devenir les survivants de l’incendie ?

Pour le moment, ils n’ont ni les capacités, ni le cœur, ni les projets pour reprendre leur poste dans les mois qui viennent.

De plus, rien n’indique qu’ils voudront faire de l’animation à nouveau. En effet, les séquelles psychologiques risquent de durer très longtemps voire de ne jamais disparaître.

Si jamais, ils arrivent à dépasser ce traumatisme, où vont-ils être affectés ? Kyoto Animation va-t-il les libérer de leurs contrats ? Le second studio se situe à quelques kilomètres, mais encore, rien ne permet d’affirmer qu’il pourra les accueillir.

Enfin, à quel point les victimes de l’incendie manqueront ? En plusieurs années, le studio a réussi à former et attirer des grands talents, qui font son succès. Ils ne sont désormais plus pour la plupart et leurs absences pèseront lourds. À la fois, dans les têtes et dans les œuvres.

Après le facteur humain, que va devenir la bâtisse incendiée ?

Hideaki Hatta envisage sa démolition. À la place, un parc ainsi qu’un monument aux victimes seraient construits. Si tel est le cas, l’emplacement de l’éventuel nouveau studio reste inconnu.

Enfin, Kyoto Animation sera-t-il capable de se relever ?

Après avoir tout perdu dans l’incendie, son futur économique devient incertain. Le studio ne pourra pas toucher de nouveaux revenus pour compenser les travaux longs et coûteux perdus dans l’incendie. Sans lieu de travail, les employés resteraient sur le carreau après leur rémission. Une période d’inactivité qui pourrait devenir très chère à long terme.

Lendemains radieux

Malgré les morts et les pertes, des signes d’espoir se manifestent. Même si le studio principal a été détruit, la compagnie possède toujours un second studio, situé à quelques kilomètres. Ce second studio pourrait reprendre en partie les projets prévus.

Très vite après l’incendie, un soutien sans précédent pour un studio d’animation s’est mis en place. Les messages de soutiens pleuvent du monde entier. Les médias étrangers consacrent leurs Unes : Le Monde, BBC, Time, New York Times, Courrier International, etc. Tous relaient la catastrophe, mais également ce qui rend le studio exceptionnel. 

Sentai Filmworks fut l’un des premiers à lancer une cagnotte pour le studio. À l’écriture de ces lignes, elle a déjà réuni 2,3 millions de dollars pour 70 000 contributeurs.

La chaîne de magasins spécialisés Animate a mis en place des points de collecte dans tous ses points de vente (2 millions d’euros). Une semaine après l’incendie, Kyoto Animation ouvra un compte pour recevoir des donations. Au total, le studio a déjà reçu 15 millions d’euros.

Avec ce drame sans précédent, une ère se termine pour Kyoto Animation. Malgré les pertes, il pourront compter sur un soutien mondial et infaillible des fans d’animes pour sa reconstruction. Tous n’attendent qu’une chose : que KyoAni revienne plus grand, plus beau, plus fort !

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