2 livres A LIRE pour briller dans le fandom et le comprendre

Depuis quelques temps, je me suis mis à lire des livres. Mais pas des mangas, non. Des « vrais » livres qui parlent de développement personnel mais surtout d’anime et de manga. Avant, je me disais :

Pourquoi j’irai ACHETER des livres papier (ou des e-books) alors que je peux tout trouver avec Google ?

Et aujourd’hui, je réalise mon erreur. Parce que ces essais rengorgent d’informations introuvables dans tout l’Internet. Et j’ai essayé, je vous le jure. Parce que ces textes sont écrits par des habitués de la publication. Pour la plupart, ce sont des thésards, des docteurs ou des spécialistes qui ont un œil aiguisé sur notre fandom. Et quand on a l’habitude de voir des youtubers sortir des conneries astronomiques, ça fait un bien fou !

Alors, je ne vais présenter tous les ouvrages que j’ai lu : certains étaient vraiment mauvais et je serais incapable de tous les résumer. Cependant, les livres que je vais présenter sont les plus intéressants. Et surtout, ils m’ont inspiré l’écriture de plusieurs articles. Préparez-vous à une plongée dans les deux meilleurs livres sur le fandom otaku.

[DISCLAIMER : L’article contient des liens affiliés (ceux en gras). Ce qui signifie que si vous achetez le livre, Japan Vrac touchera une petite commission. Nous ne sommes pas sponsorisés pour cet article : pas d’achats = pas de sous]      

Génération otaku : Les enfants de la postmodernité d’Azuma Hiroki

Présentation générale

Dōbutsuka suru Postmodern. Otaku kara mita Nihonshakai est un livre de Azuma Hiroki paru en 2001. Il a eu le droit à une version française en 2008, sous le nom de Génération Otaku : les enfants de la postmodernité en 2008. Dans les études sociologiques, ce livre est très souvent cité car il est pionnier dans l’étude du fandom otaku.

Mais de quoi parle Génération Otaku ? Ce best-seller propose une analyse de la culture otaku. Mais une analyse à la zob comme on peut en voir à la télé. Parce que déjà, c’est un livre et puis, il est écrit par quelqu’un qui connaît son sujet.

Azuma Hiroki possède un doctorat en études culturelles, qu’il a obtenu en 1999 à la Todai, l’université la plus prestigieuse du Japon. Dans les années 1990, suite au mouvement artistique Superflat, il commence à s’intéresser à la culture populaire. Notamment otaku, qui a explosé après le carton intersidéral d’Evangelion. D’où la naissance de Génération Otaku.

Par conséquent, Génération Otaku analyse le fonctionnement de cette culture. Quelque chose que personne n’avait fait à l’époque, car elle était très mal perçue. Après l’affaire de l’otaku tueur, l’opinion publique les traitaient comme des malades mentaux.

En plus de rester collés devant l’ordinateur, sans parler à personne. Ils ne sortent presque jamais et si c’est le cas, c’est pour aller à Akihabara, le quartier des otakus. En gros, les otakus sont des branleurs qui n’apportent rien à la société. Des clichés qui continuent de nous mener la vie dure.

De quoi ça parle ?

La culture otaku, témoignage d’une évolution sociale

 

C’est pourtant la première idée qu’Azuma va démonter dans le premier chapitre. NON, LES OTAKUS NE SONT PAS TOUS DES ASOCIAUX (et le verra bientôt #teaser). Certes, ils sont souvent seuls devant un PC mais ce n’est pas pour autant qu’ils n’interagissent avec personne. Grâce à l’Internet naissant, ils ont pu rencontrer (virtuellement) d’autres fans comme eux. D’où la naissance du terme otaku (écrit オタク), basé sur la tournure formelle de s’adresser à son interlocuteur.

L’apparition de ce phénomène coïncide également avec une évolution de la société nippone. Au moment de la création du mot otaku en 1983, le Japon traversait une grave crise économique. Les marchés s’effondrent et le chômage augmente, des événements qui font déprimer la population. Une dépression si intense que le modèle du salaryman et de la femme au foyer va s’effondrer. C’est la chute des grands récits : les valeurs traditionnelles deviennent ringardes et obsolètes. Travailler 70 h par semaine et être une épouse modèle ne fait plus rêver.

Quand la fiction remplace les parents et l’école

 

Et les premiers qui contribuent à ce changement, c’est la jeunesse. Pour remplacer ces valeurs désuètes, certains jeunes vont se tourner vers la fiction pour se forger leur propre identité. Pour eux, ces « non grands récits » deviennent leur idéologie avec laquelle il pense tous les jours. A tel point qu’ils en oublient que c’est de la fiction à la base. Et ces jeunes, on les nommera otakus.

Pour dénicher ces valeurs, les spectateurs/ lecteurs ont appris à décortiquer les œuvres qu’ils regardaient. Autrement dit, leur grille de lecture a évolué. Désormais, il n’est plus nécessaire de créer des œuvres profondes et très recherchés. Au contraire, elles doivent être simples mais pas dénuées de propos. Du coup, le nombre de séries a explosé et pour attirer les spectateurs/lecteurs, les auteurs ont dû ajouter des éléments d’attractions, que l’on nomme vulgairement fanservice.

Ces éléments sont des lieux communs très utilisés dans la culture otaku, constituant un véritable jargon. Comme par exemple, shônen, tsundere, mecha : des termes qui définissent à eux-seuls une œuvre ou un personnage. Pour créer une œuvre, les auteurs n’ont qu’à piocher dans une base de données qui compile tous ces clichés. Une manière de faire que j’ai déjà détaillé. Une base qui compose à la fois un espace public de création et de culture.

Le Japon, (encore une fois) précurseur d’un phénomène mondial

 

Et le plus fou dans cette analyse, c’est que cette chute des grands récits affecte désormais la jeunesse occidentale. Car vos parents vous auront déjà dit que pour vous réussir votre vie, il faut :

  • Travailler à l’école pour avoir un bon diplôme,
  • Décrocher un CDI,
  • Fonder une famille.

Mais aujourd’hui, ce chemin de vie ne fait plus tellement envie. Les jeunes d’aujourd’hui rêvent de liberté : avoir le choix de leur propre destin et le réclamer haut et fort. Ce qui explique le désamour grandissant de l’école car elle les enferme dans une vie qu’ils ne souhaitent plus subir.

Par conséquent, les jeunes se tournent vers la fiction pour combler les trous laissés par l’éducation nationale. Ces œuvres de fiction qui finissent par devenir la base de leur développement. Et pour l’exemple. Qui, parmi vous, ont découvert les notions d’acceptation de soi et des autres, d’effort, de persévérance dans les shônens ? Je ne vous vois pas, mais je pense que beaucoup approuveront.  

Ce n’était qu’un bref aperçu de Génération Otaku, mais vous voyez pourquoi cet essai est devenu best-seller. Pour une sortie en 2001, Azuma a eu le nez particulièrement creux sur l’évolution de culture otaku. Preuve que son travail d’analyse reste d’actualité et d’une grande pertinence. En lisant ce livre, vous allez enfin apprendre marche le fandom otaku. Malgré un dernier chapitre moyen et des discussions très complexes par moment, foncez sur ce livre.

Beautiful fighting girl de Saito Tamaki

Présentation générale

 

Pour le second ouvrage, il s’agit d’un essai qui parle d’un type de personnage que l’on rencontre dans les animes. Ces jeunes filles mignonnes qui prennent les armes pour se battre. Des personnages que Saito Tamaki appellera Beautiful Fighting Girl, le titre de son livre paru en 2000. Et traduit en anglais en 2011.

Contrairement à Azuma plus porté sur la philosophie, Saito analyse ce phénomène otaku avec des yeux de médecin. Lui qui est psychologue spécialisé dans l’adolescence et la puberté. Dans les années 1990, il commença à s’intéresser au phénomène otaku. La population ne s’était pas remise de l’affaire de l’otaku tueur, qui est pédophile, cannibale et nécrophile. Bien que ce fût un cas extrême, cela montre qu’il est possible d’éprouver de l’attirance envers des personnages fictionnels mignons, innocent et juvénile. 

Avec Beautiful Fighting Girls, Saito se propose d’étudier la sexualité des otakus. Comment et pourquoi sont-ils charmés par ces personnages qui n’existent pas ? Et pourquoi tout particulièrement les filles qui se battent ? Pour se faire, Saito va reposer sur son expertise en psychiatrie pour dresser le phénomène. Ce qui rend difficile à aborder l’ouvrage, bourré de jargon et en anglais, qui plus est. 

De quoi ça parle ?

Les otakus sont des malades ?

 

Déjà, est-ce que ce comportement est déviant ? Car aimer des personnages fictionnels, c’est une chose. Mais de là à les épouser pour certains, c’est sûr que ça fait de l’effet pour le grand public. Qui, au mieux, sont surpris ou au pire, deviennent hystérique. En effet, comment être attiré par des personnages qui n’existent pas ? 

Pour Saito, ce comportement s’explique très simplement : l’asymétrie du désir. En clair, ce qu’on aime en fiction peut ne pas nous attirer dans le monde réel. Le psychiatre va prendre en exemple le cas des maids, représentés comme des femmes dépendantes de leur maître. Ce qui suscite les fantasmes de certains. Mais si ces femmes étaient des vraies domestiques, le fantasme volerait en éclats.

Et c’est la raison de la popularité de personnages féminins : elles ne sont pas réelles et n’ont jamais cherché à le devenir. Que cela soit au niveau du physique et du caractère, tout est fait pour satisfaire l’otaku. Et tant pis pour le réalisme.

Quand le désir envers un personnage est suffisamment fort, elle devient réelle. Ou du moins, on la considère comme telle. Parce que le désir sexuel est l’un des plus forts chez les humains, très loin devant celui du pouvoir et de l’argent. Quand vous êtes riche dans un jeu, vous n’allez pas vous lancer dans des montages financiers. Alors que devant du porno, il est probable que vous soyez un peu jaloux (ou jalouse).

A cause de notre désir, on voit les personnages comme des humains réels. Mais alors, pourquoi les filles qui se battent attire plus que les autres archétypes ? 

L’exemple de Henry Darger

 

Pour expliquer ce phénomène, Saito s’appuie sur la vie d’Henry Darger. Darger était un artiste ayant vécu entre 1892 et 1973. Et le moins que l’on puisse dire : c’est que son œuvre principale fut celle de toute sa vie. Puisqu’entre ses 24 ans et sa mort, il a travaillé sur un ouvrage qui se nomme The Vivian Girls.

Cette histoire raconte les aventures de sept pieuses jeunes filles qui cherchent à se libérer des méchants adultes. (Vous avez dit Promised Neverland ?). Un récit assez simpliste qui possède deux particularités. La première, c’est sa longueur. Vous pensez que les romans Game of Thrones étaient longs ? Attendez de voir Vivian Girls et ses PLUS DE 15 000 PAGES. Le tout entrecoupés par 300 peintures et collages. Selon McGregor, qui a découvert l’œuvre, il faudrait tout scanner sur un CD pour pouvoir le publier.

Et la seconde concerne les personnages. Les Vivians sont des petites filles blondes et très croyantes. Une innocence mise en avant par leur nudité. Bien qu’aujourd’hui, on interprète ça différemment #lolicon. Ce qui contraste avec l’extrême violence du récit, où les filles sont torturées à de multiples de reprises. Attendez … j’ai dit petites filles ? Alors qu’elles ont des pénis …

L’émergence des filles phalliques

Ces filles munies de pénis vont inspirer la théorie des BFG à Saito. Un pénis symbolique qui représente la force et la perfection. BFG qu’il va renommer filles phalliques et qu’il va comparer avec les personnages féminins occidentaux. Car en Occident, les femmes qui se battent sont adultes, déterminés, fortes voire viriles. Tandis qu’au Japon, ces filles sont des adolescentes mignonnes et faiblardes.

Une différence qui influence les développements de ces personnages. Dans le premier cas, la femme forte possède un trauma, qu’elle va devoir régler. Ce qui constitue son objectif autour duquel se construit le récit. Par exemple, Kushana dans Nausicaä, qui cherche à exterminer les ohmu après un viol. Pour atteindre son but, Kushana devient une combattante hors-pair et bourrue.

[kushana]

Alors que Nausicaä est la fille fragile n’a jamais rien demandé à personne. C’est à croire que les évènements lui tombent dessus par hasard. Tellement elle semble dépassée par ces derniers. En conséquence, la fille fragile n’a pas d’objectifs. Ce qui rend son existence vaine et le personnage vide.

Donc, pourquoi ses filles décident de se battre, alors que c’est pour du vent ? Si pour la femme forte, c’est pour réaliser un objectif. Pour une fille faible, c’est pour montrer son existence, sa raison d’être. La condition indispensable pour qu’un personnage ait du sens dans n’importe quelle intrigue.

Une existence dénuée de sens que les fans vont lui donner. Car l’absence d’objectifs permet aux fans d’avoir une grande liberté d’interprétation. Ils peuvent lui accoler n’importe quel objectif ou … fantasme. Ce qui la rend parfaite à un grand nombre de personnes, bien qu’elles en aient une vision différente. Et comme le désir ignore la différence entre le réel et le fictionnel, il finit par exister (symboliquement). D’ailleurs, Saito résume tout ça dans une simple équation

Attirance = Questionnement sur le personnage = Fantasme = Perfection = Existence

Conclusion

 

Et c’est sur cette belle phrase que l’article va se conclure. Alors que peut-on en retirer de ces ouvrages ? Eh bien, que le fandom otaku suscite beaucoup d’émules, Que cela soit en mal avec la flopée de bad buzz qu’il a eu. Ou en bien, avec ses millions de membres du monde entier. Et au milieu, on retrouve des observateurs. Des personnes qui analysent ce phénomène.

Ce qui montre que la culture otaku possède un réel intérêt. En témoigne les ouvrages et autres thèses sur le sujet. Parce que la culture otaku est passée de phénomène de niche à phénomène de masse, tout en gardant ses singularités.

Née avec l’explosion d’Internet, les otakus ont possédé cette espace et ont imposé leurs propres règles. Un lieu dans lequel la fiction a pris le rôle de l’école, à savoir inculquer des valeurs. Des valeurs qui vont suivre ces personnes toute leur vie. Pour reconnaître ses valeurs, les œuvres sont décortiquées en clichés, puis réassemblées pour donner naissance à de nouveaux récits. Tel une recette de cuisine avec les éléments récurrents en guise d’ingrédients.

Avec les animes, les otakus ont promu une nouvelle forme de sexualité. Exit les filles réelles et place aux waifus. Un comportement qui est loin d’être déviant, mais qui contient sa part de perversion. Une perversité qui va pousser les créateurs à mettre en avant des jeunes filles dans des conflits armés. Le sentiment d’identification et d’attachement deviennent plus forts car les filles sont fragiles, après tout. Par voie de conséquence, ces filles ont fini par envahir les animes, notamment les plus populaires.

Vu d’un œil extérieur, tout cela semble fou. Des gens qui passent leurs journées devant un PC et qui fantasment ses dessins ? SERIEUX ? Et on ne pourra pas leur dire que le fandom otaku est normal.

Cependant et c’est ce que les livres nous montrent, c’est que le fandom otaku s’ancre dans notre époque. Car les jeunes d’aujourd’hui sont des otakus. Non pas qu’ils aiment tous les animes, mais que leur comportement rejoint le nôtre. La fiction devient plus influente que les cours, la réappropriation des œuvres de fictions, les fantasmes sur des personnages fictifs. Cela devient de plus en plus courant.

Donc, à la fin, si un fan de comics, de séries ou n’importe quoi d’autre vous prend de haut, n’oubliez pas qu’au fond, il n’est pas mieux que vous.  

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.