Comment produire un anime à succès en 2019 ?

L'industrie des animes Réflexions d'otaku
takami chika

Question de début d’article : Quels sont les animes les plus populaires de la saison dernière ?

Et les gagnants sont… Neverland, Tate no Yuusha et Kaguya-sama. Soit grossièrement résumé, un shônen, un isekai et une romcom. Les saisons passent et les animes se ressemblent de plus en plus. Le plus cocasse dans tout ça, c’est que le nombre d’animes augmentent, mais se standardisent de plus en plus. Mais on retrouve les mêmes animes avec les mêmes schémas narratifs.

Face à ça, un sentiment prédomine : la lassitude. À force de voir les mêmes choses tout le temps, elles en perdent leur côté unique. Résultat : les saisons passent et c’est la guerre pour trouver un anime qui sort des sentiers battus. Et quand c’est le cas, il s’agit bien souvent d’un anime de niche regardé par une population restreinte. Ce qui s’éloigne des millions de visionnages de My Hero Academia.

Avec tout ça, on peut y ajouter une pointe de frustration. Après tout, pourquoi les gens regardent encore et toujours les mêmes histoires ?

“Parce que ça marche” (RWBY, Monty Oum, Roother Teeth, 2013)

Si les producteurs réservent les recettes, c’est simplement parce qu’elles rencontrent encore le succès. Les gens en demandent encore, les studios suivent les tendances. Mais dans ce cas, c’est quoi un anime populaire de nos jours ? Quelles sont leurs caractéristiques ? Et en fonction de cela, comment on pourrait produire un anime à succès ? Essayons d’y apporter quelques réponses.

Définition d’un anime à succès

Notation et popularité, des notions floues

 

Avant de sortir les graphiques et les chiffres, on va s’accorder sur la notion d’anime à succès. Parce qu’avec plusieurs définitions, ça va vite partir en bagarre dans les commentaires. Donc, voici MA vision d’un anime à succès.

Le succès d’une œuvre peut être multiple. On pense tout de suite aux bonnes (voire très bonnes) critiques ou une immense popularité. Si une série arrive à toucher les gens et les faire venir, elle doit être de bonne qualité. Le public ne s’y trompe pas et ce sont les arguments qu’ils utilisent pour justifier leur attrait pour un anime. Quand un ami vous dit que X est très bien ou que tout le monde l’a vu, ça vous donne envie d’aller y jeter un œil, n’est-ce pas ?

Si Mei le dit… (Citrus, Saburouta, 2012)

Mais le succès critique et populaire restent des données non mesurables de manière neutre. Pour le premier cas, se fier à la note d’un anime serait très insatisfaisant. Chacun possède sa hiérarchie de critères (la mienne pour les intéressés) et cela se ressent sur la notation. Et quand bien même on se lancerait dedans, quelle référence prendre ? Beaucoup de sites mettent des notes et ces dernières varient selon les pages. Mais aussi selon le temps, avec une mise à jour journalière pour MAL. De ce fait, les notes ne constituent pas une source fiable pour effectuer des analyses.

Ce raisonnement s’applique aussi pour la popularité. Beaucoup de sites (souvent les mêmes que ceux cités avant) recensent le nombre de personnes qui ont vu tel anime. Mais ce chiffre ne reflète que l’avis de la communauté à leur échelle et non un avis global.

Sans compter que la popularité entre souvent en conflit avec la notation. En gros, ce sont les animes très populaires, mais descendus par la critique (ou inversement). Par exemple, SAO est un anime très populaire. On peut donc dire que c’est un succès. Mais l’anime n’a pas fait l’unanimité et une partie de la communauté l’a détruit.

Dans les deux cas, la notation et les visionnages restent des données variantes, multiples et non officielles. Ce qui rend l’analyse impossible.

Le succès commercial, un caractère mesurable

 

Heureusement, le nombre de disques vendus existe. Alors pourquoi ce paramètre ? Parce que l’Oricon, organisme qui répertorie les ventes des produits culturels au Japon,  renseigne ce nombre toutes les semaines. C’est donc un organisme fiable qui donne une donnée qui l’est tout autant. Chaque semaine, l’Oricon comptabilise les ventes de Blu-ray d’un anime. Et une fois tous les volumes sortis, le chiffre de ventes reste fixe de manière durable. Ce qui permet d’obtenir une base solide pour l’analyse.

On va donc s’appuyer sur le succès commercial d’une œuvre pour établir notre liste. Mais, à partir de combien de ventes doit faire un anime pour obtenir un succès ? Grâce à un calcul dont je passerai les détails, ce nombre s’élève à 10 000 unités vendues par volume. On y retrouve les SAO, Madoka, Code Geass, Clannad et des centaines d’autres.

Origine des données utilisés dans l’article

 

Le site sommeanithing répertorie ces statistiques et les met à jour. J’ai donc utilisé les données sur ce site pour faire les graphiques et les analyses qui vont suivre. A la date, entre 2000 et 2018, 171 animes ont dépassé la barre des 10 000 ventes de Blu-Ray par volume en moyenne.

Les suites dans les stats

La première chose que l’on constate en dressant la liste des animes à succès, c’est la présence de certaines licences fortes. Parmi les 171 animes du panel, 66 d’entre eux possédait une suite, soit 58 %. Et dans 50 % des cas, la (ou les) suite(s) est aussi présente dans le top.

Ce qui montre qu’un anime avec du succès possèdent de fortes chances d’avoir une suite. Et cette dernière, une fois sur deux, rejoint son prédécesseur. Quand on obtient l’amour du public, c’est donc rare de le perdre parce qu’une fois une licence s’établit, elle lance une véritable machine commerciale. 

Origine des séries

 

Première question à laquelle on peut tenter de répondre : quel support produit le plus d’animes à succès ? Vu que la majorité des animes produits sont des adaptations, on peut dégager vers quel produit les comités de productions vont piocher.

La domination des mangas

En première position, on retrouve les mangas (37 %). Vu que les adaptations restent majoritaires dans la production globale (77 % du total), ce résultat n’a rien de surprenant. La raison, on n’a pas besoin de la chercher loin. C’est bien connu que le manga et l’animation possèdent un long passé commun. L’histoire entamée dans les années 1960 par un seul homme : Tezuka Osamu.

Véritable touche à tout, il exerçait à la fois le métier de mangaka et d’animateur. Une union très pratique quand le bougre créa son premier studio, Mushi Production, après une dispute entre Tezuka et la Toei sur Astro Boy. Au passage, le premier anime de l’entreprise sera justement Astro Boy.

La suite, on la connaît. Le jeune androïde va entrer dans l’histoire comme le héros du premier anime diffusé à la télévision, en plus de devenir l’un des symboles de la culture pop japonaise, Astro Boy donnera naissance aux animes hebdomadaires que l’on connaît. Peu après Mushi Production, la Toei se lancera elle aussi dans l’animation à la télévision. 

Cependant, cela ne signifie pas que les autres supports sont laissés sur le bas-côté. Malgré l’avance acquise par les mangas, les autres supports ont fini par rattraper les bandes dessinées. Chacun pour des raisons différentes.

Les projets originaux

Derrière les mangas, les productions originales occupent une bonne place soit grâce à… leur qualité, tout simplement. Comme les projets sont nés de la volonté d’animateurs, ils restent calibrés pour le média animé où ils peuvent exploiter les spécificités du média. Là où les mangas passent par une étape d’adaptation pour l’histoire et les dessins. Parmi les œuvres salués pour leur qualité, on citera Madoka, Code Geass, Anohana, Shirobako, Yorimoi et Kill la Kill entre pleins d’autres.

Soit la longue longévité de la licence assure le succès de l’itération. Comme on l’a vu précédemment : si un anime rencontre le succès, sa suite le conserve la moitié du temps. Dans ce cas précis, la licence est tellement ancrée dans la culture otaku qu’elle est incontournable. Pour en arriver là, ces franchises se développent sans cesse avec toujours plus de produits et de collaborations. Une stratégie qui en agace certains, mais qui a montré son efficacité. En témoignent les exemples de Gundam, Love Live, Symphogear, Free et Macross. Ces séries restent encore à la mode puisque leur actualité reste brûlante : nouvelles saisons ou films, jeux vidéo, figurines entre autres.

Les machin Novels

 

Enfin, les Light Novel et Visuel Novel sont des industries récentes, mais qui monte de plus en plus ? À tel point qu’on a l’impression que des adaptations de LN domine le paysage “animesque” (ce qui est faux). Mais force de constater qu’ils rencontrent de plus en plus de succès. Portés par des œuvres de références (SAO, Index), les jeunes deviennent très friands de cette littérature rapide et facile à lire. Par corrolaire, les adaptations animées rencontrent un énorme succès : de quoi alimenter la machine pour encore quelques années.

Pour les Visual Novel, malgré sa belle présence, elles peinent ces dernières années à se hisser au sommet. Hormis les énormes licences comme Fate et Uta no Prince-sama, seul Steins;Gate a percé. Cette chute s’explique par deux raisons.

D’une part, la fin de la collaboration entre les studios Key et Kyoto Animation a fait chuter le nombre d’adaptations de VN qualitatif. Après tout, on parle d’une union qui a donné naissance à Air, Kanon et Clannad. Du coup, depuis que Key sort moins de VN et que KyoAni adapte leurs propres œuvres, les animes issus de VN de qualité ne peuvent plus compter sur eux.

Autant que les animes issus de VN tout court, car le Visual Novel reste un média très difficile à adapter. Comme il peut posséder plusieurs scénarios différents, l’anime doit choisir quitte à décevoir les fans des autres routes. Mais comme les staffs essaient de satisfaire tout le monde, on se retrouve avec des adaptations qui tentent de tout condenser en 12 épisodes. Ce qui donne des résultats très moyens. La preuve : aucun VN issu des années 2010 n’est présent dans le classement (sauf ceux déjà cités).

Par conséquent, le support d’origine n’a pas de réelle influence dans le succès d’un anime. Même si cinq médias se distinguent, aucun ne favorise un futur carton. Ce qui signifie que peu importe le matériel, ils commencent de la même ligne de départ. C’est au moment de la production et de la diffusion que les animes populaires se distinguent des autres.              

Format de diffusion

En ce qui concerne le format, l’analyse sera rapide à effectuer : le format en 12 épisodes et 26 épisodes dominent les débats. A raison d’un épisode par semaine, on obtient une douzaine d’épisode par trimestre. Les formats en un cour trustent le classement grâce aux licences bien en place. La tendance du moment reste les franchises diffusées par petites saisons. Une mode instaurée par Fate/Zero imité par tout le monde depuis.

L’influence du studio

Passons maintenant aux studios les plus prolifiques en termes de succès. A ce niveau, pas d’énormes surprises en ce qui concerne les vainqueurs. On retrouve en première et deuxième position, A1 Pictures et Sunrise. A eux deux, on retrouve Love Live, SAO, Idolm@ster et Uta no Prince-sama.

Leur présence demeure à peine surprenante tant les deux studios possèdent une force commune : celui d’appartenir à des groupes surpuissants. Studio pionner dans le genre mécha, Sunrise traverse les époques avec les fonds de Bandai Namco. La compagnie y exploite l’indémodable Gundam, qui rencontre encore un succès phénoménal. De son côté, le soutien d’A1 Pictures provient de Sony. En clair, l’une des plus grandes entreprises du monde a monté ce studio et le développe avec une débauche de moyens. En témoignent les multiples projets que A1 gère par saison.

Pour compléter le podium, on retrouve Kyoto Animation, un studio bien à part des autres. Déjà, il se situe à… Kyoto. Une particularité qui possède son importance quand on sait que la majorité des studios se situe à Tokyo. Et même si l’entreprise ne se trouve pas dans la capitale, il rivalise avec son style si particulier. Leurs animes se distinguent de la masse avec leur grande cinégraphie : le fameux « show, don’t tell ». Un accent particulier de la réalisation se concentre dans la mise en scène subtile et habile.

Le rythme se veut lent pour s’imprégner des ambiances. Ce soin s’accompagne avec une qualité technique très supérieure à la moyenne des autres productions (en témoigne Violet Evergarden). Que l’on aime cette patte ou non, elle fédère des fans dans le monde entier. Les particularités de KyoAni sont nombreuses, ces succès également. Ce qui lui a valu une belle réputation de studio de qualité. Une image sur laquelle Kyoto Animation table en sortant un nombre restreint d’animes. Avec cette stratégie, il suscite une hype permanente.

Hors du podium, on retrouve certains studios prestigieux qui se reposent sur leurs grosses licences. On citera Shaft avec les Monogatari et Madoka ; JC Staff avec Index et Railgun ; Production I.G avec Haikyuu et Kuroko no Basket.

Malgré leurs faibles nombres de succès, il n’en reste pas moins des studios influents : Shaft collabore avec Aniplex et IG possède son consortium IG Port. Cependant, on ne peut pas dire que ces studios soient en eux-mêmes des porteurs de succès.

Genre les plus populaires

Terminons avec la fameuse question : Quel genre d’animes sont les plus populaires ? Parce que les types d’œuvres en disent long sur les raisons des fans de regarder de l’animation. Est-ce qu’ils veulent plus réfléchir ou se divertir ? Eh bien, la réponse s’oriente vers la seconde option.

La comédie occupe la première place du classement avec une large devant l’action et le drame. En clair, le public valorise les animes des émotions intenses, à savoir le rire, l’épique et la tristesse. Les spectateurs recherchent des œuvres capables de les secouer en termes de sentiments. Car ce qui les marque le plus, plus que les propos des animes en eux-mêmes.

Des animes comme Clannad, Gurren Lagann et les Monogatari possèdent des moments marquants pour les spectateurs. C’est peut-être là l’essence de leur succès : ils ont su profiter de leur originalité. De par leur qualité technique et de l’exécution, ils ont marqué les esprits. Mais il ne suffit pas d’être original pour rencontrer le succès.

En réalité, cela reposerait plus sur une question d’exécution que de recherche d’idée novatrice. Certains scénarios sur utilisés ne lassent pas le public qui en reste bon client. On pourra citer les isekais (SAO) et les tranches de moe (K-ON, Love Live) en exemples. Ces « genres » rencontrent toujours un public de niche prêt à investir dedans.

Derrière, on retrouve le fantastique et la science-fiction, deux genres portés par les isekais et les méchas. Enfin, les autres genres se séparent de manière franche du top 5. Ce qui montre qu’il n’engendre que peu de profits sur le long terme.  

Donc, la recette d’un anime à succès ?

 

Par conséquent et en fonction de ce que l’on a retiré de cette fine analyse, un anime à succès doit :

  • Adapter un manga de préférence
  • Posséder 12 ou 24 épisodes
  • Avoir A1 Pictures, Sunrise ou KyoAni en studio producteur
  • Avoir de la comédie, de l’action et/ou du drame

Du coup, est-ce que tous les animes qui suivront cette méthode rencontreront du succès ? Bien sûr que non, parce que le marketing est loin d’être une science exacte. Et cette analyse reste loin d’être correcte pour une multitude de raisons.

L’analyse effectuée tout le long de cet article utilise les ventes de Blu-Rays moyens par volumes entre 2000 et 2017. Cependant, on peut questionner la pertinence de cet usage, car les Blu-Rays n’ont jamais été la source majoritaire de revenus des animes.

Depuis 2002, année où l’AJA reporte les revenus globaux de l’industrie, le merchandising engendre le plus d’argent. Un fait qui n’a été contredit qu’avec les ventes à l’étranger en 2015. Dans ce cas, est-ce qu’une analyse en fonction du merch serait plus pertinente pour calibrer un succès ? Pas forcément.

En réalité, beaucoup de facteurs entrent en compte pour maximiser les chances de succès et certains restent inquantifiables de manière neutre. Comment peut-on mesurer l’attrait d’un scénario ? Quel impact possède une stratégie de communication ? Cross-média ou pas ? Et le débat peut continuer pour toujours.

Produire un anime n’est pas une science exacte et ce qui en fait l’essence de son art.      

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Database d'anime, de seiyuu et d'opening sous forme humaine. Joueur de LLSIF à ses heures perdues. Trouvable sur Twitter (@Shima_Vinh) et MAL (xxxPhantom).

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