Pourquoi Kyoto Animation est le meilleur studio d’animation japonais ?

How to Anime 467
kyoto animation logo

kyoto animation logo

Il y a quelque temps, j’avais un sondage sur votre studio d’animation préféré. Et, sans surprise, le grand vainqueur est Ghibli avec 25 % des voix. Suivent Madhouse, A1 Pictures et Kyoto Animation. Et ça tombe bien que le dernier soit cité, parce qu’il s’agit de mon studio préféré. Presque toutes ses oeuvres m’ont convaincu. Les plus notables étant Hibike Euphonium, Maid Dragon et K-ON. C’est pourquoi je vais vous expliquer pourquoi Kyoto Animation est le meilleur studio du moment.

ATTENTION : l’article se focalise surtout sur le fonctionnement de KyoAni et pourquoi il est le plus efficace dans une période où la précarité des studios grandit dangereusement. Il y a certes du jugement d’oeuvres vers la fin mais ce n’est pas le coeur de l’article.  

« Je connais pas Kyoto Animation. Il a fait quoi, comme anime ? «  

Kyoto Animation (ou KyoAni) est un studio d’animation basé à Kyoto non sans blague depuis 1985. Ses créateurs sont Hideaki et Yoko Hatta. Un couple dont la mariée a travaillé comme coloriste à Sunrise avant de lancer son entreprise avec l’aide de son mari. D’ailleurs, le studio va au départ être un studio affilié aux tâches auxiliaires : colorisation, dessins intermédiaires pour le compte d’autres studios. 

kyoani main office

Le bureau principal (assez austère) de KyoAni

En 2003, l’éditeur Kadokawa cherche un studio pour relancer sa licence Full Metal Panic avec un spin-off, Full Metal Panic Fumoffu. Au lieu de refaire appel à Gonzo (studio responsable de FMP), Kadokawa accorde l’adaptation à KyoAni. Décalé et très drôle, l’anime est un bijou d’humour absurde et remporte un grand succès. Au point que Kyoto Animation sera responsable de la seconde saison de l’histoire officielle, sobrement appelé FMP: The Second Raid.

Fort de ce succès, Kyoto Animation va se faire approcher par la chaîne de télé TBS en 2004. Le projet proposé est l’adaptation d’Air, un VN produit par Key. Sans surprise, l’anime est encore une fois un succès et pour toutes les parties. Air a permis la reconnaissance de Kyoto Animation en tant que studio en vue. Tandis que les VN vont avoir une plus grande visibilité, surtout à une époque où les performances graphiques des ordis étaient à la ramasse. Ce qui, à terme, engendra une augmentation du nombre d’adaptation de VN.

Kanon anime vn

Comparaison entre le VN (en haut) et l’anime (en bas) de Kanon

Pendant 5 longues années, le trio Kyoto Animation-Kadokawa-TBS va rapidement faire l’unanimité auprès des fans. Kadokawa confiera l’adaptation de ses meilleures oeuvres les plus hypés. Comme les (extrêmement) populaires Haruhi Suzumiya et Lucky Star, qui fait exploser les records de ventes de l’époque et pas qu’au Japon. Tandis que TBS va diffuser les oeuvres de Key, qui est devenu la référence en terme de VNs de qualité. Air, Kanon et Clannad ont fait pleurer beaucoup de monde. 

Et malgré la dissolution du trio magique vers la fin des années 2000, Kyoto Animation a continué de cette manière. Enchaînant les succès moins retentissants mais tout aussi régulier. Comme Hyouka, Free et Hibike Euphonium. Mais également quelques casseroles : Fractale, Tamako Market, Phantom World entre autres.

« OK, Femto, c’est bien de sortir des animes de qualité. Mais s’ils rapportent rien, Kyoto Animation n’aurait jamais sa hype actuelle. On veut des chiffres ! »

Il y a assez longtemps,  j’avais écrit un article sur comment estimer (très grossièrement) les revenus d’un anime. Dans celui-ci, la méthode repose sur le nombre de Blu-Rays moyens vendus. Grosso modo, avec quelques approximations, on peut dire qu’à partir de 10 000 unités vendus en moyenne, l’anime est considéré comme un succès. Mais ceci est à prendre avec des grosses pincettes. Car encore une fois, cela ne prend pas en compte pleins de sources de revenus possibles. Mais vu que ce sont les seuls chiffres que l’on a, faudra s’en contenter.

Dans ce domaine, c’est bien simple : Kyoto Animation possède le meilleur ratio d’anime à succès parmi tous ses concurrents. Sur les 25 animes sortis par le studio, 18 ont réussi à passer la fameuse barre des 10 000. Soit un ratio de 72 %. Du jamais vu pour un studio, surtout que les deux suivants sont loin derrière. A savoir A1 Pictures et Sunrise (avec 25 % et 22 %). Pour expliquer ce résultat, on peut se pencher sur le nombre d’anime, extrêmement faible pour un studio aussi vieux. En comparaison, A1 et Sunrise ont sorti 77 et 83 animes depuis 2000. Soit 6 et 4 animes par an pour 1 anime de KyoAni. Et contrairement à ce que vous pourriez penser, ce n’est absolument pas par manque de moyen. 

« Mais alors, comment font-ils pour gagner autant d’argent ? »

Kyoto Animation a mis en place un modèle unique dans le milieu. Habituellement, le studio ne possède qu’un rôle de supervision. Certes, il fabrique des dessins pour les épisodes. Mais la grosse majorité du travail est réalisé par des animateurs freelance. Soit des auto-entrepreneurs qui sont sous contrat avec le studio. Pour cette dernière, l’avantage est double. La première est que cela coûte beaucoup moins cher que si c’était fait par un salarié. Exit les charges sociales et le salaire. Ensuite, la seconde est que cela permet de tenir le rythme. En effet, la production d’anime est un processus effréné et qui prend de plus en plus d’ampleur. Depuis ces dernières années, le nombre d’animes diffusés a littéralement explosé. Avoir plus de bras est donc vital pour que la machine continue de tourner. 

Le problème, c’est que des bras, il n’y en a pas des masses. Etre animateur ne fait pas rêver et depuis très longtemps. Les conditions de travail sont très rudes : beaucoup de travail à faire en très peu de temps. Le tout pour un misérable revenus de 2 balles par dessin fait. Résultats : peu de nouvelles recrues alors que le travail s’accumule. Les animateurs doivent alors s’impliquer dans plusieurs animes à la fois. Ils sont obligés de livrer plusieurs épisodes par semaines. Ce qui engendre de la fatigue et du stress, qui se répercute sur le rendu final.

dbs episode 5

Exemple non contractuel

Chez le studio kyotoïte, les animateurs (et pas qu’eux) sont particulièrement chouchoutés. Le travail y est majoritairement de nature salariale. De la direction à la production, tout se déroule dans la (plus si petite) enceinte du studio. Ce qui améliore la communication puisque tous les collaborateurs sont sous le même toit. Ainsi que le stress avec la sécurité du revenu fixe et le nombre assez faible de production. L’équipe peut alors pleinement se focaliser sur chaque projet sans se tracasser de quoi que ce soit. 

Pour rester dans le personnel, la majorité n’a pas eu besoin de se déplacer très loin pour venir à Kyoto Animation. Parce que les animateurs, producteurs et réalisateurs ont été formés par l’école de Kyoto Animation. Fait unique dans l’industrie. L’établissement est une école privée accessible directement après le lycée via un concours. Basé sur un cursus de 1 ou 2 ans, les élèves y apprennent à dessiner mais aussi à utiliser les outils numériques, les effets spéciaux, les décors entre autres. Et pour assurer les cours, pas besoin de chercher les professionnels à Tokyo quand on les a 500 mètres à tout péter. Les futurs diplômés sont ainsi assurés d’avoir une place au studio. Mais avec l’énorme avantage de connaître les valeurs du studio et les méthodes de travail.

Cette sélection garantit également la conservation des potentiels talents, qui n’ont aucun intérêt à aller voir ailleurs. Parmi les grands noms qui ont fréquenté ou enseigné à l’école, on pourrait citer Naoko Yamada (Koe no Katachi, Hibike Euphonium) et Tatsuya Ishihara (Air, Kanon, Clannad). Au final, Kyoto Animation se retrouve avec une pelletée de talents qu’il entretient soigneusement. Ce qui est l’une des possibles raisons pour laquelle KyoAni possède une qualité supérieure par rapport à la concurrence.

haruhi suzumiya staff

Le staff d’Haruhi Suzumiya (avec 1/Naoko Yamada, 2/Taichi Ishidate et 3/Yukata Yamamoto)

« Merci de nous dire que travailler à KyoAni, c’est le paradis. Mais t’as répondu à ma question… »

Quittons le côté humain pour le côté plus corporate. Encore une fois, pour comprendre en quoi KyoAni se distingue du reste, un rappel est nécessaire. Tous les animes sont financés par un comité de production monté pour l’occasion. Il s’agit d’un regroupement d’entreprises qui engage des fonds et le matériel nécessaire pour la production de l’anime. Par exemple, pour une adaptation de LN, l’éditeur la licence, le studio les moyens humains, la chaîne de télé la pub et l’horaire etc. Au final, les revenus générés vont être redistribués au comité. Généralement, l’éditeur touche le plus gros morceau étant donné qu’il est propriétaire de la licence et est à la tête du comité. Tandis que les studios ramasse les miettes car il ne sont que des sous-traitants.

On se retrouve alors avec des éditeurs (presque) toujours gagnants. Car même si l’anime est un échec, la hausse des ventes du matériau de base pourront le compenser. Alors que les studios sont ultra dépendants du succès des animes qu’ils produisent. Trop d’échecs successifs et c’est la clé sous la porte. Et le pire, c’est que ce n’est pas (entièrement) de leur faute. Parce qu’ils ne choisissent pas les animes qu’ils produisent (sous-traitance oblige). Ils ne font qu’accepter les projets qui viennent et puis, adviendra que pourra.

Vers la fin des années 2000, Kyoto Animation a décidé de lancer son propre canal d’édition. Court-circuitant le système traditionnel en créant un cercle fermé : l’éditeur KyoAni donne du travail au studio KyoAni. Les avantages sont ainsi triples. Déjà, prendre la tête du comité permet une production qui puisse s’adapter aux moyens humains, financiers et matériels. Ensuite, cela permet des revenus supplémentaires non négligeables. Non seulement de la part des livres, mais aussi et surtout des adaptations qui en découlent. Car on en revient à ce qui a été dit précédemment : Kyoto Animation, chef du comité, ramasse les revenus des disques et des livres.

Enfin, il n’y a pas besoin d’aller chercher très loin ses futures adaptations. Pour décider quels LN auront la chance d’avoir un anime, la maison d’édition organise un concours annuel de LN. Ce concours est ouvert à tous, donc y compris aux oeuvres non éditées par KyoAni. Et le niveau exigé par Kyoto Animation est à la hauteur de la qualité de leurs animes : très élevé. Depuis la création du concours en 2009, une seule oeuvre a remporté un Grand Prix, la distinction suprême: Violet Evergarden, déjà promis au succès. Sinon, seules des mentions honorables ont été distribués. Parmi eux, Chuunibyou Demo Koi ga Shitai, Kyoukai no Kanata ou Musaigen no Phantom Lord. Et faute de mieux, ils ont été adaptés pour un résultat … mitigé. La communauté a émis des gros doutes face au studio, qui aurait baissé d’un cran.

 

Pour celles et ceux qui l’auraient toujours pas vu

« De toute façon, ils sont surcôtés. Les meilleurs, c’est Trigger et ufotable. Leurs animes sont trop épiques. »

On touche ici au plus gros griefs des détracteurs de KyoAni : le manque apparent d’ambition. Tout comme Sunrise avec le mecha, Kyoto Animation possède son genre de prédilection : la tranche de vie. Genre dans lequel on suit la vie quotidienne des personnages : leurs joies, leurs galères, leurs succès. On est bien loin des séries avec des thématiques profondes et des scénarios spectaculaires. Pas de robots géants ni de monde à sauver ni de batailles sanglantes. Et c’est très bien comme ça. Parce que même si c’est très simple, ça fonctionne. On s’attache à ses personnages, on est heureux avec eux, on est triste avec eux. 

Le secret ? La mise en scène, qui prédomine sur tout le reste. Chez KyoAni, le langage cinématographique occupe une grande place dans ses animes. Beaucoup de messages passent implicitement par des angles de caméra, des lumières, le montage. Ce qui à première vue fait que les animes ne racontent rien étant donné que les dialogues sont contente du minimum. Et c’est pas plus mal parce que ce sont les détails qui racontent le reste. La chanson d’Haruhi, l’après dernier concert dans K-ON, la « scène du doigt » d’Eupho sont des scènes encore gravés dans les mémoires. Car elles sont construites de telle manière à ce qu’on comprenne les sentiments des personnages. Au lieu qu’un personnage dise « J’ai peur », l’image se focalisera sur les tremblements et les regards fuyants de celui-ci. En nous laissant faire les liens, KyoAni demande une grande implication des spectateurs.

Kousaka reina episode 5

Regardez la classe énorme de Reina !

Kyoto Animation sera un studio qui rentra dans l’Histoire. Non seulement parce qu’il a apporté la mode du moe et du fan service masculin. Mais qu’il propose une philosophie loin d’être nouvelle : faire de la qualité plutôt que de la quantité. Avec 1 ou 2 projets bien aboutis par an, KyoAni rapporte autant d’argent (voire plus) que d’autres avec 2 fois plus de travaux. Tout ça grâce à sa politique de contrôle totale de la production. Des choix des adaptations de son canal d’édition aux animateurs formés dans leur école. Une mainmise qui permet d’avoir le moins de mauvaises surprises possibles. Pas de retards ni de stress avec la proximité du staff et comités assurant des revenus conséquents pour KyoAni.

Voilà la recette de sa pérennité qui a été conservée même après l’explosion du studio. En effet, KyoAni n’est pas tombé dans la tentation de multiplier les projets. Modèle tellement efficace qu’il est repris par d’autres studios comme Trigger. Et dehors de ça, Kyoto Animation, comme Shaft, possède une identité propre. Une attention aux détails qui magnifie les tranches de vie, qu’ils adaptent à leur sauce. Une manière de raconter des histoires banales de la part d’un studio qui l’est beaucoup moins. 

Database d'anime, de seiyuu et d'opening sous forme humaine. Spécialiste en industrie anime/manga. Joueur de LLSIF à ses heures perdues. Trouvable sur Twitter (@RequiemForFemto) et MAL (xxxPhantom).

Laisser un commentaire