Darling in the FranXX nous a fait une SAO (en pire)

Anime Review
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Depuis sa création en 2011, Trigger, entreprise fondée par des anciens du studio Gainax, ne cesse d’étonner. Dans une industrie qui s’uniformise de plus en plus, voir un studio possédant sa propre philosophie attire. Avec KyoAni, Trigger reste un studio qui produit très peu d’animes. Et quand ils en font, c’est du maison. Avec Kill la Kill, ils ont vite imposé leur style ultra dynamique, servi par une animation toujours plus astucieuse. Et ce, même si le budget n’est pas le plus conséquent du milieu. Mais peu importe : cela donne un côté semi-amateur de passionné qui se donne à fond. Enfin, on pourra reprocher leurs histoires d’être simplistes. Mais elles ont le mérite de nous saisir et de nous garder en haleine. 

Alors que le studio demeure une structure qui monte, Darling in the FranXX est annoncé conjointement avec le studio A-1 Pictures à l’Anime Expo de 2017. Autant dire que cette collaboration était (sur le papier) improbable, tant les studios n’ont rien à voir. D’un côté, le “petit indé” Trigger s’associe avec le mastodonte commercial A-1 Pictures.

On pouvait se demander quelle facette allait le plus transparaître dans l’anime. Serait-ce le côté particulier de Trigger ou bien A-1 avec sa routine quasi dictée ? De même que la qualité de l’ensemble. Un anime de science-fiction dont le méchas sont pilotés par des couples d’adolescents dans des positions étranges ? Trigger nous a habitués à ce genre de choses avec succès. Alors, Darling in the FranXX a-t-il rejoint son aîné Kill la Kill ? Et bien, il aurait pu mais … non.

Donc Darling in the FranXX est un anime original co-produit par Trigger et A-1 Pictures. L’histoire se déroule dans un monde post-apocalyptique dans lequel les hurleurs attaquent l’humanité, retranchée dans des dômes mouvants appelés colonies. Pour combattre cette menace, les humains ont mis au point les FranXX. Des robots géants se pilotant à l’aide de couples d’adolescents, appelés parasites.

Ces individus n’ont d’autres fonctions à part obéir à leur “père” et combattre. Suivant cette logique, le parasite numéro 16 (ou Hiro) de l’unité 13 est devenu inutile. En effet, il n’a aucune partenaire et ça le pèse beaucoup de ne pas pouvoir piloter. Jusqu’au jour où il rencontre 002 (Zero Two), une parasite d’élite ayant une réputation de tête brûlée. Par un concours de circonstances, Hiro, Zero Two et l’unité 13 vont découvrir les sombres vérités du monde dans lequel ils vivent.

La ressemblance avec Evangelion

 

Autant évacuer la première impression d’entrée : ça ressemble à Evangelion. Il suffit de reprendre le résumé précédent et de remplacer les mots correspondants par “anges”, “EVA”, “Shinji” et “Rei” et on obtient presque le même pitch. Bien sûr, Darling in the FranXX s’apparente peu à son illustre ainé. Comme la suite de la critique va le montrer. Mais il reste impossible de ne pas dire que certaines idées en ont été repompées.

Au début de l’anime, l’anime nous montre un affrontement entre les parasites et un hurleur. A la fin de cette confrontation qui se solde par la victoire du Sterlizia, l’exécution nous semble familière. Car pour tuer les hurleurs, il faut percer leur cœur … en forme d’orbe. Ce qui rappelle les anges dont la méthode d’exécution est identique. Et ce constat peut s’appliquer dans d’autres exemples encore moins subtils

Spoiler

Par exemple, dans l’épisode 11, Kokoro décide de piloter seule le FranXX malgré les refus de Futoshi. Ce qui a pour conséquence, une réaction inattendue du FranXX : il se transforme en monstre inquiétant avec de revenir à sa forme normale. La scène rappelle celle du “sourire” de l’EVA-00 dans Evangelion. Ce qui aurait pu être un simple clin d’oeil. MAIS … Cela ouvre la voie à l’hypothèse suivante : les FranXX sont des hurleurs modifiés. Supposition qui sera confirmé quelques épisodes plus tard. 

 

En dehors de ces quelques points, l’autre chose qui a fait parler, c’est le fanservice. Venant de Trigger, les habitués ne s’en étonnent même plus. Car chez le studio, c’en est devenu une marque de fabrique. Après tout, une (voire deux) de leurs séries tournent autour. Dans Darling in the FranXX, les FranXX se pilotent avec un couple dont la position est quelque peu … suggestive ? Sans compter que l’on a droit à quelques scènes dont le scénario semblait être en vacances. Comme l’inévitable épisode de la plage, l’acide dissolvant les vêtements ou encore le personnage fanservice (en la personne de Zero Two).

Mais contrairement à d’autres oeuvres, sa présence est bien justifiée. Parce que …

Darling in the FranXX parle de sexe

 

En effet, Darling in the FranXX aborde le thème de la sexualité. Et au lieu d’utiliser le fanservice gras comme il a l’habitude de faire, les symboliques leur ont été préférés. Ce parti pris est loin d’être une mauvaise idée tant le sujet reste sensible. Plus d’un anime s’y sont cassé les dents en tombant dans le racolage facile. Ce que Darling in the FranXX ne tombe pas (pas tout le temps, du moins). 

Car oui, certaines allusions sentent les références sexuelles de très loin. On l’a déjà abordé plus haut, mais les méchas poussent la métaphore du sexe plus loin que la position de levrette des pilotes. Pour pouvoir piloter ces machines, ils entrent dans une sorte en résonance. Une sorte de fusion spirituelle dans laquelle il faut bien s’entendre avec l’autre. L’anime illustre ce principe en le comparant avec les pihis, des oiseaux possédant qu’une aile. Afin de voler, un mâle et une femelle doivent combiner leurs ailes. Une forme « subtile » de l’acte sexuel. Entre guillemets car elle se voit de loin tout de même. 

Et vous savez ce qui vient après le sexe ? Les enfants. La fameuse question “Comment on fait les bébés ?”, qui n’y a pas eu droit ? En général, on se contente soit de donner des détails très évasifs, soit de mentir. Une situation avec laquelle Darling in the FranXX s’amuse et dénonce. Dès le début, les parasites sont formatés à l’idée qu’ils sont venus à cause d’un Père. Ce qui est en parti le cas puisqu’ils viennent de l’Arche, un labo/garderie. Et pendant longtemps, cette idée n’aura jamais été remise en cause.

Jusqu’à ce que Kokoro, personnage qui jusque-là était en arrière-plan découvre un livre dans des ruines. Dès lors, elle va apprendre les fondamentaux de la reproduction, ignorés par tous. Dès lors, elle s’attachera à vouloir donner la vie. Ce qui entre en parfaite contradiction avec la croyance établie. La jeune fille se mettra à dos les hautes instances jusqu’au point de non- retour. Avec cette mise en scène, Darling in the FranXX arrive à intégrer son propos dans son univers. En effet, cette ignorance permet à l’APE de garder la main sur les parasites. En tant que figure paternelle, ils n’ont aucun intérêt à s’opposer à ce dernier.

Mais l’escouade de nos héros sentent que ceci n’est qu’un leurre. Que leur « père » n’a aucune considération pour eux. Dès lors (et surtout vers la moitié de l’anime), nos héros vont se débrouiller seuls. Chasser, s’organiser, découvrir la vie indépendante en somme. Livrés à eux-mêmes, ils voudront prendre leur envol, sans les adultes. On peut clairement y voir un petit côté coming of age : les héros, sans l’appui des adultes, se prennent en main. Et la sexualité fait parti intégrante de ce processus, comme le montre Kokoro. La jeune blonde de nature maternelle va, d’elle-même, chercher des infos sur la procréation dans le plus grand des secrets. Elle est la première à prendre les devants, en s’opposant fermement à l’autorité. Signant l’un des actes de rébellions de l’unité, définitivement à part.    

Car en plus de Kokoro, elle compte Mitsuru et Ikuno, deux spécimens bien particuliers. Les deux individus montrent des signes d’homosexualité flagrante (cf l’image ci-dessous). On aurait pu s’attendre à une potentielle acceptation de leur sexualité aux yeux de l’unité 13 voire de l’APE. Mais non, elle est effacée d’un revers de la main. Pour privilégier un autre thème pour l’un. Se conformant dans un cliché pour l’autre. Sans vouloir crier à la propagande, on sent que l’anime se complaît dans un message consensuel et conformiste. Ce qui réduit l’identité de nos deux personnages qui, avouons-le, ne sont pas bien épais.

Et ils sont loin d’être les seuls. Car hormis Hiro et Zero Two (dont on parlera plus tard), les autres membres du cast sont inexistants. Certes, ils occupent une belle place dans l’histoire mais ne la dirige jamais, se contentant de subir les événements. Ce qui marque leur développement défaillant.

Les pires exemples restent Ichigo et Goro, qui n’ont pas changé depuis le début. Le duo apparaît comme les piliers de cette unité, prônant l’ordre et l’autorité. Et l’ordre, c’est relou. La jeune fille est, en plus, insupportable. Dégoulinant du syndrome « je vais protéger la personne que j’aime coûte que coûte » à notre plus grand malheur. Ses sentiments restent légitimes (et compréhensibles) mais son entêtement ne nous aide pas à l’apprécier. Défaut qu’elle partage avec son partenaire Goro, transparent au possible.

Zorome et Miku sont les comic reliefs de la série. Ils apportent l’essentiel de l’humour de la série, pendant les combats ou non. Légèreté qui fonctionne bien : cela marque des pauses détentes dans la série. Mais en dehors de ce rôle, ils n’ont plus grand-chose. Si Miku n’a jamais effleuré le moindre développement dans son caractère, celui de Zorome n’a eu qu’un seul épisode consacré à ceci.   

Le jeune homme est fasciné par les adultes et n’a qu’une hâte : en devenir un. Sauf qu’il va apprendre la dure réalité des adultes. A savoir la vieillesse et la solitude. Dans l’épisode qui lui est dédié, l’anime s’attaque au modèle matrimonial japonais. Où l’homme laisse sa femme à l’abandon, pendant qu’il profite de l’alcool avec ses collègues. Une critique, certes déjà formulée, mais à saluer et qui méritait d’aller au bout.

Et là est l’énorme problème de Darling in the FranXX : il se lance dans trop d’intrigues différentes sans le développer au maximum.

Le scénario part en roue libre

 

Autant commencer par l’intrigue la plus réussie : celle de Zero Two. La jeune fille ressemble à un démon que cela soit pour le physique avec ses cornes pointues. Ou pour son caractère de prédatrice à la fois impulsive et incorrigible. D’ailleurs, son nom, 002, peut se traduire Oni, soit démon. A cause de son physique atypique et son caractère intimidant, elle inspire la crainte de beaucoup ou la fascination pour certains. Avec ses cornes, bien sûr mais aussi avec les rumeurs dont elle est la source. Beaucoup voulant piloter avec elle en sont morts, dépassé par la sensation de puissance qu’elle procure, littéralement dévorés. En conséquence, lorsque Hiro décide de piloter avec elle, les critiques pleuvent. Ce qui renforce la singularité de cette union, car elle dérange.

Pourtant, tous les deux vont affronter humains et hurleurs pour pouvoir rester ensemble. Car ils ont besoin l’un de l’autre. L’un pour pouvoir prendre son envol à la fois pour piloter un mécha et pour obtenir son indépendance. L’autre pour l’acceptation de sa nature et dans la société. Cette relation d’interdépendance se monte de manière fluide. Avec l’apparition des bandes noires quand le couple possède une scène intime, on se focalise sur cette relation atypique qui finit par nous toucher. Par son développement bien rythmé, cohérent, impliquant tout le cast et grâce à son final.

 

Spoiler

L’épisode 14 et 15 nous révèle que Zero Two et Hiro se sont déjà rencontrés dans l’Arche. Le garçon assoiffé de curiosité découvre une fille cornée à la peau rouge. Révolté par les tortures qu’elle subie, il décide de la libérer pour s’échapper de l’Arche avec elle.

Pour Hiro, Zero Two est une curiosité. Elle a le sang bleu, ne sait pas s’exprimer et possède sur elle un conte offert par sa mère. Il souhaite découvrir ce qu’elle est vraiment et devenir son ami. Alors que Zero Two vit, pour la première fois, une expérience sociale. Mais où elle n’est pas violenté mais accepté tel qu’elle est.

Si on place Zero Two comme figure de la sexualité, l’entente entre les deux suggère que la sexualité ne doit pas être rejeté. Au contraire, il faut l’accepter et vivre avec pour pouvoir mieux l’appréhender. Un message bien emballé dans ce flash-back émouvant.

darling in the franxx flashback

Et cela aurait pu (et aurait dû) s’arrêter là pour notre couple. Mais non. Parce qu’on est qu’au 3/5 de l’anime et qu’il faut bien remplir les épisodes restants. A partir de là, Darling in the FranXX se retrouve sans rien d’intéressant à proposer.

Parce qu’en dehors de l’unité 13 (et encore), tout le reste demeure sous-exploité pendant une bonne partie de la série. A commencer par l’univers, dont on ne sait que très peu de choses. Dès le départ, on sait que les humains luttent contre les hurleurs, attirés par le carburant magma. Mais pleins de questions entourent ces deux choses. En vrac, d’où viennent-il ? A quoi sert le magma (à part pour piloter les robots) ? Pourquoi les humains ne collaborent pas avec les hurleurs ? Des questions qui resteront en suspens pendant un long moment. Le même constat s’applique à l’APE, qui dirige les parasites. On sait jamais ce qu’ils sont derrière leurs hologrammes. Ni même leurs objectifs finaux. Nos héros doivent conquérir un lieu. Pourquoi ? Parce que Père leur a ordonné. En quel honneur ? Aucune idée.

En conséquence, toute la seconde partie de Darling in the FranXX se trouve être d’une qualité exécrable. Parce qu’il repose sur un univers qu’il n’a que peu développé, au profit des messages sur la sexualité. En n’ayant rien préparé en amont, l’anime s’enfonce dans un scénario qui n’a aucun sens. 

 

Spoiler

Dans l’épisode 20, la princesse des hurleurs nous révèle que le carburant magma sont des hurleurs sous forme liquide. Ce qui explique les assauts réguliers de ces derniers envers les humains. Dans le même temps, on nous explique qu’ils ne sont pas en guerre contre les humains. Mais les VIRMS, une race extraterrestre sortant de nulle part, qui manipulaient les humains pour prendre la Terre aux hurleurs. 

Pour cela, ils possèdent une gigantesque flotte spatiale que Zero Two, la princesse et Hiro parviennent à décimer en reprenant le contrôle du Strelizia. Mais la jeune fille aux cheveux roses se retrouve être capturée par les Virms, qui se dirige vers … l’espace. L’unité 13 vont se charger de la récupérer dans ce qui se retrouve être une mauvaise parodie de Gurren Lagann.

darling in the franxx strelizia apus

A l’instar de la première partie qui porte des messages sensibles, la seconde se complait dans un coming of age bas de gamme. Les adultes les ont abandonnés, ils veulent avoir leur indépendance. OK. Mais ils ne luttent jamais pour, se contentant de râler. C’est comme s’il avait été bricolé à l’arrache. Du coup, l’anime devient de plus en plus incompréhensible. En plus, d’être ennuyeux. Et c’est bien dommage que la qualité décline. Mais en se passant de son premier argument qualitatif, il l’a bien cherché.

CONCLUSION

Après les 24 épisodes, on se rend compte Darling in the FranXX souffre du même problème que SAO. A savoir, un anime scindé en deux parties à l’appréciation bien différente. Les 15 premiers épisodes emportent le spectateur. Même si l’inspiration à Evangelion n’est pas subtile pour deux sous, il n’empêche que l’anime raconte son propre propos. A savoir la sexualité qu’elle aborde de manière grossière avec le fanservice à peine cachée. Et les symboles pour ses messages plus creusés.

Mais ce propos ne méritait pas de négliger tout le reste. Non seulement, il n’est en partie bien véhiculé. Car s’il a le mérite d’être abordé, le fait qu’il soit conformiste le rend inutile. Il n’y a qu’à voir les traitements de Mitsuru, Ikuno et même Futoshi pour s’en rendre compte. Ou encore la répétition de l’histoire entre Zero Two et Hiro le long des trois arcs de la série.

Du coup, la seconde partie s’égare dans les méandres du non-sens. Parce que l’anime n’a jamais pris la peine de développer son univers. Il faudra attendre longtemps pour qu’on en sache plus sur les hurleurs, les FranXX, l’APE. Cependant, c’est trop tardif et tout est bâclé. Des nouveaux ennemis, des retournements de situation, des combats dans l’espace en moins de 5 épisodes, c’est trop confus pour notre cerveau. L’anime essaie de tout balancer sauf que rien n’a été préparé. On essaie de comprendre et de faire des liens avec les éléments précédents, sans grand succès.

Au final, Darling in the FranXX se trouve être un anime Trigger dans la même veine que Little Witch Academia. La forme est correcte, le propos simple et son traitement (plus ou moins) subtile. En revanche, l’histoire s’essouffle trop rapidement et a du mal à rebondir proprement. Si l’anime n’a pas été désagréable à voir, il lui manque cet ingrédient : le fond.

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Database d'anime, de seiyuu et d'opening sous forme humaine. Joueur de LLSIF à ses heures perdues. Trouvable sur Twitter (@RequiemForFemto) et MAL (xxxPhantom).

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