Koi wa Ameagari no you ni : l’amour vient après la pluie

Koi wa Ameagari no you ni : l’amour vient après la pluie

Soyez honnêtes : quand est-ce que vous avez vu un bon anime pour la dernière fois ? Celui qui vous a mis une grosse claque, qui vous rend nostalgique à la seconde où vous y pensez. Ou qui vous a fait vivre des émotions fortes. C’est peut-être en ce moment même avant The Promised Neverland ou autre anime de cette saison. Pour ma part, ce n’est pas plus tard que le mois dernier avec un anime dont je n’attendais rien : Koi wa Ameagari no You ni.  

Présentation d’Après la Pluie

 

Koi wa Ameagari no You ni, KoiAme ou Après la Pluie est un anime de 12 épisodes sortis en 2018 et produit par le studio WIT. Il est l’adaptation du manga de Mayuzuki Jun, qui compte dix volumes édités en France par Kana.

Tachibana Akira était une lycéenne ayant un avenir radieux dans l’athlétisme. Meilleure de son club, elle aspirait conquérir les trophées nationaux. Mais son rêve va tourner court. Le constat est sans appel : rupture du tendon d’Achille. Fin d’une carrière qui n’aura même pas débuté.

Forcée de quitter les terrains, là voilà en train de travailler dans un restaurant. Dans lequel se trouve un garçon dont elle est tombée amoureuse : un certain Kondo Masami. Un garçon normal à trois détails près : il a 45 ans, est divorcé et a un fils, Yuto.

Malgré l’écart générationnel, Akira se lance et déclare sa flamme. Masami, ne sachant pas comment réagir, ne la prend pas au sérieux. Mais c’est loin de décourager notre héroïne qui compte bien rendre à notre gérant le service qui l’a sauvé de la dépression.

Là, vous vous dites :

« QUOI ! UNE MEUF DE 18 ANS QUI VEUT SORTIR UN MEC DE 45 BALAIS ? MAIS C’EST DÉGUEULASSE ! ELLE LUI VEUT SON ARGENT, C’EST SUR. » 

Et j’ai eu la même réaction que vous. Avant de me rendre compte que je m’étais GIGA PLANTE. Car passé la surprise du pitch, on constate que l’anime est un véritable bijou visuel et d’écriture de personnage. Et c’est ce que l’on va voir ici.

C’EST BEAU

La communication visuelle

 

Avant de parler de la relation entre Akira et Masami qui fait tant jaser, il faut parler de la forme. Parce que… c’est magnifique, il n’y a pas d’autres mots. Dès l’opening, on sent que l’anime possède une qualité visuelle bien au-dessus de la moyenne.

Et pourtant, ce n’était pas gagner en voyant Akira et surtout ses yeux. Qui ressemblent plus à des yeux d’aliens que d’humains. Mais cette difformité contribue à l’unicité du personnage et à un type de plans omniprésents.

Regardez juste le niveau de détail et les sentiments qu’Akira véhicule en un seul regard. Et l’anime utilise ce genre de plan en permanence pour exprimer ce qu’Akira ressent. Ce qui va de pair avec le personnage, qui s’exprime très peu de base.

En se focalisant sur la communication visuelle, Après la pluie évite de nous submerger par des monologues interminables. Ou par des scènes d’exposition qui ruinerait l’ambiance subtile qui règne. À la place, l’anime nous donne des (gros) indices pour comprendre le personnage.  

L’utilisation de trames 

 

Pour compléter cette communication oculaire, l’anime utilise également un élément récurrent dans les mangas : les trames. Alors, les trames dans l’animation, ça existe. Mais Après la Pluie les utilise surtout dans les moments de tension romantiques.

À chaque fois qu’Akira ressent quelque de fort, une trame a apposé à l’image. Ce qui renforce l’aspect spécial de la scène, la rendant comme hors du temps. De ce fait, à chaque fois que l’on voit une trame, on sait que c’est un moment important. Une manière (subtile) pour guider les spectateurs et faciliter la narration.

OK, sur la forme, c’est impeccable. Mais on n’a toujours pas abordé le sujet qui fâche : la relation entre Akira et Masami. Et il y a beaucoup à dire.

LA QUESTION DE L’AGE

 

La grande force (et de très loin), ce sont ces deux personnages que sont Akira et Masami. Un « couple » loin d’être conventionnel à plus d’un titre à cause du grand écart d’âge. Dont on va directement évacuer puisque c’est le point qui dérange.

NON, L’AGE N’A PAS D’IMPORTANCE. Et je m’abstiendrai d’utiliser les arguments rincés du type « c’est pas bien de juger ». Mais on ne va pas commencer à partir dans ce débat : les 1 vs 1, c’est sur Smash ou Gare du Nord.

À la place, l’âge n’a pas d’importance dans le récit. Cela rajoute de la singularité entre nos deux protagonistes. Mais l’histoire aurait presque la même si ce détail n’existait pas. Parce qu’Après la Pluie ne raconte pas une histoire d’amour à proprement parler.

Dans une romance classique, les personnages se rencontrent et se découvrent pour se mettre ensemble. Tout le long du récit, les deux amoureux partagent des moments intimes (amusants ou dramatiques), qui sont les points culminants du récit. Des contacts physiques ou scènes marquantes donnant envie aux spectateurs de les voir ensemble.

Dans Après la Pluie, on retrouve tout plein de moments intenses en émotions. Mais ce qui change, c’est la qualité d’écriture. Car dans les romances lycéennes, les raisons d’être en couple restent bateau. « Olala, il est gentil ou trop cool » ou « je le connais depuis longtemps » entre autres. Alors que dans KoiAme, la relation entre Akira et Masami est loin d’être le fruit du hasard. Au contraire, elle montre que l’anime se focalise sur un thème qui n’a rien à voir avec l’amour : les ambitions personnelles.

Un thème qui aurait très bien été sans romance. En revanche, la romance nous montre deux approches différentes de la réalisation d’objectifs. Akira est une jeune lycéenne promise à grand avenir avant qu’il ne s’effondre. Alors que Masami est un vieux gérant nostalgique de l’époque où il avait des rêves plein la tête.

Deux personnages foncièrement différents à tous les niveaux qui donnent une relation maîtrisée de bout en bout. Et on va voir pourquoi en analysant Akira et Masami séparément puis avec l’autre.

La relation entre Akira et Masami

Akira, une coureuse blessée qui décide de tourner la page

 

Les dames d’abord. Commençons par parler d’Akira, qui est loin d’être une lycéenne classique. Car dans l’imaginaire collectif, la niaiserie caractérise les lycéennes japonaises. Elles discutent de mode, de potins ou de beaux mecs, toujours avec cette voix aigüe qui transperce les tympans.

Un modèle dont Akira s’éloigne très vite. Contrairement à ses camarades très bavardes, Akira reste silencieuse et solitaire. L’anime nous le montre avec des plans où elle regarde l’horizon, comme si elle se désintéressait du reste. De plus, elle n’a pas vraiment de fréquentations hormis Haruka, son amie d’enfance et partenaire dans le club d’athlétisme.       

L’athlétisme qui est le moteur de la vie d’Akira. Elle qui était la meilleure du club, qui passait son temps à courir. Disant elle-même qu’elle aime la sensation du vent.

Mais ça, c’était avant sa terrible blessure, qui la force à se retirer des terrains. Un événement que la jeune fille vivra comme une tragédie. Elle qui n’avait rien d’autre en tête que son sport se trouve seule. Mais cette fois, elle ne l’a pas choisi cet isolement, elle le subit. Un sentiment retranscrit avec une image sombre, une musique très simple et de la lenteur. Akira est perdue et erre sous la pluie.

Phare sous le déluge, elle trouve refuge dans le restaurant de Masami. Lui qui, à ce moment-là, réussit à lui remonter le moral. Un acte dont la jeune fille se souviendra pour longtemps. Puisque c’est à partir de là qu’elle commencera à travailler.

Grâce à cette scène, on peut voir que Masami est devenue la nouvelle raison d’être d’Akira. Elle trouve en lui cette source de réconfort, appuyé par son côté innocent. Ce qui ne manque pas de toucher Akira et nous aussi. Car la maladresse du monsieur apporte de la légèreté au récit. À ce titre, la page de l’athlétisme semble être tournée.

Mais au fur et à mesure que l’histoire avance, la jeune fille ressent un grand malaise : celui de ne plus pouvoir courir. Parce que c’est plus fort qu’elle, parce qu’elle est faite pour ça. Et Haruka va se charger de lui rappeler en lui mettant bien la pression pour qu’elle revienne. En vain.

Car Akira se dévoue corps et âme pour essayer de plaire à Masami. Elle se met à lire des livres pour être raccord à sa passion. Et se montre de plus en plus entreprenante envers lui. Comme la déclaration à l’épisode 2 ou des moments intimes. Tout ça pour oublier ses rêves perdus ?

Certainement pas. Car au-delà d’être une source de réconfort, Masami est aussi un guide. Ayant une bonne partie de la vie derrière lui, il va la conseiller. Alors qu’elle compte tout laisser tomber pour lui et qu’il aurait pu profiter de la situation, il va la mettre en garde. « Attention à ne pas abandonner ce qui te fait vibrer » tel est son message pour Akira. Un moyen pour lui de s’assurer qu’elle ne reproduise pas les mêmes erreurs.

Un message profond qui montre l’influence de Masami sur Akira. Certes il est vieux, oui il est maladroit, mais pas vide de sagesse. Une caractéristique qui convient à son âge et qu’Akira admire. On sent et on comprend tout le respect et l’affection qu’elle lui porte. Ce qui balance à la poubelle notre première appréhension sur l’âge.

Mais si l’influence de Masami sur Akira est belle, celle d’Akira sur Masami en est sublime. Et en plus, cela ouvre l’anime à un autre public : les vieux cyniques aka les Masami. 

Masami, raté en quête d’une deuxième jeunesse

 

Tout comme Akira, Masami est loin d’être comme les autres personnages masculins typiques des romances. Déjà, je le rappelle, il est vieux. Et même s’il avait été jeune, on serait loin du beau gosse cool et populaire. À la place, on a un énorme gaffeur qui n’arrête pas de s’excuser pour tout et rien. Doublé d’une victime qui arrive à gérer ses employés, mais qui se fait bien recadrer par eux aussi.

Et le problème de Masami, il est bien là. À 45 ans, il est divorcé, vit seul et n’est que simple manageur de restaurant. On est loin des carrières rêvées à cet âge-là. Mais qu’importe, Masami s’en accommode bien. Une vie banale et respectable en somme. Mais ça, c’était avant qu’Akira ne débarque dans sa vie.

Au départ, il ne voit qu’en Akira une jeune lycéenne. Mais plus leur relation avance, plus les souvenirs de Masami remontent. Une jeunesse perdue dans laquelle il ne vivait que pour une seule chose : l’écriture. Étant un rat de bibliothèque, c’était son rêve de vivre de sa plume.

Mais c’était avant qu’un évènement ne fasse basculer sa vie. Dès lors, il abandonnera ses travaux, rentrera dans le moule et ressassera la bonne vieille époque. Ça ne vous rappelle pas la situation de quelqu’un ? Eh oui, Akira aurait très bien pu tomber dans la même histoire que son manageur. Celle de quelqu’un qui a renié ses ambitions.

En voyant qu’Akira suit le même chemin que lui, Masami va tenter de lui rappeler sa raison d’être : la course. Tandis que de son côté, Akira va s’intéresser à la passion des livres de Masami. Chose qui était son jardin secret. En s’intéressant à la littérature, Akira va faire ressortir les aspirations du vieil homme. La littérature a détruit sa vie, mais c’est aussi elle qui va lui redonner son sens.

Avec le soutien et l’intérêt d’Akira, Masami se met à rêver d’une seconde jeunesse et va se replonger dans son œuvre. « Avec du soutien, rien ne peut t’arrêter », une phrase qui pourrait résumer l’état d’esprit de Masami.

Pour les vieux, Masami devient une sorte de modèle. Si ce n’est pas parce que vous êtes vieux, que vos meilleures années sont terminées ! Le personnage nous montre qu’avec le bon état d’esprit, on peut être jeune toute sa vie. Et ça, c’est beau pour les quadragénaires cyniques devant un PC. C’est un beau message d’espoir qui leur est envoyé.

Cette relation entre Akira et Masami est parfaitement gérée de bout en bout. On comprend pourquoi ils ressentent des sentiments l’un pour l’autre. Et surtout, ce que cette relation leur apporte personnellement. Par cette relation, KoiAme arrive à transmettre deux beaux messages et une palette d’émotions. Et ça, ça marque.

CONCLUSION

 

Avec une romance entre une lycéenne et un vieux monsieur, KoiAme s’est vite attiré les foudres des spectateurs qui ne sont pas allés plus loin que le synopsis. Mais en réalité, l’anime ne se focalise pas sur la romance entre les deux personnages. Ou plutôt que c’est tellement bien écrit qu’on y passe outre.

Akira et Masami sont deux personnages très touchants et bien écrits. L’anime prend le temps d’expliquer leurs histoires et leurs difficultés. D’un côté, Akira se retrouve blessé en tentant la course de trop. Et de l’autre, Masami divorce de sa femme à cause de sa passion pour la littérature. Une double narration qui se met vite en place et qui guide les spectateurs. Par des plans de caméra rapides, on saisit les sentiments des personnages et leurs intentions. Ce qui nous aide nous attacher à eux.

Mais aussi à leur relation, qui leur permet d’évoluer. Avec la sagesse de Masami, Akira réfléchit à deux avant d’abandonner la course. Tandis que la curiosité d’Akira va pousser Masami à se relancer dans l’écriture. En les voyant tous les deux, on peut se dire qu’ils sont dans la même longueur. Du coup, on a encore plus de bonnes raisons d’approuver leur relation.

Le tout est servi dans un visuel magnifique. C’est beau, lumineux et très détaillé. L’utilisation des trames permet de rendre les scènes importantes uniques. Et surtout, ces fameux gros plans sur les yeux d’Akira. Remplie de détails, elle véhicule ce que le personnage ressent avec une puissance. Comme le personnage ne parle pas beaucoup, on en a à la pelle et c’est un régal.

Alors est-ce qu’il faut voir Après la Pluie ? Absolument ! Mais si vous avez encore des doutes sur la relation entre Akira et Masami, sachez que c’est normal. J’ai été assez choqué que vous la première fois. Parce que c’est super glauque dit comme ça.

Mais malgré l’appréhension, lancez le premier épisode. Puis laissez-vous subjuguer par les visuels, admirez les petits détails. Vous allez vite vous rendre compte que vous allez oublier l’écart d’âge. Pour profiter de la marche en avant d’une lycéenne et d’un gérant. Qui s’est rencontré un jour de pluie, signant le début d’une belle romance. 

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